« Découvrir une Prague un peu plus secrète et confidentielle reste possible »

Originaires de Caen, Corinne et Patrice Georget sont un couple de quinquagénaires français qui ont récemment passé quelques jours à Prague. Ce séjour visait tout à la fois à rendre visite à leur fille,  étudiante qui effectue un stage en entreprise, et à découvrir les incontournables de la capitale tchèque.

À une période de l’année, le début de l’été et des vacances scolaires, où les touristes sont toujours très nombreux, comment Corinne et Patrice ont-ils apprécié leur séjour ? Et sur la base de leur vécu et ressenti, reviendront-ils à Prague ? Si Corinne, plus réservée, a préféré rester en retrait, Patrice a, lui, répondu bien volontiers à ces quelques questions :    

Patrice, un grand merci, tout d’abord ! Il a beaucoup été question ces derniers temps, en Tchéquie comme ailleurs, des grandes chaleurs, et voilà que vous vous apprêtez à repartir dans votre belle Normandie en nous laissant la pluie...

La place de la Vielle-Ville | Photo: Hana Slavická,  Radio Prague Int.

« C’est vrai que, ne serait-ce que sur ce point, nous n’avons pas vraiment été dépaysés et que nous nous sommes retrouvés un peu comme chez nous sur la fin de notre séjour. Par contre, un grand soleil nous attendait dès notre arrivée et c’était vraiment magnifique, car ce beau temps met vraiment en valeur toute l’architecture des bâtiments. C’est là quelque chose qui nous a émerveillés d’emblée. Il est assez incroyable de constater le contraste entre, d’un côté, la grisaille du temps mais aussi de l’architecture en Normandie, qui est plutôt monolithique, et le chatoiement de couleurs dans l’architecture que l’on découvre en arrivant à Prague. C’est le premier élément qui nous impacte fortement, nous, les touristes. »

Votre séjour a été relativement court, de vendredi à mardi, un week-end prolongé en somme. Qu’avez-vous vu et découvert d’autre à Prague ?

Prague | Photo: Ondřej Tomšů,  Radio Prague Int.

« D’abord une ville très contrastée. En suivant les circuits touristiques classiques, il y a une grosse saturation de monde avec, c’est vrai, beaucoup de tourisme. C’est très hétérogène avec des gens qui viennent de tous les pays européens et nous avons entendu beaucoup de langues différentes. Dans les endroits touristiques classiques, on sent qu’il y a une envolée assez impressionnante de l’attractivité de la ville. »

« Ce qui m’a fasciné, c’est que, dès que l’on sort de ces canaux touristiques, on se retrouve dans des ruelles où il n’y a plus personne. Je dirais que, là, cela a été un petit peu notre Prague de découverte et de ressourcement. Nous sommes allés dans des parcs, dans des petites rues avec des bâtiments formidables où nous étions tout seuls un samedi après midi, alors que les grandes avenues étaient saturées. Cet immense contraste m’a vraiment impressionné entre, donc, le flux touristique et la possibilité de découvrir une Prague un peu plus secrète. »

Prague | Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

Il est beaucoup question actuellement de surtourisme dans de nombreux autres endroits en Europe et dans le monde. Vous concernant cette présence massive de touristes lors de votre site du quartier du Château de Prague vous a, par exemple, ‘empêchés’ de visiter la cathédrale Saint-Guy...

Musée de la musique | Photo: Jolana Nováková,  ČRo

« Nous avons été un peu saturés en surtourisme dans ces endroits, c’est vrai, et cela m’a d’ailleurs parfois mis un peu mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes repliés sur des visites lors desquelles nous avons été très surpris de constater qu’il n’y avait pas de touristes. Par exemple, le magnifique Musée de la musique est époustouflant, d’une qualité incroyable, avec des instruments qui - pour un mélomane - font rêver. J’insite sur ce point, nous étions les seuls visiteurs. »

« De la même manière, quand nous avons visité le Musée Kafka, il n’y avait personne. C’est ce grand contraste entre ce qui est proposé dans les guides - où on se retrouve dans des masses vraiment considérables avec le surtourisme - et cette Prague plus confidentielle dans laquelle on se sent beaucoup plus dans un cocon agréable avec l’impression de retrouver une Prague historique qui répond peut-être à l’idée que l’on se fait de la Bohême. »

Musée Franz Kafka | Photo: Kateřina Ayzpurvit,  Radio Prague Int.

Ces lieux moins fréquentés que vous avez évoqués, sont-ils accessibles en français ?

« C’est ce qui manque pour nous, Français, bien que les traductions en anglais soient accessibles. Mais pour rendre attractifs ces musées, il serait peut-être intéressant d’avoir la possibilité de mettre quelques écritaux en français. Les Français ne sont pas les plus grands linguistes du monde. »

Personnellement, vous étiez déjà venu à Prague il y a une dizaine d’années dans un cadre professionnel. Avec le temps, quelles étaient vos attentes par rapport à Prague et quelles évolutions avez-vous découvertes ?

Prague | Photo: Lenka Žižková,  Radio Prague Int.

« Je trouve qu’en dix ans, les grandes marques internationales sont arrivées, cela a été une grande surprise. J’ai vu une ville qui, en dix ans, a accédé à une nouvelle modernité que l’on peut voir à travers le parc automobile ou les magasins assez standardisés pour certains dans le centre-ville que l’on retrouve dans toutes les grandes capitales du monde. C’était une confrontation avec quelque chose qui pourrait me décevoir. »

« Mais en même temps, je trouve que la manière dont la ville a réussi à entretenir son architecture, la beauté des bâtiments, l’entretien des rues, l’accueil des infrastructures touristiques, l’accueil des habitants, tout cela compense largement le fait que Prague soit devenue une grande capitale mondiale. »

Ce sont aussi les reproches que font les Pragois qui habitent encore dans le centre-ville, que beaucoup ont d’ailleurs préféré fuire estimant qu’il était devenu invivable en raison de l’absence, par exemple, de petits commerces ou de services de proximité et, plus généralement, le sentiment que tout est fait pour l’accueil des touristes et que le centre est devenu un musée à ciel ouvert, dans lequel on a un peu oublié les Pragois...

« C’est le cas dans de nombreuses capitales européennes. Celles pour lesquelles l’évolution est positive sont celles qui ont réussi à mettre en place des phénomènes de régulation qui permettent aux habitants de continuer à vivre dans les centres avec des régulations sur le plan de l’habitat, du transport, des modalités pour accéder au travail. Pour qu’une ville puisse garder son âme, il faut que les habitants d’origine puissent continuer à y vivre. C’est un message d’avenir important. »

Prague | Photo: Ekaterina Stashevskaya,  Radio Prague Int.

Si vous deviez résumer en quelques mots votre séjour à Prague avec trois aspects positifs et négatifs, lesquels choisiriez-vous ?

Corinne et Patrice Georget | Photo: Agathe Georget,  Radio Prague Int.

« Le premier est l’accueil et la courtoisie des Pragois, le deuxième est la beauté architecturale, et le troisième cette Prague confidentielle à qui veut se donner la peine de la découvrir. En revanche,  je ne saurais citer trois points négatifs : le surtourisme dans les grands axes, encore une fois et c’est tout ! »

Reviendrez-vous donc à Prague ?

« J’y reviendrai très rapidement ! Prague a beaucoup plu aussi à mon épouse et nous y reviendrons très certainement en famille élargie. D’ici deux ans, nous serons de retour ! »