En France, dans les Grands Causses, le Gypaète barbu est de retour aussi grâce au zoo de Liberec

Gypaète barbu

C’est à Liberec, en Bohême du Nord, là où les hivers peuvent être particulièrement rudes, que se trouve le jardin zoologique le plus ancien en Tchéquie. Un parc animalier dont l’histoire est étroitement liée à celle des oiseaux, et plus particulièrement des oiseaux de proie dont l’ornithologue Jan Hanel est le responsable de l’élevage.

Ancien élève de la section bilingue franco-tchèque d’un lycée de Liberec, Jan Hanel évoque une passion qui est devenue son métier et qui, grâce aux programmes de conservation de différentes espèces de rapaces menacées d’extinction, lui permet aussi aujourd’hui, de la France aux Philippines, de voyager à travers le monde. Avec toujours le même but : réintroduire de la vie dans le ciel de quelques-unes des plus belles régions du globe.

Jan Hanel | Photo: Barbora Navrátilová,  Radio Prague Int.

« L’histoire du zoo de Liberec commence avec l’élevage des oiseaux et la création d'un parc ornithologique au début du XXe siècle. Ce n’est que plus tard que sont arrivés d’autres animaux comme des zèbres ou des éléphants... Mais notre véritable spécialisation, ce sont les oiseaux de proie. Cela fait plus de quarante ans que nous nous consacrons à l’élevage des vautours, des aigles... »

Comment l’étudiant de la section franco-tchèque d’un lycée de Liberec que vous étiez  s’est passionné pour les oiseaux de proie jusqu’à en devenir un grand spécialiste ?

«  Après le lycée, j’ai étudié à la faculté d'écologie de l’Université des sciences de la vie à Prague-Suchdol, et un de mes professeurs était l’ornithologue Karel Šťastný. C’était un grand spécialistes des hiboux, des aigles et des faucons, et c’est lui qui m'a transmis cette passion. »

Quand on est originaire de Bohême du Nord, comme vous, quels sont les oiseaux, pour ce qui est des rapaces, les plus intéressants ?

« Je dirais l’autour des Palombes. C’est une espèce que j’ai étudiée à l’université, où je me suis spécialisé dans la fauconnerie. C’est aussi un oiseau que j’ai entraîné. Mais pour ce qui est de mon travail au zoo, l’espèce la plus importante aujourd’hui est le gypaète barbu. »

Gypaète barbu | Photo: Lucie Fürstová,  ČRo

Lorsque s'on s'intéresse aux oiseaux de proie et que l'on veut donner libre cours à sa passion, le zoo de Liberec, c’est ce qui se fait de mieux ?

Vautour moine | Photo: Zoo Liberec

« J’ai d’abord commencé à travailler dans les volières du parc, où je changeais l’eau et donné à manger aux oiseaux. Des tâches de base. Et après mes études, j'ai été embauché comme zoologiste et ornithologue. Le zoo de Liberec est spécialisé dans l’élevage des vautours en danger critique d’extinction, comme donc le gypaète barbu, le vautour moine et d’autres. Je pense pouvoir dire que nous faisons cela avec un certain succès, puisque beaucoup d’oiseaux élevés dans nos volières sont ensuite transférés vers d’autres pays, comme cette année en France au Parc naturel  régional des Grands Causses dans le cadre du programme de réintroduction du gypaète barbu. »

On a beaucoup parlé de vous ces derniers mois dans les médias tchèques en raison d’un programme de coopération avec les Philippines pour leur oiseau national, le pithécophage des Philippines, plus communément appelé l’aigle des singes. De quoi s’agit-il ?

Aigle des singes | Photo: Michal Gálik,  Zoo Liberec

« C’est une espèce d’oiseau que nous n’avons pas à Liberec, il faut aller aux Philippines pour en trouver. Nous coopérons parce que nous avons développé diverses techniques de reproduction des oiseaux en danger critique, notamment à travers l’insémination artificielle. C’est dans ce cadre que se passe cette coopération : nous aidons en quelque sorte nos collègues philippins pour qu’ils puissent élever cet oiseau. »

La cause de la disparition de cet oiseau aux Philippines, qui ne vit que dans cette région, est la déforestation. Dans quelle mesure est-il possible de réintroduire cet aigle à partir du moment où son environnement naturel tend à disparaître ?

Un bébé d’aigle des singes | Photo: Zoo Liberec

« Il n’y en a pas ou plus beaucoup, c’est vrai, mais il reste quand même encore des forêts où il est possible de réintroduire ces oiseaux. Mais le problème est que des oiseaux, justement, il n’y en a pas. Dans les volières, les aigles ne se reproduisent pas actuellement. Cette année, grâce justement à l’insémination artificielle, nous avons eu trois oeufs, et deux jeunes sont nés... Ce n’est toutefois encore qu’un début. »

S’agit-il là de l’aspect le plus important de votre travail ?

