Esclavage moderne : la République tchèque mal classée en Europe

Photo: CT24

L’esclavage moderne, qui recouvre le travail forcé, le trafic d’enfants, la servitude pour dettes ou encore le trafic d’êtres humains souvent à des fins de prostitution, concernerait entre 36 000 et 40 000 personnes en République tchèque. C’est l’un des pays européens les plus durement touchés par le phénomène selon le rapport que vient de publier l’organisation de défense des Droits de l’homme Walk Free Fondation. Seuls la Moldavie, l’Albanie et le Monténégro ont ainsi des chiffres plus inquiétants en Europe.

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Près de 30 millions de personnes seraient réduites en esclavage dans le monde. Et 1,82% de ces individus résideraient en Europe. Le premier rapport de l’organisation Walk Free Fondation évoque encore un bénéfice de l’ordre de 25 milliards d’euros pour les milieux criminels du Vieux Continent qui baigneraient dans le trafic d’êtres humains.

Directrice de l’association La Strada, qui s’intéresse à ces problématiques en République tchèque, Lucie Otahálová développe différents aspects que peuvent recouvrir l’esclavage moderne :

« Il s’agit du travail qui n’est pas réalisé de façon volontaire et contraint par l’usage de moyens de pression, on parle de travail forcé. Il peut aussi s’agir d’un travail réalisé dans des conditions d’exploitation. »

Dans les pays de l’Union européenne, les victimes de cet esclavage sont le plus souvent exploitées sexuellement notamment dans des réseaux de prostitution. Selon des données récemment publiées par le Parlement européen, il y aurait 880 000 esclaves dans les 28 pays membres. Plus d’un tiers d’entre eux seraient victimes d’abus sexuels d’après l’hebdomadaire allemand Der Spiegel.

Lucie Otáhalová, photo: Site officiel de Zbuževa.eu
Lucie Otahálová le constate tous les jours dans le cadre du travail de son association : les ressortissants de l’espace européen sont loin d’être les seuls concernés :

« Cela touche dans toute une série de cas de citoyens originaires de pays situés à l’est de l’Europe et évidemment les travailleurs immigrés. »

Membre de l’association Člověk v tísni, Daniel Hůle considère que la législation tchèque est trop laxiste avec des agences de travail qui permettent à certaines entreprises tchèques d’employer des étrangers dans des conditions parfois déplorables.

Il émet toutefois quelques critiques à l’égard de l’index de l’organisation Walk Free Fondation. Si l’on en croit ce classement, la République tchèque serait ainsi le 54e pays mondial le plus touché par l’esclavage moderne, derrière des pays comme le Bangladesh ou la Chine.

Daniel Hůle, photo: Šárka Ševčíková, ČRo
Selon Daniel Hůle, ce terme d’esclavage moderne n’est pas forcément bien compris dans nos sociétés européennes et cache des réalités souvent très différentes. Il explique :

« Si l’on se concentre sur le contexte européen, c’est une réflexion qui n’est pas très liée à notre sphère culturelle tchèque et nous nous sommes habitués à regarder ces questions d’une certaine façon. Toute une série de problèmes en lien avec l’esclavage moderne existent en République tchèque mais nous pouvons les nommer autrement ou il est possible qu’ils prennent des formes différentes. Il est inutile de les nommer de façon aussi scandaleuse car quand on dit « esclavage moderne », on imagine des esclaves enchaînés. Or ce n’est sans doute pas le cas typique des victimes de ce phénomène en République tchèque. »

Daniel Hůle regrette de plus l’absence d’informations sur la méthodologie employée par l’organisation Walk Free Fondation. Celle-ci a vu le jour l’an passé sur une initiative d’un magnat australien de l’industrie minière, Andrew Forrest. Elle est soutenue par des personnalités comme l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, désormais conférencier et à la tête d’une société de conseil, l’ancienne secrétaire d’Etat des Etats-Unis Hillary Clinton ou encore par Bill Gates, le directeur de l’entreprise Microsoft.