En Tchéquie, la béatification de deux prêtres martyrs sous le régime communiste
Plus de 13 000 personnes ont assisté, samedi 6 juin à Brno, à la messe de béatification de Jan Bula et Václav Drbola, deux prêtres tchèques « tués en haine de la foi » par le régime communiste. Ils font partie des 11 nouveaux bienheureux de l’Église catholique, victimes du nazisme et du communisme. Le pape Léon XIV a autorisé la promulgation des décrets concernant leur martyre en octobre dernier.
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Les deux prêtres, devenus les premiers martyrs du régime communiste à être béatifiés, exerçaient leur ministère dans le diocèse de Brno, plus précisément dans des paroisses de la région de Vysočina.
Pour sa part, Václav Drbola était curé à Babice, une commune restée tristement célèbre pour avoir été le théâtre, en juillet 1951, de l’assassinat de trois fonctionnaires communistes. Un meurtre jusqu’à présent non-élucidé qui avait permis aux autorités de déclencher une série de procès politiques. Ceux-ci visaient principalement de petits agriculteurs opposés au régime communiste ainsi que des représentants de l’Église.
Dans le cadre de ces procès dits de Babice, une centaine de personnes avaient alors été condamnées à de lourdes peines de prison, et une dizaine d’autres exécutées après avoir été torturées. Parmi elles, Václav Drbola, pendu dans la cour de la prison de Jihlava le 3 août 1951, alors qu’il était âgé de 38 ans, et Jan Bula, de huit ans son cadet, le 20 mai 1952.
Maria Cristina Bresciani a endossé le rôle de postulatrice dans le procès en béatification des prêtres tchèques. Elle a expliqué, pour Radio Vatican, les circonstances de leur arrestation :
« Jan Bula a été d’abord persécuté pour avoir lu une lettre dénonçant l’infiltration du régime communiste dans l’Église. Il savait que cela aurait des conséquences. Václav Drbola a fait preuve du même courage. »
« Mais c’est leur rencontre avec un personnage controversé et ambigu, Ladislav Malý qui a été décisive. Il affirmait appartenir à la résistance anticommuniste et a fait croire à Jan Bula et Václav Drbola que l’archevêque Josef Beran, alors interné par la police secrète, avait besoin d’aide pour pouvoir s’enfuir à l’étranger. »
« Il se trouve qu’au moment même où les deux prêtres ont commencé à douter de la crédibilité de ce capitaine autoproclamé, ils ont tous deux été arrêtés – Jan Bula fin avril 1951 et Václav Drbola en juin de la même année. »
« À l’origine, ils avaient été accusés de subversion, d’activités dirigées contre le régime communiste et, dans le cas de Jan Bula, aussi de détention d’armes. Mais en réalité, le régime ne disposait d’aucune preuve solide contre eux. Cela a changé avec le meurtre des fonctionnaires communistes à Babice. Au moment où celui-ci a été perpétré, les prêtres se trouvaient en détention provisoire. Il n’empêche que pour le régime totalitaire, cela a servi de prétexte pour leur condamnation à mort : Bula et Drbola ont été accusés de complicité dans cette affaire, torturés, puis exécutés par pendaison. Ils n’ont pas eu la moindre chance de se défendre ou de faire appel du jugement », constate Maria Cristina Bresciani.
Le calice et la chasuble de l’un des prêtres se sont conservés
« Tous deux étaient des prêtres très zélés, proches des gens et, surtout, très engagés dans la pastorale des jeunes », souligne-t-elle encore, en ajoutant ce qui l’a touchée personnellement en étudiant des documents et en visitant des lieux liés à la vie des prêtres martyrs :
« Parmi les grands talents que l’on peut admirer chez Jan Bula (…) figure également un don pour les arts et le théâtre. D’ailleurs, des objets en céramique qu’il a lui-même créés sont encore conservés aujourd’hui dans sa ville natale. »
« J’ai vécu un moment très émouvant en mars dernier, lors de l’exhumation canonique et de l’identification des restes », raconte encore Maria Cristina Bresciani. « À cette occasion, nous avons pu rouvrir la tombe, plus précisément celle du père Václav Drbola. Cela n’a en effet pas été possible pour Jan Bula, car après son exécution, ses cendres ont été jetées dans une fosse commune, tout comme les restes de plus d’un millier d’autres personnes. En revanche, l’urne du père Václav Drbola avait alors été remise par à l’époque à sa famille, qui l’avait déposée au cimetière de son village natal. »
« Nous avons donc pu ouvrir la tombe, récupérer l’urne, l’ouvrir et identifier les restes de Václav Drbola. Tout cela s’est déroulé en présence de son neveu, qui se souvenait encore du moment où la famille avait reçu l’urne. J’ai vécu un moment tout aussi fort lorsque j’ai visité l’ancienne paroisse du père Jan Bula. On y conserve jusqu’à aujourd’hui le calice dont il se servait et la chasuble qu’il portait pendant les cérémonies religieuses. Nous avons prélevé une partie de cette chasuble pour la préparation des reliques, comme nous l’avons fait pour les restes du père Drbola. »
Une messe célébrée par un cardinal canadien originaire de Brno
C’est dans le calice utilisé autrefois par Jan Bula qu’a été, symboliquement, consacré le vin lors de la messe de béatification. Celle-ci a été célébrée, au Palais des expositions de Brno, par le légat pontifical Michael Czerny.
Pour le cardinal canadien aux origines tchèques, la cérémonie, tout comme le retour dans sa ville natale de Brno, où ses ancêtres exploitaient la brasserie Starobrno avant la Seconde Guerre mondiale, ont été des moments forts en émotions :
« Chacun d’entre nous est invité à s’approprier à sa manière l’histoire de ces deux hommes. Moi-même, j’avais cinq ans à l’époque où ils ont été martyrisés. J’étais un petit garçon qui, en 1948, avait quitté la Tchécoslovaquie avec sa famille et avait trouvé refuge à Montréal, au Canada », s’est confié Michael Czerny pendant la messe.
Quelques heures plus tôt, le cardinal jésuite avait évoqué son histoire familiale devant les journalistes tchèques, en leur montrant la copie d’une ancienne peinture sur verre représentant la Sainte Famille fuyant en Égypte. L’œuvre a été réalisée dans les années 1930 par sa grand-mère Anna Hayek, morte avec ses fils et son mari en camp de concentration.
Pour Michael Czerny, chargé pendant plusieurs années des questions de migration à Vatican et s’occupant actuellement des défis liés à l’utilisation de l’IA, l’histoire de Jan Bula et Václav Drbola incarne le conflit entre l’individu et le régime totalitaire. « Ils se demandaient ce qu’ils devaient et pouvaient faire en tant que prêtres en Tchécoslovaquie dans les années 1950. Mais cette question est d’actualité pour chaque chrétien, pour chaque être humain à toute époque : que puis-je, que dois-je faire en ces temps difficiles ? », s’est-il interrogé pendant la messe de béatification de Jan Bula et Václav Drbola, devenus par ailleurs les tout premiers bienheureux de l’histoire moderne tchèque.
La fête liturgique en leur mémoire aura lieu le 17 juin, date liée à la publication, en 1949, de la lettre pastorale des évêques tchécoslovaques mettant en garde contre les pratique du régime communiste.