« C’est le rôle aujourd’hui des jardins zoologiques, qui ne sont plus des cirques. Nous ne sommes plus là seulement pour divertir les visiteurs, mais aussi pour travailler dans les forêts, dans la nature, et faire en sorte que les espèces soient conservées et puissent vivre dans leur habitat naturel. »

De manière générale, quel est aujourd’hui l'état des populations de rapaces ?

Grand aigle de mer | Photo: Barbora Navrátilová,  Radio Prague Int.

« Disons qu’en Europe et aux États-Unis, la situation s’est stabilisée. Mais en Afrique et en Asie, la situation est mauvaise, les populations d’oiseaux diminuent considérablement, et c’est un problème vraiment partout. »

À Liberec, vous avez également réussi à se faire reproduire des oiseaux comme le grand aigle de mer, l’aigle royal, l’aigle botté ou encore l’aigle de Bonelli... Autant d’oiseaux que vous réintroduisez ensuite dans diverses régions en Europe, c’est bien ça ?

Un bébé d’aigle de Bonelli à Liberec | Photo: Lucie Fürstová,  ČRo

« C’est ça, notre but est de faire se reproduire des espèces en danger critique. L’aigle de Bonelli, par exemple, ne vit aujourd’hui pratiquement plus qu’en Espagne, même s'il existe également une toute petite population en France. Comme pour l’aigle botté, le déclin de sa population fait que c’est une espèce qui nous intéresse tout particulièrement. Notre objectif est toujours le même : faire en sorte de rétablir l’état originel pour que l’oiseau puisse vivre en nombre dans son habitat historiquement naturel. »

Aigle botté | Photo: Zoo Liberec

Autrement dit, qui aime les oiseaux en Tchéquie, se doit de visiter le zoo de Liberec...

« Nous avons vingt-trois espèces et c’est le seul zoo en Europe où vous pouvez toutes les observer en même temps. Donc, oui, venez voir comment nous nous efforçons de faire en sorte que ces oiseaux puissent retrouver la place qui était la leur et leur appartient toujours dans la nature. Notre zoo n’est pas très grand (14 hectares), mais sa taille permet à ses visiteurs de tout voir en une seule journée. Il n’y a d’ailleurs pas que des oiseaux, mais aussi beaucoup d’autres animaux très intéressants pour l’élevage desquels nous faisons vraiment de notre mieux. Nous sommes spécialisés aussi, par exemple, dans la protection des moutons de montagne... »

Urial | Photo: Barbora Navrátilová,  Radio Prague Int.

Et le tigre blanc, même s’il n’en reste plus qu’un, est le grand symbole de Liberec...

Tigre blanc | Photo: Barbora Němcová,  Radio Prague Int.

« Oui, ‘Les Tigres blancs’ est d’ailleurs le surnom du club de hockey sur glace de la ville. »

Un club qui, à force de travail, sera peut-être un jour rebaptisé ‘Les Aigles des singes’...

« Dans le futur, oui, qui sait... »

Un des autres aspects intéressants de votre travail est pour ce qui est des espèces qui sont appelées à complétement disparaître, vous travaillez aussi de manière à ce qu’une reproduction reste possible à l’avenir, dans 100 ou 200 ans...

« Oui, nous avons des banques de sperme que nous conservons dans de l’azote liquide. C’est une méthode sur laquelle j’ai beaucoup travaillé, qui marche bien, comme le confirme l’exemple de l’aigle des singes, et qui est très prometteuse pour l’avenir. »

Même si vous nous avez parlé de la situation très inquiétante, par exemple, des populations de vautours en Afrique, qui déclinent très vite, à vous entendre, on a le sentiment qu’une forme d’optimisme reste possible...

Crécerelle de Maurice | Photo: Charles J. Sharp,  Sharp Photography,  sharpphotography.co.uk/Wikimedia Commons,  CC BY-SA 4.0

« Ce que nous faisons n’est qu’une goutte d’eau dans un océan, mais oui, je reste optimiste. Plusieurs exemples, comme celui de la crécerelle de Maurice, montrent qu’il y a encore des raisons de l’être. Il n’en restait plus que quatre individus (dans les années 1970) et aujourd’hui, nous en sommes à environ 400 couples... Donc, oui, beaucoup de choses sont encore possibles, même si, c’est vrai, qu’il s’agisse des océans, des forêts ou même des déserts, notre belle planète Terre, de manière générale, ne va pas bien. Partout, il y a des problèmes, mais si nous travaillons très fort, il est encore possible de faire changer les choses. Je le sais aussi parce que je ne travaille pas seul. Tous les ornithologues et zoologistes exercent leur métier et leur passion avec cet état d’esprit. »

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