La « responsabilité individuelle » de Václav Havel à l’épreuve du populisme centre-européen
Un peu plus de six mois après la formation du gouvernement de coalition d’Andrej Babiš (ANO), où en est la Tchéquie ? Comment expliquer la perméabilité d’une partie de la population à des théories anti-système ? La Tchéquie a-t-elle fait le bilan des années 1990 qui ont suivi la chute du régime communiste ? Toutes ces questions mais bien d’autres encore, nous les avons abordées avec la politologue Jana Vargovčíková.
Jana Vargovčíková, bonjour. Vous êtes politologue et maîtresse de conférences en science politique à l’INALCO, où vous travaillez sur les dynamiques politiques, sociales et territoriales de l’Europe centrale contemporaine. Je voulais profiter de votre passage à Prague pour prendre un peu de recul sur la situation politique tchèque actuelle. L’idée n’est pas de revenir uniquement sur l’actualité immédiate, mais plutôt d’essayer de porter un regard plus large, plus distancié, sur les évolutions en cours en Tchéquie. Lorsque vous observez aujourd’hui la scène politique tchèque, quelques mois après les élections législatives, quel est le premier mot qui vous vient à l’esprit pour qualifier la situation du pays ?
« Le mot qui me vient spontanément à l’esprit est ‘incertitude’, comme dans beaucoup de contextes post-électoraux ces dernières années. En Tchéquie, il subsiste encore de nombreuses interrogations quant à la capacité de la coalition au pouvoir à mettre effectivement en œuvre ce que les différents partis qui la composent avaient promis pendant la campagne électorale. La question n’est d’ailleurs pas entièrement nouvelle. Elle se posait déjà sous le précédent gouvernement d’Andrej Babiš, mais elle revêt peut-être aujourd’hui une importance particulière. Dans quelle mesure les engagements pris relevaient-ils de promesses réalistes, et dans quelle mesure s’agissait-il d’un discours électoral marqué par une forme de surenchère ou d’hyperbole, comme on en observe fréquemment dans les campagnes ? Une fois au pouvoir, les partis sont confrontés aux contraintes de la gouvernance, aux compromis, aux capacités réelles de l’administration, aux ressources disponibles, mais aussi à la nécessité de négocier avec les partenaires sociaux, les groupes d’intérêt et les différents acteurs concernés. Nous sommes donc encore dans une phase de transition, dans une sorte d’entre-deux où il est difficile de mesurer précisément ce qui relèvera de la continuité des promesses électorales et ce qui sera finalement ajusté au contact des réalités du pouvoir. »
Comment doit-on voir le retour au pouvoir du mouvement ANO d’Andrej Babiš qui s’est allié avec le SPD de Tomio Okamura et les Automobilistes ? Doit-on voir cela comme une alternance classique par rapport au précédent gouvernement de coalition autour de l’ODS, ou est-ce quelque chose de plus profond, un changement plus profond qui s’opère ici ?
« C’est une très bonne question. Et le cas tchèque n’est pas isolé. On retrouve des interrogations similaires ailleurs en Europe centrale, notamment en Slovaquie. Ce qui est intéressant avec Andrej Babiš, c’est qu’ANO s’est toujours présenté comme un parti de gouvernement. Dès sa création, ce mouvement, souvent qualifié de techno-populiste, n’a jamais revendiqué une position antisystème ou extrémiste. Il mettait plutôt en avant le pragmatisme, le bon sens et la promesse de solutions efficaces aux problèmes du pays. La question est donc de savoir ce qui se passe lorsque ce type de parti, traditionnellement situé au centre du jeu politique, se montre prêt à coopérer avec des formations plus radicales, parfois antisystème, qui se sont construites à la marge de l’espace politique. On peut y voir un calcul pragmatique destiné à accéder au pouvoir ou à s’y maintenir. Mais cela soulève une interrogation plus profonde : dans quelle mesure les partis de gouvernement restent-ils maîtres du jeu et fidèles aux principes de l’Etat de droit et de la démocratie libérale ? Et dans quelle mesure risquent-ils, au contraire, d’être entraînés par les dynamiques qu’ils pensent pouvoir contrôler ? Cette question se pose aujourd’hui en Tchéquie, mais aussi en Slovaquie, et plus largement dans plusieurs démocraties européennes. »
Une désaffection vis-à-vis des institutions
Cette question prolonge finalement l’incertitude dont vous parliez. Il y a l’incertitude sur ce que fera réellement ANO au pouvoir, mais aussi sur l’influence que pourraient exercer sur lui ses partenaires plus radicaux. Et cela pose aussi la question de l’électorat. Vu de l’étranger, les Tchèques sont souvent perçus comme pragmatiques et méfiants à l’égard des grands discours idéologiques. Comment expliquer, dès lors, le succès de formations populistes ou antisystème, même lorsqu’elles restent minoritaires ? Est-ce un paradoxe seulement apparent ?
