Presse : en Tchéquie, des élections législatives en Slovaquie suivies avec beaucoup d'attention

Rober Fico

Qu’attendent les politiciens tchèques, actuels et anciens, des élections législatives anticipées qui se tiennent en Slovaquie ce samedi ? Autres sujets traités dans cette nouvelle revue de la presse tchèque : la générosité des Tchèques pour sauver un enfant souffrant d’une maladie rare, les initiatives des jeunes Tchèques pour la planète ou encore la présentation des films tchèques aux Oscars.

Robert Fico | Photo: Bureau du Gouvernement tchèque

« Lutte pour le retour du temps révolu » était le titre d’un article publié dans l’hebdomadaire Reflex dans lequel il est question du soutien des anciens Premiers ministres tchèques Václav Klaus, Miloš Zeman et Jiří Paroubek (les deux premiers ont également été président de la République) à Robert Fico, qui est un des principaux favoris des législatives anticipées organisées en Slovaquie ce samedi. Son auteur précise :

« La Slovaquie est le pays voisin et historiquement le plus proche, ce qui explique le grand intérêt que la Tchéquie et ses dirigeants, actuels et anciens, portent à ces élections. Ainsi, le président Petr Pavel n’a pas hésité à déclarer que certaines positions de Robert Fico, leader du parti SMER-SD (social-démocratie), étaient proches de la propagande russe et que son retour à la tête du gouvernement slovaque pourrait perturber les relations tchéco-slovaques. Inversement, le trio de politiciens à la retraite Zeman-Klaus-Paroubek rivalise dans leur soutien à Fico. Ce qui est significatif, c’est que ce soutien est sans aucun rapport avec leur ancrage idéologique antérieur. Tous les trois sont des politiciens qui appartiennent au passé. Ils représentent une époque que la majorité des Tchèques souhaite oublier. Leur point commun est qu’ils ont du mal à accepter que plus personne ou presque ne les écoute, ne reconnaît leur héritage et ne les prend au sérieux. Ce désintérêt explique qu’ils sont d’autant plus déterminés à faire valoir leur point de vue. »

Cependant, comme on peut encore le lire dans Reflex, avec les changements à l’Académie Straka (siège du gouvernement) puis au Château de Prague (siège présidentiel), une page de l’histoire s’est tournée et nous sommes désormais entrés dans une autre époque. Avec des personnalités différentes, des idées différentes et une vision du monde différente. « Il est donc logique que le nouveau régime veuille se couper de l’ancien », souligne l’auteur :

« Les résultats des élections en Slovaquie seront suivis de près en Tchéquie. Ils peuvent nous donner beaucoup d’indices et nous mettre en garde contre certaines menaces. »

Quand la solidarité des Tchèques sauve une vie

Ces derniers jours, les Tchèques ont suivi avec beaucoup d’émotion le cas d’un petit garçon de deux ans, Martin, qui souffre d’une maladie rare et a besoin de 100 millions de couronnes (4 millions d’euros) pour pouvoir bénéficier d’un traitement spécial à l’étranger. La bonne nouvelle, comme on l’apprend sur le site Seznam Zprávy, c’est que l’objectif a déjà été atteint et même dépassé, grâce à une collecte de fonds auprès du public. Le sentiment de soulagement passé, cette histoire soulève pourtant de nombreuses questions, comme le relève l’auteur :

« Le cas de ce petit garçon est tout à fait exceptionnel, car l’existence de sa maladie génétique n’a été détectée que chez 120 individus dans le monde. Le problème, c’est que le traitement qui donnerait à Martin une chance de vivre relativement normalement n’est pas pris en charge en Tchéquie par l’assurance-maladie, le médicament nécessaire n’étant pas enregistré. Mais la vie d’un garçon de deux ans ne vaut-elle pas plus que le respect formel des règles ? Des cas comme celui-ci ne peuvent-ils pas faire l’objet d’une exception ? »

Seznam Zprávy rappelle que ce n’est pas la première fois que la vie d’une personne gravement malade en Tchéquie est sauvée gràce à une initiative de ce type :

« Ce qui est extraordinaire dans ce contexte, c’est bien l’attitude du public, qui s’est une nouvelle fois mobilisé pour sauver une vie humaine en un laps de temps extrêmement court. Mais il est dommage que ceux dont c’est la mission soient incapables d’agir plus vite que ne réagit la population. »

