Face aux canicules, les villes tchèques tardent à s’adapter
Les différents épisodes caniculaires qui ont frappé l’Europe depuis le début de l’été ont révélé des niveaux de préparation aux températures extrêmes très inégaux entre les principales villes tchèques. En dehors de Prague, aucune grande agglomération n’envisage, à ce stade, de se doter d’un véritable plan de gestion de crise pour faire face aux prochaines vagues de chaleur.
La République tchèque ne fait pas exception à la règle. Elle aussi se réchauffe, comme le confirment toutes les données disponibles. Selon l’Institut hydrométéorologique tchèque (ČHMÚ), « depuis les années 1960, la température moyenne a augmenté de 2 °C pour l’ensemble de l’année et de 3 °C en été. Le nombre de jours où la température dépasse les 30 °C a triplé : de quatre par an en moyenne auparavant, on en compte douze désormais à l’échelle du pays. Dans les villes, nous sommes passés de dix à trente par an aujourd’hui. »
Malgré ces évolutions, documentées depuis plusieurs décennies par les climatologues, les villes tchèques restent en grande majorité insuffisamment préparées pour gérer efficacement des situations de crise causées par les vagues de chaleur.
Le constat est sans appel : sur les treize capitales régionales du pays, seule une, Prague, possède – ou est en train de peaufiner – un tel plan de gestion de crise. Et rares sont celles qui envisagent de s’en doter dans un avenir proche.
Trop peu, trop tard
Rien d’étonnant donc que, lors des épisodes caniculaires qui ont frappé le pays au début de l’été, plusieurs villes tchèques soient apparues comme prises de court par l’intensité des températures. De České Budějovice à Hradec Králové, en passant par Liberec ou Ústí nad Labem, seules des solutions de fortune sont mises en place dans de telles circonstances : recours à des camions d’arrosage et installation ici et là de brumisateurs et de fontaines à eau – potable ou non.
Des solutions qui ne s’inscrivent dans aucune stratégie plus vaste, et par conséquent bien souvent dérisoires, quand on sait, par exemple, que l’arrosage urbain ou l’installation de fontaines ne permet d’abaisser la température de l’air environnant que d’un degré environ.
Faute de solutions plus performantes à court terme, les municipalités continuent donc de miser sur ces dispositifs d’appoint. Ainsi, à Olomouc, en Moravie, un espace vert éphémère composé d’arbres en pot et de bancs a été installé sur la place Haute jusqu’à l’automne afin d’offrir un îlot de fraîcheur aux passants. Depuis plusieurs années, la ville d’Ústí nad Labem, dans le nord de la Bohême, a, quant à elle, mis en place une navette gratuite reliant le centre-ville au lac Milada pour permettre aux habitants de se rafraîchir. À Jihlava, enfin, la municipalité utilise une application mobile d’information pour envoyer des alertes à ses administrés en cas de fortes chaleurs.
De l’importance de la climatisation à Brno
Comme ailleurs en Europe, la climatisation constitue, en Tchéquie aussi, un autre sujet majeur. Sans susciter de débats aussi vifs qu’en France, l’idée de disposer d’infrastructures climatisées en période de canicule fait malgré tout son chemin, comme à Brno. À la différence de nombreuses autres grandes villes tchèques, la capitale de la Moravie ne possède en son centre ni large cours d’eau ni vastes parcs densément arborés. En été, les températures peuvent donc y grimper très rapidement, et c’est la raison pour laquelle, lors des récentes vagues de chaleur, la municipalité a ouvert au public, à la hâte, les salles historiques du nouvel Hôtel de ville pour offrir aux habitants un refuge temporaire où se rafraîchir. « La société de transports publics renouvelle également progressivement sa flotte de véhicules, les nouveaux modèles étant tous climatisés », souligne Filip Poňuchálek, porte-parole d’une mairie qui soutient également avoir déjà végétalisé 360 toits d’immeubles grâce à un programme de subventions.