« Il est vrai que les Tchèques ont la réputation d’être sceptiques et pragmatiques. On pourrait donc voir un paradoxe dans le fait que les théories du complot ou les fausses informations circulent ici comme ailleurs. Mais plus que l’adhésion à ces discours eux-mêmes, les études montrent souvent un phénomène de désaffection vis-à-vis des institutions. Une partie de la population a le sentiment que l’Etat, les élites ou les autorités ne représentent plus ses intérêts ni son mode de vie. Les acteurs politiques radicaux capitalisent sur ce ressentiment : ils se présentent comme ceux qui vont ‘régler les comptes’ avec un système jugé défaillant. Leurs discours peuvent être extrêmes, parfois xénophobes ou complotistes, mais leur principal ressort est souvent la critique des institutions établies. Derrière cela, on retrouve des clivages plus profonds, que l’on observe dans de nombreuses démocraties : entre ceux qui ont bénéficié des opportunités de la mondialisation et ceux qui ont le sentiment d’en avoir été les laissés-pour-compte. A cela s’ajoute le clivage entre les grands centres urbains et les régions périphériques. En Tchéquie, l’opposition entre Prague et le reste du pays est régulièrement instrumentalisée par les responsables politiques, mais elle s’appuie aussi sur une réalité sociale qui dépasse largement le seul contexte tchèque. »
Au fond, ce que vous décrivez montre aussi que les sociétés post-communistes ne sont pas si différentes des autres démocraties occidentales. Pendant longtemps, on a eu tendance à voir l’Europe centrale comme un cas à part, avec un certain retard ou des trajectoires spécifiques. Mais quand on regarde ces fractures sociales, territoriales ou politiques, on a l’impression que la Tchéquie a finalement rejoint assez rapidement des tendances que l’on observe partout en Occident…
« Oui, tout à fait. Et ce n’est effectivement pas un phénomène propre à la Tchéquie. A ces clivages s’ajoutent ceux qui touchent les régions frappées par la désindustrialisation, le chômage et la baisse du niveau de vie. Il ne s’agit pas nécessairement de territoires ruraux : ce sont parfois des villes ou d’anciens bassins industriels qui ont perdu une partie de leurs perspectives économiques. Les comportements électoraux que l’on y observe ne sont donc pas particulièrement surprenants. Ce qui est plus frappant aujourd’hui, c’est le contexte politique dans lequel ces frustrations sont mobilisées. Les partis qui parviennent à capter ce mécontentement défendent de plus en plus souvent un discours critique non seulement à l’égard des élites ou des institutions, mais aussi à l’égard de la démocratie libérale elle-même. Le succès de formations comme le SPD s’inscrit dans cette évolution. Pendant plusieurs décennies après 1989, il existait un consensus relativement large autour du modèle démocratique libéral. Ce consensus n’a jamais été absolu, mais il était largement partagé. Aujourd’hui, il est davantage contesté, en Tchéquie comme dans de nombreux autres pays européens. »
Quel héritage de 1989 ?