Les jeunes Tchèques s’activent pour la planète

Photo: Gerd Altmann,  Pixabay,  CC0 1.0

Les vacances terminées, apparaissent en Tchéquie des initiatives civiques axées sur la qualité de vie sur la planète et dans les villes. Ainsi, par exemple, comme l’a indiqué le site Aktualne.cz, le mouvement Fridays for Future a organisé une manifestation à Prague et adressé une lettre au ministre de l’Environnement dans laquelle il lui demande de tenir ses promesses préélectorales et de prendre clairement position sur la fin de l’exploitation du charbon en Tchéquie d’ici à 2033. Concernant d’autres initiatives écologiques lancées dans le pays, l’auteur ajoute :

« Tandis que Fridays for Future se joint aux grèves des étudiants qui se tiennent dans le monde entier, ‘La dernière génération’ tente de faire bouger les choses à Prague. Force est de constater que la branche tchèque du mouvement qui lutte contre la domination des voitures sur les piétons et pour plus d’avantages pour les cyclistes essaie d’agir de manière à ne pas être accusée, comme certains autres militants dans le monde, d’enfreindre la loi. Une démarche pourtant difficile, comme on l’a vu lors d’une marche qui s’est tenue sur la principale route de Prague, le 12 septembre, marquée par des échaufourées avec la police. Malgré cela, d’autres marches sont prévues prochainement. »

En conclusion, Aktualne.cz note :

« Il va de soi que les jeunes se préoccupent du futur de la planète et dénoncent le fait que des milliardaires tirent profit de l’exploitation du charbon. Ils se soucient de la qualité de vie en ville, ils savent que ce sont les gens, et pas les voitures, qui doivent s’y sentir bien. Ils veulent des changements, ils voient les choses différemment des anciennes générations, figées dans le passé et fatiguées. C’est bien et c’est précieux ! »

Le cinéma tchèque aux Oscars

'Les Frères' | Photo: CinemArt

Cette année, la cinématographie tchèque envoie aux Oscars le film « Bratři » (« Les Frères »), qui raconte l’histoire des frères Ctibor et Josef Mašín qui, au début des années 1950, se sont opposés, armes à la main, au régime communiste et ont fui la Tchécoslovaquie pour l’Occident avant de s’installer aux États-Unis. Durant leur fuite, ils ont tué cinq personnes. À ce propos, Deník N rappelle que leur récit, aussi emblématique soit-il, ne cesse de diviser la société tchèque. Pour les uns, en effet, ils sont des héros, tandis que pour les autres, ils sont des aventuriers qui ont tué, et pas seulement des membres des forces armées. L’occasion pour le journal de constater également que presque tous les films réalisés dans l’ancienne Tchécoslovaquie ou en Tchéquie qui peuvent se targuer d’un Oscar, traitaient d’un sujet historique ou s’intéressaient à une certaine époque :

« Cela concerne tant le premier film tchécoslovaque oscarisé ‘Le Miroir aux alouettes’ du duo Kadar-Klos réalisé en 1965 que ‘Trains étroitement surveillés’ de Jiří Menzel deux ans plus trad. Au cœur de leurs récits figure ‘un petit individu’ confronté aux événements de la ‘grande histoire’ qui finit par avoir raison de lui. Un Oscar a été décerné également au film ‘Kolya’ de Jan Svěrák en 1996, dont l’histoire se déroule à la fin des années de la ‘normalisation’ communiste et implique également un motif de l’occupation du pays par les troupes soviétiques. Deux autres nominations des films ‘On doit s'entraider’ de Jan Hřebejk en 2000 et ‘Želary’ d’Ondřej Trojan en 2003 prouvent que le cinéma tchèque peut s’imposer dans le monde avec des sujets ancrés dans une réalité historique, tous les deux se déroulant pendant la Deuxième Guerre mondiale. »

« Notre production cinématographique est en effet particulièrement riche en sujets historiques, ce qui est peut-être une des preuves de notre ‘obsession par l’histoire’ », note encore le site. Et il peut s’agir aussi bien d’histoires du XXe siècle que d’histoires médiévales. Les films avec un thème historique rencontrent souvent, comme il l’ajoute, du succès auprès du public. C’est par ailleurs pour cette raison qu’ils sont si fréquemment tournés.