Etats-Unis Tchécoslovaquie : des Alliés traditionnels ?

Mardi, George W. Bush a été reçu par le président tchèque Vaclav Klaus et le Premier ministre Mirek Topolanek, principalement au sujet de l'implantation de bases de missiles américains en République tchèque. Si le projet est loin de faire l'unanimité dans le pays, il n'y aura pas vraiment eu de protestation importante de rue. L'occasion aujourd'hui de se pencher sur les rapports entre Etats-Unis et République tchèque, alliés traditionnels et parfois ennemis par les vicissitudes de l'histoire.

Dans les années 20, Prague est très fortement influencée par le cinéma américain. Dans la capitale, on voit également fleurir des bars américains et dansants comme le American Dancing Hall ou le Gri-Gri. Autant de bar-coktails et de boîtes de nuits sur le modèle Outre-Atlantique.

Citons l'American Bar et l'une de ses affiches, dans les années 20 : on y voit un couple dansant au son d'un groupe de jazz de musiciens noirs. Ce bar abrite également un Restautant français. Une réunion emblématique en ce que les influences culturelles anglo-saxones et françaises jouent presque à même niveau durant la Première république.

Les Pragois élégants lisent Gentleman, la revue de mode pour hommes, tandis que Werich et Voskovec ont choisi d'appeler l'un de leur spectacle de cabaret Smocking Revue.

Dans les années 30, ce sera grâce à ses contacts internationaux, en particulier avec New-York et Paris, que la Tchécoslovaquie s'imposera comme une puissance économique.

Dans les années 60, l'influence culturelle américaine en Tchécoslovaquie renaît avec vigueur. Le contexte a changé : les Etats-Unis sont une super-puissance et sont secoués par une Révolution culturelle et sociétale. Celle-ci s'exprimera par une contre-culture virulente. On verra même en 1968 un jeune dramaturge, Vaclav Havel, défiler aux Etats-Unis contre la guerre du Vietnam.

Malgré son appartenance au Bloc de l'Est, Prague et en particulier sa jeunesse, a les yeux rivés vers l'Occident. Et là, il faut dire que l'influence française commence déjà à être distancée. Prague vit à l'heure du rock'n'roll et bientôt des cheveux longs, ces petites Marie comme on les appelait, évoquent les hippies américains. Les Tchèques sont au courant des nouvelles modes musicales par l'intermédiaire de Radio Free Europe, qui diffuse Hendrix, Doors, Beatles...

Plzen, 1945
Sur le plan politique, les aléas de l'histoire et de la géographie n'ont pas vraiment permis des contacts en profondeur. Depuis 1999, la République tchèque appartient à l'OTAN.

Mais jusqu'à 1989, on peut parler d'une histoire continue d'occasions manquées. Exception faite bien sûr de la participation du président américain Wilson à la naissance de la Tchécoslovaquie en 1918.

La Deuxième Guerre mondiale et ses conséquences verront les chemins des deux pays s'éloigner. L'armée américaine libère une partie seulement de la Tchécoslovaquie. Le 6 mai 1945, elle rentre à Plzen mais le général Eisenhower n'avancera pas plus loin. Staline a clairement manifesté vouloir libérer lui-même Prague, symbole politique du pays et les Etats-Unis l'ont tacitement accepté. Malgré l'insurrection des Pragois contre les nazis en début de mai, ni Américains, ni d'ailleurs Russes, n'interviennent.

Au lendemain du conflit, le président Benes pense encore pouvoir faire de la Tchécoslovaquie un pont entre l'Est et l'Ouest. Pour des raisons de Realpolitik et face au noyautage important des communistes, il ne peut cependant pas contester les décisions venues de Moscou.

A vrai dire, entre 1945 et 1948, la diplomatie vit en quelque sorte un état de schizophrénie politique. D'un côté, des représentants tchèques applaudissent, aux Conférences internationales, leurs collègues soviétiques lorsqu'ils fustigent les Occidentaux. De l'autre, le ministre Masaryk utilise tout son talent pour expliquer aux diplomates américains qu'il ne s'agit en fait que de sauver les apparences face à Moscou !

Le Plan Marshall, qui prévoit une aide financière américaine aux pays qui le souhaitent, illustre l'impasse inévitable d'une telle situation. La Tchécoslovaquie est intéressée. Malgré un refus soviétique, les Tchèques pensaient encore pouvoir négocier des clauses d'exception. Benes envoie donc une délégation tchécoslovaque, avec le premier ministre Gottwald. La réponse de Moscou sera claire : pour l'URSS, l'adhésion de la Tchécoslovaquie au Plan Marshall sera considéré comme un acte dirigée contre elle.

A partir de 1948, la Tchécoslovaquie est séparé de l'Europe occidentale par le rideau de fer. Ses relations avec les Etats-Unis sont en fait celle de Moscou avec Washington, autrement dit forcément empruntes de guerre froide, avant de connaître une certaine détente.

A partir des années 70, l'heure est au statu quo : les Etats-Unis reconnaissent les frontières héritées de la Deuxième Guerre mondiale, ce qui revient à considérer comme acquis l'appartenance de la Tchécoslovaquie au bloc soviétique. En échange, les Etats-Unis demandent aux Russes de respecter les droits de l'homme et la liberté d'expression.

Un voeu pieux, certes, mais qui permettra aux dissidents de la Charte 77 de s'appuyer sur un texte international et légal, signé par l'URSS : les accords d'Helsinki.

A la fin des années 70, on assiste pourtant à un regain des tensions Est-Ouest. L'URSS installe des batteries de missiles SS-20 dirigées vers l'Europe de l'Ouest dans de nombreux pays du Bloc, dont la Tchécoslovaquie. En réponse, les Américains commencent à déployer des fusées Pershing dans certains pays alliés d'Europe.

L'affaire actuelle des radars américains intervient dans un contexte bien différent. Pourtant, la réaction du président russe, Vladimir Poutine a réactivé une atmosphère de guerre froide que l'on croyait révolue.