En somme, des mesures plutôt disparates, alors que les vagues de chaleur, appelées à devenir plus fréquentes, plus longues et plus intenses, nécessiteraient des investissements massifs et des stratégies ambitieuses et cohérentes pour préparer convenablement les espaces urbains aux effets du changement climatique.
Prague prend les devants
À ce jour, en Tchéquie, seule Prague semble avoir pris véritablement la mesure de l’enjeu. Avec ses 1,4 million d’habitants, la capitale est non seulement la seule ville du pays à s’être dotée d’un plan climat à l’horizon 2030, mais aussi la seule à travailler à l’élaboration d’un plan de gestion de crise spécifiquement consacré aux vagues de chaleur.
Si Prague a la chance d’être irriguée naturellement par la rivière Vltava et de compter de nombreuses zones arborées, les quartiers du centre-ville en cuvette, en raison des collines alentour, peuvent néanmoins très rapidement devenir étouffants lors des chaudes journées d’été. Selon des relevés réalisés fin juin par le serveur de la Radio tchèque, iRozhlas.cz, Holešovice, Karlín, Žižkov et Smíchov figurent parmi les quartiers les plus chauds du centre-ville.
En prévision de nouveaux épisodes caniculaires extrêmes, la municipalité a, par conséquent, développé un plan articulé en trois axes. Premièrement, l’élaboration d’une carte en ligne à destination du grand public répertoriant tous les points d’eau existants de la ville (fontaines, brumisateurs, piscines et autres plans d’eau). Deuxièmement, l’ouverture d’un ensemble de bâtiments publics climatisés avec de l’eau potable à disposition en cas de fortes chaleurs. Et troisièmement, le renforcement de la coordination entre les différents acteurs concernés, que sont notamment le département de la sécurité et de la gestion des crises, la police ou encore les pompiers.
La ville souhaite également lancer, dès cet été, un programme de subventions pour l’aménagement de toitures végétalisées, de réservoirs d’eau de pluie, de plantes grimpantes sur les façades et de revêtements perméables. « Toutes ces mesures peuvent atténuer les effets des vagues de chaleur et améliorer le confort de nos concitoyens dans leur cadre de vie », soutient le porte-parole de la mairie, Vít Hofman.
À Ostrava, la continuité entre les différents projets comme priorité
Autre ville à ne pas être en reste sur le sujet : Ostrava. Avec près de 300 000 habitants, la capitale de la Moravie-Silésie, bien que longtemps considérée comme un point noir sur la carte du pays, figure aujourd’hui parmi les villes les plus vertes de Tchéquie, plus d’un cinquième de son territoire étant recouvert d’espaces végétalisés. Malgré le lourd héritage industriel de la région, la municipalité s’efforce depuis plusieurs années d’anticiper les effets de la multiplication des épisodes de chaleur extrême. Depuis 2017, la ville dispose d’une stratégie d’adaptation aux risques liés aux changements climatiques et, depuis 2023, d’un plan d’action qui prévoit la mise en œuvre d’un ensemble de projets visant à lutter contre ces changements. Ostrava mise avant tout sur la continuité des espaces verts urbains et périurbains afin de créer un système d’infrastructures vertes fonctionnel, interconnecté, résilient et de qualité, comme le montrent les récents investissements dans les quartiers ouest et sud de la ville.
Cette approche pourrait inspirer d’autres collectivités tchèques. L’enjeu dépasse d’ailleurs le seul confort des habitants. Les animaux domestiques, et notamment les chiens, auxquels les Tchèques vouent un attachement bien connu, sont eux aussi vulnérables aux fortes chaleurs. En plein été, les revêtements en bitume exposés au soleil peuvent facilement atteindre 50 à 70 °C, une température suffisante pour provoquer de graves brûlures chez les animaux à quatre pattes. Une raison supplémentaire, si besoin encore en était, de repenser les espaces urbains afin qu’ils offrent davantage d’ombre, de végétation et de fraîcheur à tous leurs usagers, humains comme animaux.