Est-ce que cela signifie que l’héritage de 1989 s’est progressivement affaibli ? Que les promesses de la transition démocratique n’ont pas été pleinement tenues pour une partie de la population ? Comment expliquez-vous qu’en l’espace de trois décennies, la Tchéquie ait rejoint des formes de défiance politique et de scepticisme que l’on observe aujourd’hui dans de nombreuses démocraties occidentales ?
« C’est une question complexe. Je ne dirais pas forcément que les promesses de 1989 ont été trahies, mais plutôt que certaines visions de ce que pouvait être la démocratie n’ont pas eu l’occasion de se développer pleinement. Au début des années 1990, il existait pourtant une grande diversité d’espoirs et d’imaginaires politiques. Entre les partisans d’un socialisme démocratique réformé et ceux d’une transformation libérale plus radicale, plusieurs voies étaient envisagées. Mais, comme dans toute démocratie, certaines orientations se sont imposées et se sont traduites par des réformes concrètes, avec leurs effets : chômage, désindustrialisation dans certaines régions, concentration du capital, mais aussi ouverture économique et nouvelles opportunités. Là où il y a peut-être eu un manque, c’est dans la capacité à débattre ouvertement et de manière critique des conséquences de ces transformations. Pendant longtemps, la transition des années 1990 a été largement présentée comme un succès qu’il ne fallait pas remettre en question. Or les expériences vécues par les individus étaient parfois plus contrastées. Si je devais résumer, je dirais qu’il aurait sans doute été utile de reconnaître plus tôt la pluralité des récits sur la transition. Cela aurait peut-être permis d’éviter que certaines frustrations accumulées soient ensuite récupérées par des acteurs politiques plus radicaux. »
Ce que vous dites, c’est qu’un véritable bilan de la transition des années 1990 n’a jamais vraiment été dressé. Il n’y a pas eu de débat approfondi sur certains choix ou certains dogmes de l’époque, et c’est peut-être ce qui explique en partie le retour de ces problématiques aujourd’hui. On pense notamment à l’héritage de Václav Klaus, figure centrale des réformes post-communistes, dont la privatisation, en tant que Premier ministre, puis plus tard devenu président. Des gens issus de son cercle idéologique, comme l’actuel ministre des Affaires étrangères, Petr Macinka, sont aujourd’hui au pouvoir…
« Oui, on peut tout à fait l’interpréter ainsi. C’est d’ailleurs révélateur du fait que ce bilan n’a été réellement mené par aucun camp. On pense aujourd’hui à Petr Macinka et aux héritiers assumés de Václav Klaus, mais le parti ODS lui-même n’a jamais véritablement engagé de réflexion critique sur cet héritage. Il n’est jamais vraiment revenu sur les réformes des années 1990 ni sur leurs conséquences, et n’a pas réellement confronté son propre rapport au legs politique de Klaus. »
Tout à fait. Et il faut rappeler que l’ODS était le principal parti de la coalition gouvernementale précédente. On a donc l’impression que, des deux côtés du spectre politique, ce travail de bilan sur les années 1990 n’a jamais vraiment été mené, avec des conséquences qui se font sentir aujourd’hui.
« Oui, avec finalement assez peu de remise en question des fondements idéologiques, quel que soit le camp politique. On pourrait d’ailleurs ajouter à cela le cas des sociaux-démocrates, qui traversent aujourd’hui une crise très profonde. Là aussi, il y a bien eu quelques tentatives de réflexion critique, mais elles sont restées largement marginales au sein du parti. »
La Tchéquie au sein du groupe de Visegrád
La Tchéquie n’évolue évidemment pas dans un vide politique. Elle est membre de l’Union européenne, de l’OTAN, mais aussi d’autres regroupements comme notamment le groupe de Visegrád, qui a longtemps été présenté comme un acteur important de l’Europe centrale. Or ces dernières années, ce groupe a été profondément fragilisé par des divergences politiques, notamment sur la guerre en Ukraine, avec des positions très différentes entre Prague, Bratislava et Budapest. Aujourd’hui, la situation a de nouveau changé avec l’arrivée au pouvoir de Peter Magyar en Hongrie, qui rebat les cartes régionales. Comment voyez-vous l’état actuel du groupe de Visegrád ? Est-ce qu’il conserve encore une réelle pertinence politique ou est-il devenu davantage un cadre symbolique qu'un véritable outil de coopération ?
