Deux Tchèques arrêtés en Turquie sont accusés de soutenir les milices kurdes

Markéta Všelichová et Miroslav Farkas, photo: Sirnak Police, Mete Sohtaoğlu

Deux Tchèques ont été récemment arrêtés dans le sud-est de la Turquie en raison de leur appartenance, selon la police locale, à des milices kurdes. L’information a été communiquée par les médias turcs jeudi et confirmée par le ministère tchèque des Affaires étrangères. Accusés de fourniture d’armes, les deux Tchèques, une étudiante et un travailleur humanitaire qui manifestaient ouvertement leur soutien à la cause kurde, devraient être prochainement jugés par la justice turque.

Markéta Všelichová et Miroslav Farkas, photo: Sirnak Police, Mete Sohtaoğlu
Dans un entretien accordé à la Radio tchèque au printemps dernier, Markéta Všelichová, étudiante de 24 ans arrêtée par la police turque, n’avait pas caché que ses voyages répétés dans la région avaient pour but d’aider les Kurdes. Toutefois, elle avait alors affirmé qu’elle et Miroslav Farkas, l’autre ressortissant tchèque arrêté en sa compagnie, ne se rendaient pas dans la région pour fournir des armes aux milices kurdes. C’est pourtant précisément cette activité qui leur vaut aujourd’hui d’être considérés comme des combattants terroristes par la police turque. Celle-ci les accuse de coopérer avec les Unités de protection du peuple (YPG en kurde), un groupe armé formé en 2011 lors de la guerre civile en Syrie et qu’Ankara considère comme un mouvement terroriste.

Les combattants d’YPG, photo: Voice of America / Public Domain
Les informations relatives à l’arrestation de Markéta Všelichová et de Miroslav Farkas, un ancien soldat de la Légion étrangère présenté comme un travailleur humanitaire par les médias tchèques, divergent. Tandis que les médias turcs indiquaient, jeudi, que les deux Tchèques s’efforçaient de passer en Turquie depuis la Syrie dans la province de Sirnak, située dans le sud-est de la Turquie, le ministère tchèque des Affaires étrangères détient lui une autre version des faits, comme l’a expliqué sa porte-parole Michaela Lagronová :

« Nous sommes en contact avec leur avocat turc, qui nous a transmis les principales informations. Avant cela, nous avons été informés le 13 novembre par la police turque que deux ressortissants avaient essayé de passer la frontière avec l’Irak. Des documents faisant référence à YPG ont été trouvés sur eux lors de leur contrôle à la frontière. Ils ont ensuite été transférés dans la ville de Sirnak. Tout ce que je peux dire pour l’instant est que nous mettons tout en œuvre pour que ces deux ressortissants tchèques puissent être transférés en République tchèque. »

Cela sera cependant probablement très compliqué, si l’on en croit l’ambassadeur de Turquie en République tchèque, Ahmet Necati Bigali :

Ahmet Necati Bigali avec le Premier ministre Bohuslav Sobotka, photo: Archives du Gouvernemet tchèque
« Nous n’avons encore reçu aucune information de Turquie. Mais si je m’en tiens à ce que rapportent les médias turcs, les deux terroristes tchèques étaient des combattants d’YPG, ce qui est la branche syrienne de l’organisation terroriste PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan). Je n’ai aucune idée de la durée que pourra prendre la procédure judiciaire. Ce que je sais en revanche, c’est que beaucoup de terroristes ont été arrêtés en Turquie et que la procédure peut donc nécessiter un certain temps. »

Selon l’agence de presse turque Anadolu, les échanges des deux Tchèques sur les réseaux sociaux permettent de déduire qu’ils organisaient une propagande antiturque en Europe, comme le confirmeraient leurs différents voyages en Syrie et en Irak. En République tchèque, la version avancée est plutôt celle d’une aide humanitaire avec pour objectif d’implanter un hôpital de campagne destiné aux Kurdes syriens.