Disparition du mime Marceau : et le silence se fait...

Marcel Marceau, photo: CTK

Le rideau s'est refermé, samedi soir, sur la longue silhouette frêle du plus grand des Pierrots français. Le mime Marceau s'est éteint à Paris à l'âge de 84 ans. Radio Prague évoque son souvenir, et les liens qu'il entretenait avec la République tchèque.

Marcel Marceau, photo: CTK
Les hommages se succèdent depuis l'annonce de la disparition du mime Marceau et, hors des frontières de l'Hexagone, l'émotion est particulièrement vive dans le monde de la pantomime tchèque. Et pour cause, dès les années 1950, Marcel Marceau a conquis le public tchèque grâce à la diffusion de courts métrages. Mais c'est surtout sa rencontre avec le grand mime Ladislav Fialka, aujourd'hui disparu, qui tissa un lien durable avec les Tchèques. Les deux hommes s'étaient rencontrés à Paris en 1956, lors d'une tournée du Théâtre national dans la capitale française. Fialka et sa troupe seront par la suite les promoteurs de la vision de Marceau en Tchécoslovaquie, une stylisation qui ouvre aux artistes tchèques des territoires vierges et délivrés des canons du réalisme socialiste.

Lors de son dernier passage à Prague en 2003, il avait confié à son élève tchèque Martin Sochor ses souvenirs du premier Festival international de la pantomime, organisé à Prague en 1969. Il y évoquait justement son ami :

Marcel Marceau et Ladislav Fialka, photo: CTK
« Je me souviens beaucoup de Fialka. C'était un grand ami, il avait une compagnie de mime. Malheureusement il nous a quittés. Je sais que sa troupe continue. Je me rappelle avec émotion notre amitié et que je me promenais dans les rues de Prague. Je disais même que j'aurais bien aimé rencontrer Kafka, mais bien entendu, je ne l'ai pas rencontré. C'est le souvenir de Kafka que j'ai senti, à Prague, cette très belle ville. »

En 2003, c'est à la nouvelle génération d'élèves que le mime Marceau était venu transmettre son savoir. Voilà ce qu'il avait alors souhaité leur transmettre :

Marcel Marceau, photo: CTK
« Je ferai tout mon possible pour les inspirer et leur montrer l'essentiel. Si ces jeunes ont une technique de mime, ça se passera bien, s'ils n'ont pas une technique de mime, je ne sais pas ce que je dois dire. C'est pour cela que j'aime le silence parce que c'est avec le silence que je vais leur montrer, avec le poids de l'âme, le poids du corps, l'émotion, la profondeur de notre art. »

Le mime Marceau, c'est aussi un héritage spirituel : outre celui, évident, de Chaplin, il y a aussi l'héritage du plus célèbre des mimes du XIXe siècle, Jean-Gaspard Debureau, né à Kolin d'un père français et d'une mère tchèque. Le personnage du clown Bip, créé par Marceau, était dans la droite filiation du Pierrot de Debureau. Debureau que fit revivre Marcel Carné dans ses Enfants du paradis, sous les traits de Baptiste, interprété par le grand Jean-Louis Barrault. La boucle est bouclée lorsque l'on sait que le mime Marceau jouera le rôle de Baptiste dans l'adaptation théâtrale du film en 1946.

La radio est ingrate. Elle ne prise guère le silence qu'affectionnait le mime Marceau et que requiert son art. Mais une fois n'est pas coutume, nous laisserons non pas le dernier mot, mais le dernier geste au mime Marceau, qui, en 2003, rendit ainsi hommage aux Pragois :

« Je vais faire un geste de mime pour le public de Prague : regarde... »