Festival Afrique en Création : francophonie et contes à l’honneur à Prague

Festival Afrique en Création

Le festival « Afrique en Création », Tvůrčí Afrika, est de retour pour une 21ème édition. Il présente depuis de nombreuses années la richesse de la culture africaine aux Pragois, en invitant artistes, écrivains et musiciens à présenter leurs œuvres dans la capitale tchèque.
Cette année, le festival « Afrique en Création »  sera divisé en plusieurs temps forts sur quatre mois, entre mars et juin. Le mois de mars, dédié à la francophonie, fait la part belle aux contes. L’organisatrice de ce festival, Lucie Němečková, a répondu aux questions de RPI.

Pouvez-vous nous présenter l’édition 2025 du festival et ses différents artistes ?

Lucie Němečková : « Cette 21ème édition du festival « Afrique en Création » est spéciale, parce que le festival devient permanent. Il commence au mois de mars et se poursuit jusqu’en juin. Chaque mois sera consacré à des thèmes différents. Des auteurs de différents pays vont venir. Pour le mois de mars, mois de la francophonie, la programmation sera principalement francophone, avec le genre du conte qui sera mis en avant. Nous avons fait venir des conteurs du Canada, du Congo, ainsi que deux conteuses tchèques roms qui se produiront à Prague et à Pardubice. »

Lucie Němečková avec les invités au festival Afrique en Création | Photo: Irena Vodáková,  Facebook du festival Tvůrčí Afrika

« Éric Delphin Kwegoué du Cameroun et de France et Dan Bosembo, lauréat du prix de la francophonie à Kinshasa en 2023, présenteront leurs performances. La dramaturgie francophone sera également au rendez-vous avec les éditions Lansman d’Emile Lansman, éditeur Belge partenaire clef du festival qui sera présent, accompagné de l’un des auteurs qu’il publie, Éric Delphin Kwegoué qui présentera sa pièce Taxiwoman. En avril, le festival se poursuit avec « Iles et continents », qui fait un focus sur les écrits des Caraïbes et en particulier de la Martinique.  Le mois de mars sera consacré à la fête mondiale de l’Afrique, avec un accent mis sur le Bénin. »

Emile Lansman | Photo: Facebook du festival Tvůrčí Afrika

« Le prix « Afrique en Création » sera également lancé. Enfin, en juin se concrétisera le projet que l’on mène en partenariat avec l’UNESCO -Prague, Ville de la littérature 2025, qui consiste à accueillir des résidents dans notre ville, afin qu’ils en écrivent des œuvres inspirées. Nous commencerons avec Laura Sheilly Inangoma du Burundi qui a écrit lors de sa résidence l’année dernière à Prague une pièce de théâtre sur Františka Plamínková. Ce sera la première mondiale. Nous présenterons ensuite le nouveau résident Elemawusi Agbedjidji du Togo, qui écrira pendant sa résidence à Prague en mai et juin une pièce de théâtre inspirée des jezinky, les sorcières des contes tchèques.

La littérature et le théâtre africains sont peu connus du public tchèque : voyez-vous une évolution dans la connaissance et la perception de certains pays d’Afrique par les Tchèques, grâce au festival ?

« Oui. Le festival a déjà 21 ans. Quand je regarde en arrière, de nombreuses choses se sont peu à peu enracinées, en particulier les textes des différents auteurs invités. Quand nous avons commencé, seulement trois ou quatre textes d’auteurs non-francophones étaient publiés en tchèque. Aujourd’hui, est disponible en tchèque au moins une trentaine de pièces d’auteurs francophones, qui ont été traduites, publiées, montées sur scène et diffusées à la radio en Tchéquie. L’espace littéraire africain en Tchéquie a donc changé. La nouvelle générations d’auteurs porte en elle une nouvelle énergie. J’espère que les vingt prochaines années seront sources d’encore plus d’évolutions. »

Est-ce toujours les mêmes personnes qui se rendent au festival ou constatez-vous la venue d’un nouveau public ?

« Le public change, bien sûr. En vingt ans, une génération se renouvelle. Les personnes avec qui on a l’habitude de travailler vieillissent également. Le public est cependant très diversifié, allant même jusqu’aux enfants. Cette année, nous organisons un atelier de contes pour les petits enfants à l’Institut français. Tout le monde est invité à prendre part à ce festival. Bien sûr, le public francophone, mais pas seulement car tous nos événements sont également traduits en tchèque. »

Pour cette édition, des artistes également canadien et rom participent, ainsi qu’un éditeur belge. Quel lien ont-ils avec l’Afrique ?

Guyaume Boulianne | Photo: Irena Vodáková,  Facebook du festival Tvůrčí Afrika

« Plusieurs raisons expliquent la présence d’artistes ou de personnalités du Canada ou de la Belgique. Bien évidemment, ce ne sont pas les pays qu’on trouverait sur la carte de l’Afrique ! Mais le festival « Afrique en création » n’a jamais voulu se définir comme un ghetto fermé qui ne parle que d’un continent. Selon moi, il y a un échange assez dynamique entre l’Afrique, l’Europe, les Caraïbes et l’Asie, qui nous intéresse. Cette année, spécialement pour le mois de mars, nous avons voulu élargir la proposition du festival au niveau de la francophonie. C’est pourquoi nous avons fait venir ces invités-là. Emile Lansman édite des auteurs Africains. »

Dan Bosembo | Photo: Irena Vodáková,  Facebook du festival Tvůrčí Afrika

« La majorité des auteurs qui sont venus au festival ont été publié dans sa maison d’édition, Lansman Editeur. Guyaume Boulianne est un conteur que j’ai rencontré à Kinshasa il y a deux ans, quand j’étais membre du jury des Jeux de la Francophonie. J’y ai aussi rencontré Dan Bosembo, qui a gagné une médaille de bronze à ces Jeux. Il est soutenu par l’Organisation Internationale de la Francophonie, et grâce à ce soutien, il peut aujourd’hui être à Prague. Il déclame ses contes, rencontre le public et mènera un atelier pour les enfants samedi avec Guyaume Boulianne. Il endossera également sa deuxième casquette, car il n’est pas seulement conteur mais aussi danseur. Dimanche 9 mars, il proposera un spectacle mêlant chant, danse et narration, nommé 'Battements de vie'. »

https://www.tvurci-afrika.cz/