En Tchéquie, le tourisme « national » est de nouveau à la mode

C'est au cours des mois de juillet et d'août que la plupart des Tchèques partent en vacances. La raison est simple: ce sont en République tchèque les mois des vacances scolaires. Quelles sont les destinations préférées des Tchèques et quels sont leurs passe-temps favoris ? Le dernier supplément de samedi du quotidien Lidove noviny que nous avons lu pour vous a cherché une réponse à cette question, s'interrogeant en particulier sur les habitudes « vacancières » typiques qui commencent peu à peu à changer. Rester dans le pays devient pour beaucoup plus attrayant que visiter un pays exotique.

Voyager était un rêve que plusieurs générations de Tchèques qui ont vécu sous le régime communiste, ne pouvaient pas réaliser, sinon dans une mesure très limitée. Tout un chacun qui voulait se rendre dans un pays occidental, devait demander une autorisation de la police qui n'était octroyée que dans des conditions et dans des cas très spécifiques et strictement définis. C'était donc le temps où la langue tchèque se faisait souvent entendre sur les plages bulgares, roumaines et aussi allemandes - assez belles d'ailleurs - donc dans des pays appartenant au camp « socialiste ».

Au début des années quatre-vingt-dix, au lendemain de la chute du rideau de fer, les Tchèques n'ont pas hésité à profiter largement de l'ouverture des frontières. Découvrir le monde occidental et aller au bord de la mer, c'est ce qui est devenu l'impératif du jour.

Croatie
La Croatie, l'Espagne, l'Italie, la France, la Tunisie, la Grèce... La liste des destinations estivales préférées des Tchèques, parmi lesquelles la Croatie se trouve traditionnellement en tête du box-office, est longue. Avec l'élévation de leur niveau de vie, les Tchèques se plaisent, aussi, à découvrir de plus en plus souvent des contrées exotiques, à entreprendre des voyages plus chers, à se permettre des hôtels et des services de luxe...

Après le boom que le tourisme a connu au cours des dix-sept dernières années, les Tchèques ne se lassent-ils pas, tout de même, de leurs escapades et aventures étrangères ? Selon une récente édition du quotidien Lidove noviny, on assisterait effectivement à un phénomène nouveau : les Tchèques commencent à changer leurs habitudes en ce qui concerne la manière dont ils passent leurs vacances. Etre allongé sur une plage serait donc dorénavant moins attrayant que de faire par exemple du vélo ou de descendre une rivière.

« Cette année sera une année charnière », écrit le journal et de poursuivre. « Plus le style de vie des Tchèques approche de celui des habitants de l'Europe occidentale, plus ils voudront passer leur temps libre d'une manière active. Le fait que le nombre des Tchèques qui se rendent au bord de la Mer adriatique diminue, en dit long. »

Si, dans les années quatre-vingt-dix et jusqu'en 2004, la côte adriatique recevait chaque année près d'un million de touristes tchèques, en 2006, il n'y en avait que près de 730 000. « Finies les années d'or avec des touristes tchèques pour les maîtres d'hôtel et les propriétaires de campings, en Croatie, »écrit le journal. Il cite en outre un responsable de l'agence gouvernementale Czech Tourisme qui dit :

« Cet été confirmera clairement qu'il y a de plus en plus de Tchèques qui privilégient un repos actif... La santé et un bon physique constituent la première valeur pour eux. Voilà pourquoi on verra beaucoup de ceux qui pratiqueront pendant leurs vacances du sport, du vélo, du tourisme à pieds, etc. L'édification d'un large réseau de sentiers et de trajets pour cyclistes dans tout le pays va de paire avec ce phénomène. »

Descendre une rivière est devenue, aussi, très en vogue. Au point que les rivières les plus sollicitées - par exemple la Vltava et la Luznice - rappellent en été des autoroutes embouteillées. La tradition de ce sport très répandue est d'ailleurs très ancienne, dans les pays tchèques. Selon certaines sources, un premier kayak à des buts touristiques aurait même été utilisé au XVe siècle, par un certain chevalier Zachar de Pasineves.

Le tourisme « national » est de nouveau à la mode... Il va de soi que les gens qui privilégient les loisirs actifs, aiment rester pendant leurs vacances plutôt dans le pays où il existe de multiples occasions de développer différentes activités, d'ordre sportif notamment, que de se rendre à l'étranger.

Petra Zaludova, 37 ans, a deux enfants. Après avoir passé plusieurs fois des vacances au bord de la mer, elle préfère maintenant rester, comme elle dit, « chez elle ».

« On a décidé avec mon mari de faire plus de sport, avec nos deux garçons. C'est ce qui les amuse beaucoup plus que de rester toute la journée exposer au soleil, sur une plage. On aime faire de longues promenades dans la forêt, ramasser des champignons, faire du vélo, nager. Et comment voulez-vous qu'on apprenne à nager à un gosse si ce n'est dans une rivière ou dans un étang ? C'est moins propre que la mer, c'est vrai, mais on l'aime quand même...Cette année, on va descendre la Luznice, avec une bande de copains et je sais que l'on va se marrer beaucoup. Pourvu seulement qu'il n'y ait pas trop de moustiques ».

Le cas de Petra Zaludova est assez typique. Le nombre de jeunes Tchèques qui privilégient des vacances dans le pays, non pas par paresse ou forcément pour des raisons financières, mais parce que ça leur plaît, augmente. La Bohême du sud, région de forêts et d'étangs, qui, en 2006, a accueilli plus de 700 000 visiteurs, et les Monts des Géants, dans le nord du pays, sont les destinations les plus recherchées.