« Le groupe de Visegrád est un objet assez particulier. S’il a survécu depuis 1991, c’est précisément parce qu’il repose sur très peu d’institutions. Ce n’est pas une organisation au sens strict, mais plutôt une plateforme de concertation entre gouvernements. Son rôle principal a toujours été de permettre aux quatre pays de coordonner leurs positions lorsqu’ils partageaient des intérêts communs. En revanche, lorsqu’ils sont en désaccord, comme on l’a vu ces dernières années sur l’Ukraine ou dans les relations entre Prague et Bratislava, le groupe ne cherche pas à produire un compromis : il reste simplement silencieux. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne sert plus à rien. Au-delà des grandes déclarations politiques, il existe des habitudes de coopération entre administrations et des réseaux de contacts qui continuent de fonctionner. Et puis il y a le Fonds international de Visegrád, qui finance depuis des années des projets culturels, universitaires et associatifs. Autrement dit, même lorsque le V4 paraît paralysé au niveau politique, il continue d’exister à des niveaux plus concrets et plus discrets. »
Au sein du groupe de Visegrád, Viktor Orbán a longtemps fait figure de référence pour une certaine droite conservatrice et populiste en Europe centrale. Son influence dépassait largement les frontières de la Hongrie : on la retrouvait chez Robert Fico en Slovaquie, mais aussi chez Andrej Babiš, qui lui avait apporté son soutien lors des élections hongroises. Que change aujourd’hui sa défaite ? Est-ce qu’elle constitue un revers pour ce courant politique dans la région et, plus largement, un désaveu pour ceux qui s’en inspiraient ou qui s’en réclamaient ?
« La situation en Hongrie suscite effectivement beaucoup d’enthousiasme dans les milieux démocratiques, un peu comme cela avait été le cas en Pologne après la défaite du PiS, qui n’avait plus les moyens de former une majorité. La question qui se pose alors est celle de la nature du changement : s’agit-il d’un simple alternance ou d’un véritable changement de régime, dans des contextes où les institutions ont été profondément remodelées pendant de longues années ? Dans le cas hongrois, ce remodelage a été particulièrement poussé, avec notamment un transfert important de propriétés publiques vers des fondations et des acteurs proches du pouvoir. Cela crée une situation paradoxale : même en cas de défaite électorale, une partie des leviers de l’Etat reste entre les mains de réseaux liés à l’ancien parti majoritaire. Le cas slovaque est intéressant à double titre. D’une part, il y a un désaveu des positions portées par Viktor Orbán, notamment sur les relations avec Bruxelles, la Russie ou l’Ukraine. D’autre part, le nouveau gouvernement hongrois de Péter Magyar affiche une ligne plus affirmée sur la défense des minorités hongroises à l’étranger, notamment en Slovaquie, un thème déjà central de sa campagne. Cela tend à compliquer encore les relations entre Budapest et Bratislava. »
« Quo vadis, America ? »
La Tchéquie a longtemps été marquée par un fort tropisme pro-américain depuis 1989, nourri par l’anticommunisme et, en arrière-plan, une forme de défiance vis-à-vis de la Russie. Mais ce rapport aux Etats-Unis semble aujourd’hui évoluer, dans un contexte où l’Amérique elle-même a changé de visage. On observe en effet une forme de soutien pro-américain qui prend des contours très différents, avec notamment une proximité affichée de certains acteurs politiques avec la mouvance MAGA. Comment s’opère ce glissement dans le débat public tchèque ? Et comment les pro-américains plus traditionnels, notamment dans la droite classique comme l’ODS, parviennent-ils à se positionner face à cette nouvelle lecture des Etats-Unis, portée par des forces politiques concurrentes au Parlement ?
