Famille : les jeunes Tchèques veulent des enfants, mais remettent la parentalité à toujours plus tard

Ce n’est pas nouveau, ils ne sont d’ailleurs pas les seuls dans le monde, mais c’est néanmoins une tendance qui se confirme toujours davantage d’année en année : non seulement les Tchèques font de moins en moins d’enfants, mais la part des jeunes qui ont l’intention d’en avoir dans les années à venir baisse également fortement. Une récente enquête menée par les deux plus grandes universités du pays révèle les raisons pour lesquelles les jeunes Tchèques reportent sine die la parentalité.  

Ce n’est pas tellement que les jeunes Tchèques ne veulent pas ou plus d’enfants, ou qu'ils en voudraient nécessairement moins que les générations de leurs parents ou grands-parents. Mais ils remettent désormais tellement à plus tard l’éventualité de devenir parents qu’ils finissent par ne plus en faire, ou en tous les cas de moins en moins. Et même très insuffisamment pour assurer le remplacement générationnel à long terme de la population.

Photo illustrative: MabelAmber,  Pixabay,  Pixabay License

Quelques chiffres suffisent pour donner une idée de l’ampleur du phénomène. En 2023, selon l’Office tchèque des statistiques, seuls 91 149 enfants sont nés en Tchéquie, soit 10 100 de moins qu’en 2022 et quelque 20 000 de moins qu’en 2021. De même, l’indice synthétique de fécondité est passé de 1,83 à 1,45 enfant par femme entre 2021 et 2023, alors que l’âge moyen des mères au moment de l’accouchement était de 30,9 ans.

Et la tendance ne semble pas prête de s’inverser puisque la part des jeunes Tchèques (concrètement les personnes âgées de 18 à 39 ans) qui envisagent d’avoir un enfant au cours des trois prochaines années, ou plus globalement à l’avenir, est en baisse. La planification familiale à long terme est également en train d’évoluer et cette baisse est d’autant plus prononcée chez les personnes dont la situation économique est « moins bonne ». Tels sont quelques-uns des principaux enseignements qui ressortent de l’étude intitulée « La famille tchèque contemporaine » (« Současná česká rodina ») menée par des chercheurs de l’Université Masaryk à Brno et de l’Université Charles.

Sociologue à l’Université Masaryk, Martin Kreidl est le directeur de cette étude dont les résultats ont été communiqués récemment :

Martin Kreidl | Photo: Demographic Research

« Les personnes interrogées ont été sélectionnées tout à fait au hasard, il s’agit donc d’un échantillon parfaitement représentatif. Nous les avons interrogées sur divers sujets relatifs à la famille, à la vie de famille et à la composition du ménage. Nous leur avons également demandé leur avis sur ce à quoi une famille pourrait et devrait ressembler, et quels étaient leurs projets d’avenir. La section sur les projets comprenait des questions pour savoir s’ils avaient l’intention d’avoir des enfants, et si oui, quand et combien. »

L’étude portant sur la période 2020-2022, l’intervalle de temps entre les collectes de données permet à la fois de comparer la manière dont les personnes interrogées en 2020 et celles interrogées deux ans plus tard ont répondu à ces diverses questions, et de suivre l’évolution de la planification familiale et de la fécondité dans la société tchèque.

Concrètement, tandis qu’en 2020, 42 % des quelque 6 000 personnes interrogées avaient déclaré avoir l’intention d’avoir un enfant au cours des trois prochaines années, cette part n’était plus que de 30 % en 2022. Selon Martin Kreidl, il existe toutefois une différence notable entre les projets à court et à plus long terme pour ce qui est de la façon d’envisager la parentalité :

Photo illustrative: Honza Ptáček,  ČRo

« Les plans à court terme sont ceux qui sont établis pour les trois prochaines années. Ainsi, lorsqu’une personne remplit le questionnaire, elle dit si elle envisage d’avoir son premier enfant ou un autre enfant au cours des trois prochaines années. Ensuite, pour les projets à plus long terme, les personnes se projettent au-delà de ces trois années et disent alors si elles envisagent d’avoir un enfant ou un autre enfant au cours de leur vie. Ces projets d’enfants ont diminué au cours de la période 2020-2022. Ils ont baissé de manière assez significative, mais les projets à court terme ont baissé davantage que ceux à long terme, ce qui veut dire que pour une certaine partie de la population, il ne s’agit en quelque sorte que d’une remise à plus tard. »

Autrement dit encore, les jeunes Tchèques ne désespèrent pas (encore) de voir la situation s’améliorer avec alors, à leurs yeux, des conditions tout à la fois économiques, sociales et même politiques plus propices à la conception d’un premier ou d’un nouvel enfant.

Photo illustrative: René Volfík,  iROZHLAS.cz

Sans surprise, cette intention de devenir parents a diminué de manière significative chez les personnes économiquement défavorisées, qui possèdent un faible niveau d’éducation, de faibles revenus (ménages dont le revenu mensuel est inférieur à 800 euros par personne) et un logement ne possédant pas plus de deux pièces.

Mais un autre grand enseignement de cette étude, toujours selon ses auteurs, est aussi que pour un nombre croissant de Tchèques, mettre au monde un ou des enfants n’est désormais plus considéré comme une « obligation » vis-à-vis de leur entourage ou de la société et que s’ils décident d’en avoir, c’est davantage pour satisfaire leur désir personnel d’être parents que dans une optique de responsabilité collective ou avec la volonté de contribuer au ralentissement du vieillissement de la population ou même à la survie de la « nation ».