« Le Plan Climat de neutralité carbone de la ville de Prague paraît assez ambitieux »

Prague

Face à l’urgence climatique, les délégations de 196 pays se réunissent à Glasgow pendant deux semaines à l’occasion de la COP26 pour trouver ensemble des moyens de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Au niveau local aussi les initiatives se multiplient. A Prague, le conseil municipal s’est fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone de la ville à l’horizon 2050. Le politologue, conseiller municipal de Prague 4 et ancien vice-président du Parti des Verts tchèque, Petr Kutílek, nous en dit plus sur les ambitions en matière d’écologie de la capitale tchèque.

Depuis plusieurs années, la ville de Prague s’est engagée en faveur de l’écologie. En 2019, elle a élaboré un Plan Climat qui doit permettre de réduire sensiblement les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 et même de viser la neutralité carbone en 2050. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce plan ? Par quels moyens la ville compte-t-elle atteindre ses objectifs ?

Petr Kutílek | Photo: Archives de Petr Kutílek

« La mairie de Prague envisage d’ici 2030 de réduire de 45% ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2010. Cela me paraît assez ambitieux. Pour atteindre ses objectifs, la ville entend réduire de 60% les émissions de gaz à effet de serre provenant de l’approvisionnement en électricité et en chauffage et de 15% celles issues de la consommation en énergie dans les bâtiments. Cette réduction pourrait également passer par une meilleure performance énergétique des transports, l’amélioration de la circularité de l’économie ou encore la plantation d’arbres. Plusieurs options s’offrent donc à la mairie pour améliorer son bilan carbone. Le processus avait été imaginé par l’ancien leader du Parti vert. Cependant une question reste toujours en suspens : ‘la ville réussira-t-elle à mettre en œuvre son Plan Climat ?’ L’équipe municipale actuelle de Prague se montre plutôt soucieuse des enjeux climatiques. Elle essaye de faire de son mieux. Reste néanmoins à savoir si elle parviendra à maintenir ses plans sur le long terme. »

La question de la mobilité durable est un enjeu crucial dans la lutte contre le réchauffement climatique. Comment expliquer le manque d’aménagements à Prague pour les vélos ou pour les voitures électriques, notamment, en comparaison avec d’autres villes européennes ? Les Pragois sont-ils demandeurs de ce type d’aménagements ?

Photo: Jolana Nováková,  ČRo

« La demande est bien là, même si elle est probablement plus faible que dans certaines villes européennes occidentales. Cette demande devient de plus en plus pressante. La ville doit en tenir compte et y réagir positivement. Il est important de noter néanmoins que Prague a toujours bénéficié d’un excellent réseau de transport, que ce soit sous la Première République, sous le régime communiste ou même au-delà. Aujourd’hui, la mairie prend conscience du besoin d’améliorer son offre de transports publics et de développer les pistes cyclables. Ces dernières se sont multipliées au cours des quinze dernières années. La mairie peut toujours mieux faire et doit accentuer ses efforts pour améliorer la mobilité urbaine. De moins en moins de personnes de nos jours ressentent le besoin d’utiliser leur voiture. Si Prague dispose certes d’un excellent réseau de transport, qui doit être maintenu et amélioré, elle doit aussi davantage s’investir dans le développement de pistes cyclables, de bornes de recharge pour les voitures électriques et dans la promotion du covoiturage. »

Quelles devraient être, selon vous, les priorités en matière d’écologie pour la ville de Prague sur le long terme ? A quoi devrait ressembler Prague idéalement d’ici 2050 par exemple ?

Photo: Tomáš Vodňanský,  ČRo

« Dans l’idéal, Prague devrait être une ville plus durable et plus verte d’ici 2050, notamment au regard de la manière dont le développement urbain est conçu et discuté de façon participative. Pour être plus concret, comme je l’ai déjà mentionné, il est important d’améliorer la connectivité du réseau de transport. Même si nous avons un très bon réseau de tramway et de métro, il faudrait sûrement développer la desserte de la banlieue et le système ferroviaire à Prague. De plus, j’aspire toujours à voir davantage d’arbres dans les rues de Prague. C’est quelque chose que l’actuelle équipe municipale a promis, mais nous n’avons pas vu beaucoup de changements à ce niveau-là au cours des trois dernières années. »

Vous êtes membre du Parti des Verts de République tchèque. Le parti a obtenu à peine 1% des voix aux dernières élections législatives. Pourquoi ne décolle-t-il pas en République tchèque contrairement à l’Allemagne ou à l’Autriche ? Qu’est-ce qui lui fait défaut ?

Zelení | Photo: Merimac1,  Wikimedia Commons,  CC BY-SA 4.0 DEED

« En tant que membre du Parti des Verts, c’est une question très douloureuse. La comparaison avec l’Allemagne et l’Autriche est délicate. Ces deux pays ont eu une histoire et un développement différents des nôtres au XXe siècle. En Allemagne, le parti des Verts existe depuis une quarantaine d’années. A l’inverse, il n’y a pas de parti Vert puissant dans les pays post-communistes. Pour ce qui est du Parti des Verts tchèque, il a réussi à conserver un temps l’essence de certains mouvements Verts nés à la fin des années 1980. Notre parti continue de se battre. La bonne nouvelle néanmoins est qu’une partie de l’électorat tchèque est ouverte aux questions écologiques en général. Le défi à présent pour le Parti vert est de parvenir à s’emparer et à défendre les intérêts et les valeurs des personnes enclines à supporter les questions liées à l’écologie. »

Quel parti aujourd’hui est le mieux placé pour défendre les intérêts des Verts à l’échelle nationale ? Est-ce que le Parti pirate peut jouer ce rôle, comme Zdeněk Hřib à Prague ?

Zdeněk Hřib | Photo: Le maire de Prague

« Le Parti pirate essaye de se présenter comme écologiste à bien des égards et est d’ailleurs affilié au groupe des Verts au Parlement européen. Les membres de ce parti ne sont pas pour autant des Verts à part entière. Ils ne peuvent pas complètement défendre les intérêts, selon moi, des personnes qui accordent une grande importance à l’écologie. N’ayant pas non plus obtenu une victoire écrasante lors des dernières élections législatives, le défi pour eux à présent est de convaincre le public qu’ils peuvent être autre chose qu’un parti d’opposition. J’ai beaucoup de respect pour le maire de Prague. Toutefois, je pense qu’il y a peut-être au sein du conseil municipal de la capitale d’autres leaders plus proches des questions écologiques. De toute façon, personne ne pourra mieux représenter avec autant de constance les priorités des Verts à Prague, que les Verts eux-mêmes. »