« Oui, effectivement. Et sur ce point, les atlantistes et les centristes européens se retrouvent dans une situation délicate, qui les oblige à revoir en profondeur leur ‘logiciel’ idéologique, ou plus simplement leur manière de répondre à une question centrale : qui garantit aujourd’hui la sécurité, et à quelles conditions ? »
Une situation d’autant plus inédite que Donald Trump remet lui-même en cause l’engagement américain dans l’OTAN…
« Oui, c’est une transition intéressante à observer. Les conservateurs atlantistes tchèques ou polonais sont dans une position particulièrement délicate, car leur repositionnement dépend largement de facteurs qu’ils ne maîtrisent pas. La question centrale, soit celle du rôle des Etats-Unis comme garant de sécurité, reste suspendue aux choix de la politique américaine. Selon son évolution, ils devront soit continuer à considérer cette garantie comme fiable, soit en tirer des conclusions plus radicales. Mais dans tous les cas, la décision ne leur appartient pas, ce qui rend leur position d’autant plus fragile.
Au regard de la situation actuelle, s’agit-il selon vous d’une crise conjoncturelle ou d’une transformation plus profonde de la société et de la scène politique tchèques, déjà profondément recomposées depuis les années 1990 ? Et plus largement, faut-il y voir une évolution propre à la Tchéquie ou un mouvement qui s’inscrit dans des dynamiques globales plus larges ?
« Cela s’inscrit sans doute dans des évolutions plus larges, à l’échelle européenne et même occidentale, qu’on a pu observer avec l’essor de nouveaux types de partis, souvent qualifiés de partis-mouvements ou de partis-entreprises. L’arrivée de grands entrepreneurs en politique reste plus rare en Europe occidentale, même si des figures comme Berlusconi ou Trump ont souvent servi de points de comparaison pour Andrej Babiš. Dans l’espace post-communiste, ces dynamiques sont toutefois plus marquées : les systèmes partisans y sont plus volatiles, avec des cycles de création et de disparition de partis beaucoup plus rapides. La trajectoire tchèque depuis les années 2010 s’inscrit clairement dans cette tendance, tout en rejoignant une crise plus générale du clivage gauche-droite. On voit ainsi émerger des formations plus instables, susceptibles de disparaître aussi vite qu’elles apparaissent, même si le cas de Babiš est intéressant : il montre qu’un parti reposant sur un homme, fondé hors du champ politique traditionnel, peut malgré tout s’installer dans la durée et exercer le pouvoir de manière relativement stable. »
Pour conclure, vous êtes à Prague avec des étudiants de l’INALCO dans le cadre d’un voyage d’études consacré à Václav Havel. Si l’on se projette un instant : selon vous, qu’est-ce qui surprendrait le plus Václav Havel s’il pouvait observer la Tchéquie de 2026 ?
« C’est une question très difficile, et je n’oserais pas me mettre dans la tête de Václav Havel. Mais à partir de ce que nous avons observé avec nos étudiants, des étudiants de tchèque de l’INALCO et de Sorbonne Université, très intéressés par sa figure à la fois d’écrivain et de président, ce qui pourrait peut-être le marquer, voire l’agacer, c’est la facilité avec laquelle une partie des citoyens délègue de nouveau son pouvoir de décision à d’autres. Cela peut sembler un peu cliché, car Havel insistait lui-même beaucoup sur la responsabilité individuelle, y compris dans des contextes contraints. Mais il défendait l’idée qu’il n’existe pas d’excuse absolue pour se décharger entièrement de cette responsabilité. Peut-être serait-il frappé de voir qu’en démocratie libérale aussi, des individus acceptent de confier des choix essentiels à des acteurs politiques parfois peu fiables, en se déliant en partie de cette exigence de responsabilité personnelle qu’il plaçait au cœur de sa réflexion. »






