Droit de vote ou obligation de vote ?

Photo: Filip Jandourek, ČRo

A l’approche des élections européennes, l’idée de réinstaurer une participation obligatoire aux élections a été dépoussiérée, lundi, par le président de la République, Miloš Zeman. Les réactions de la part du gouvernement n’ont cependant pas tardé.

Miloš Zeman, photo: Filip Jandourek, ČRo
Dans un entretien accordé à l’organisation non gouvernementale « Evropské hodnoty » - « Valeurs européennes », Miloš Zeman a évoqué la possible instauration d’une participation obligatoire aux élections, essentiellement pour remédier aux forts taux d’abstention des derniers scrutins. En pratique, cela signifierait que l’électeur tchèque aurait le choix entre se rendre aux urnes ou payer, dans le cas contraire, une amende de 5 000 couronnes (environ 185 euros). L’abstention élevée aux élections européennes est un problème auquel sont confrontés la plupart des pays membres de l’UE. Si le taux de participation au niveau national dépasse souvent les 50%, lors des dernières élections au Parlement européen, les Tchèques n’avaient participé qu’à hauteur de 28,2%. A ce sujet, le président de la République a déclaré :

« Une faible participation aux élections mène à des contestations relatives à la représentativité démocratique. Et c’est précisément une participation électorale obligatoire qui peut supprimer ces objections. »

Si l’obligation de vote a déjà été mise en place dans plusieurs pays, comme en Belgique, au Luxembourg ou en Australie, elle n’assure toutefois pas nécessairement une stabilité politique. En Belgique, par exemple, la mise en place du dernier gouvernement a duré près d’un an et demi. Les représentants de la plupart des partis politiques ont immédiatement rejeté l’idée du chef de l’Etat. Pour le Premier ministre Bohuslav Sobotka, il est nécessaire de mettre en place d’autres moyens afin que les citoyens s’intéressent davantage à la politique. Bohuslav Sobotka :

Photo: Filip Jandourek, ČRo
« Il est tout d’abord important que la politique ne dégoûte pas les citoyens tchèques, mais qu’au contraire, elle les attire afin qu’ils puissent effectuer leur propre décision électorale. »

En faisant allusion au régime communiste, lequel se vantait d’un taux de participation avoisinant les 100% - car celui qui n’allait pas voter, risquait des ennuis - le ministre des Finances et président du mouvement ANO, Andrej Babiš, a rejoint le raisonnement du Premier ministre. Andrej Babiš :

« Le fait que les citoyens tchèques soient contraints de se rendre aux urnes, nous l’avons déjà vécu il y a longtemps de cela. Je ne crois donc pas qu’il s’agisse d’une bonne idée. Ce sont les hommes politiques eux-mêmes qui devraient, en quelque sorte, convaincre les gens de se rendre aux urnes à plus grande échelle. »

Les sociaux-démocrates (ČSSD), le parti TOP 09, le parti civique démocrate (ODS) ainsi que le parti communiste (KSČM) ont, eux aussi, unanimement rejeté cette idée, dans la mesure où le refus de se rendre aux élections constitue également une forme d’opinion électorale. Si Pavel Bělobrádek, le président des chrétiens-démocrates (KDU-ČSL), troisième parti de la coalition gouvernementale, s’est dit ouvert à toutes discussions sur le sujet, en évoquant notamment l’organisation d’élections sur une durée d’un seul jour, afin d’éviter d’éventuelles suspicions de manipulations des bulletins de vote, seul le parti de l’Aube de la démocratie directe s’est prononcé en faveur de cette mesure. Son leader, Tomio Okamura, a précisé pourquoi :

Tomio Okamura, photo: Filip Jandourek, ČRo
« Une participation obligatoire aux élections pourrait représenter la réalité la plus démocratique dans la mesure où la représentation politique apprendrait enfin quelles sont les véritables aspirations de tous les citoyens. »

Le chef de l’Etat a néanmoins reconnu que cette participation obligatoire ne serait très probablement pas instaurée à court terme. Miloš Zeman :

« Actuellement, j’ai 70 ans, je vais mourir à l’âge de 85 ans environ, alors je crois bien que les discussions sérieuses à ce sujet reprendront dans une quinzaine d’années. »

Si le vote obligatoire avait été instauré sous la Première République tchécoslovaque, pour le politologue Tomáš Jelínek, la scène politique tchèque ne risque pas de le remettre en place. Il ne s’agirait à l’heure actuelle que d’une « obsession personnelle » du chef de l’Etat, laquelle ne parviendra pas, toujours selon Tomáš Jelínek, à surgir au sein des hauts rangs décisionnels, et ce notamment en raison de la définition historique du « vote », lequel est devenu, après novembre 1989, un des nombreux droits des citoyens tchèques.