Francophones à Prague : dans « Le petit atelier » de Chloë Bonet Duputié

Le petit atelier

C’est dans « Le petit atelier » qui porte bien son nom, au premier étage d’un des immeubles de la rue Budečská, dans le IIe arrondissement de Prague, que nous avons rencontré Chloë Bonet Duputié. Souriante au milieu des chevalets, toiles et pinceaux, la professeure d’arts plastiques et art thérapeute originaire de Poitiers en France, a accepté de partager son expérience en Tchéquie au micro de Radio Prague Int.

Prague, elle la connaît, et même très bien. Installée depuis plus d’une décennie dans la capitale tchèque, Chloë nous raconte les raisons de son arrivée et ses débuts dans le monde artistique praguois.

Chloë Bonet Duputié | Photo: Thomas Curtelin,  Radio Prague Int.

« Je suis arrivée à Prague parce que mon conjoint a trouvé ici un poste comme professeur de français dans une école anglaise et donc je l’ai suivi. Avant cela, nous visions en Grande-Bretagne. À Prague, dans la rue de l’appartement dans lequel on a emménagé, se trouvait un atelier d’art. Tous les jours, je passais devant et je voyais des enfants, des adultes, des personnes âgées qui peignaient. L’ambiance avait vraiment l’air sympathique de l’extérieur. Je suis rentrée un jour, sachant que j’avais un diplôme aux Beaux-arts et un diplôme d’art-thérapie. Avec ce bagage et ma pratique de l’anglais, je suis allée les voir et je leur ai dit que ce serait un chouette projet d’enseigner en anglais, en français. Il se trouvait qu’ils avaient besoin de quelqu’un ! J’ai adoré travailler avec eux et découvrir ce métier de professeur d’arts plastiques, car avant cela, je travaillais plutôt en tant qu’art-thérapeute, avec des publics un peu différents. Me retrouver avec des gens de tous les âges, du quartier mais aussi de pleins de pays différents, c’était une autre approche. En plus, l’équipe était composée essentiellement d’artistes tchèques, donc c’était une bonne entrée en matière à Prague et je pense que je suis tombée amoureuse de la capitale tchèque de cette façon. »

Le petit atelier | Photo: Thomas Curtelin,  Radio Prague Int.

Si c’est entourée de ses collègues tchèques qu’elle a commencé son activité professionnelle à Prague, Chloë a cependant cherché une plus grande indépendance afin de réaliser des projets qui lui ressemblent vraiment :

« Plusieurs choses ont changé, en commençant par l’équipe dans laquelle je travaillais et avec qui je m’entendais très bien. J’ai aussi déménagé tout en restant dans le même quartier de Prague. Mais surtout j’ai eu envie de mettre en place mes propres projets à mon rythme et d’inclure l’art-thérapie dans ma pratique. J’ai vraiment eu l’impression qu’en Tchéquie on pouvait faire son autoentreprise ou en tout cas ses projets personnels assez facilement en ayant un ‘živnostenský list’ qui correspond à un statut d’autoentrepreneur. J’ai trouvé ça vraiment assez facile à faire et pour moi c’était une sorte d’idéal de pouvoir créer ma propre vision de mon travail et de développer mon projet. »

C’est ainsi qu’est né « Le petit atelier » où Chloë nous explique prodiguer des cours à des enfants et adolescents de tous les horizons.

Le petit atelier | Photo: Thomas Curtelin,  Radio Prague Int.

« Actuellement je travaille avec des enfants et des adolescents. En fait il y a plusieurs profils. Il y a des enfants francophones qui viennent pour continuer à parler en français dans un contexte autre que l’école. Il y a aussi des enfants tchèques qui apprennent le français et l’anglais. Et puis il y a des enfants qui viennent d’un peu partout pour trouver une activité artistique en français et en anglais. Souvent c’est un mélange entre l’intérêt pour la langue et le fait de la pratiquer dans un autre contexte que celui de l’école, et évidemment un intérêt pour l’art et les activités artistiques de manière générale. J’ai donné des cours pour les adultes aussi le soir, mais après la naissance de mes deux enfants, c’est devenu un peu plus compliqué. »

Si l’on peut penser qu’avec un public aussi diversifié, la barrière de la langue constitue un obstacle à l’organisation de ces ateliers, Chloë nous rassure, ce n’est absolument pas le cas.

« En fait, c’est très naturel. Même moi je passe d’une langue à une autre sans m’en rendre compte quand je sens qu’un enfant a plus de facilités dans telle ou telle langue. Si parfois des enfants plus jeunes et nouveaux à l’atelier ne parlent que tchèque, je vais commencer au départ à leur parler tchèque avec mon tchèque un peu cassé. Mais je pense que pour les petits ça peut les faire rire donc c’est bien. Finalement, ce qui compte c’est l’activité dans l’atelier, après on s’organise en fonction du langage de chacun. »

À Prague, dans mon presque chez-moi

Le petit atelier | Photo: Thomas Curtelin,  Radio Prague Int.

Son tchèque qu’elle qualifie avec humour de « cassé », Chloë l’a appris grâce aux cours intensifs proposés par l’Institut français de Prague, mais aussi et surtout au contact des Tchèques avec qui elle travaillait dans l’atelier d’art. Cela lui a permis de s’intégrer dans son pays d’adoption, de mieux comprendre la culture tchèque qu’elle considère néanmoins encore aujourd’hui comme un peu « exotique ».

« Je me sens vraiment chez moi ici. Après, je pense qu’il y a encore des petites barrières car forcément la langue et la culture étant si différentes, il y a toujours des choses qui restent inaccessibles. Mais en même temps, c’est aussi quelque chose qui m’attire quand je vis dans un pays, de ne pas forcément tout comprendre et de ne pas me sentir entièrement chez moi. C’est-à-dire de me sentir assez à l’aise pour être bien mais en même temps qu’il y ait toujours ce petit côté exotique qui subsiste. Sinon, je pense que si ça devenait trop ‘normal’, j’aurais envie de déménager. Mais pour l’instant je suis très bien ici. »

C’est donc dans son presque chez-soi que Chloë envisage pour le moment sa vie. Un choix qui doit beaucoup notamment au cadre de vie et à la beauté de la capitale tchèque, dont elle nous partage son coin favori.

Nový Svět | Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

« J’adore Nový Svět. C’est un endroit dans les hauteurs, vers le Château mais un peu moins touristique. Dans une petite rue, on a l’impression d’être au Mexique ou dans un pays d’Amérique du Sud, dans une autre petite rue, c’est une ambiance de petit village. »

Malgré ses longues années passées en Tchéquie, Chloë n’a cependant pas coupé tout contact avec son pays d’origine :

« Comme beaucoup d’expatriés, nous retournons en France essentiellement pour voir la famille. Et puis aussi pour nos enfants, je trouve que c’est important qu’ils connaissent le pays d’où ils viennent. Moi-même, je suis une enfant d’expatriés, j’ai finalement peu vécu en France. Tous les étés, je retournais dans ma maison de famille, dans les Deux-Sèvres, à côté de Poitiers. C’est quelque chose qui me tient à cœur. J’essaie de revenir avec mes enfants au moins une fois par an-là. Cette maison où ma famille vit encore est un peu le pilier de ma vie. J’essaie de faire perdurer cette tradition de rentrer tous les étés au même endroit. »