Il y a 100 ans naissait Dagmar Hochová, une photographe tout en nuances de gris

Dagmar Hochová en 1949

Dagmar Hochová (1926–2012) était l’une des plus grandes représentantes de la photographie humaniste tchèque. Cent après sa naissance et plus de dix ans après sa morte, l’humanité et la spontanéité qui émanent de ses clichés d’enfants, de personnes âgées et de grands moments du XXe siècle sont toujours aussi touchantes.

Dagmar Hochová | Photo: Oči Dagmar Hochové/ČT

Née à Prague, dès l’enfance, Dagmar Hochová est fascinée par les gens qui l’entourent : elle aime observer leurs gestes, leurs petites habitudes et la façon dont ils se déplacent. Elle parfait son sens du détail lors de ses études, auprès des photographes tchèques Jaromír Funke et Josef Ehm. A ses débuts, elle refuse d’avoir recours à la lumière artificielle, arguant que la lumière naturelle est la plus vraie.

'Deset,  dvacet,  třicet,  už jdu' | Photo: Ed. Kuklík,  1994

Les enfants deviennent son sujet de prédilection : elle explore les banlieues de Prague, les cours et les terrains de jeu pour immortaliser le monde des jeux d’enfant, leurs rires et leurs petites tragédies. Ses clichés ne sont pas sentimentaux : ils sont francs, vivants et authentiques. Sa série de photographies Deset, dvacet, třicet, už jdu illustre de façon particulièrement marquante l’enfance dans la Tchécoslovaquie d’après-guerre.

'Les deux sur le pont',  cycle Enfants,  1959 | Photo: Dagmar Hochová,  Galerie morave de Brno

Elle traite avec la même sensibilité le troisième âge, photographiant des personnes âgées, des anciens légionnaires ou des résidents de maisons de retraite. Tout sauf mélancoliques, ses photographies sont empreintes d’empathie, d’humanité et – souvent – d’une touche d’humour.

Témoin de l’histoire tchèque et portraitiste de personnalités

'Walter Piverka,  Daniela Kolářová,  Andrej Gjurič',  du cycle Česká národní rada  (Conseil national tchèque),  Prague,  1990-92 | Photo: Dagmar Hochová,  Galerie morave de Brno

Dagmar Hochová n’est pas qu’une observatrice du quotidien : elle rend témoignage de moments historiques majeurs. Elle photographie l’ambiance du Printemps de Prague en 1968, les années de répression politique qui lui font suite et l’enthousiasme de la société tchèque lors de la révolution de Velours. Ses clichés de 1989 comptent parmi les témoignages visuels les plus vivants de l’histoire moderne tchèque.

'Écrivain,  peintre et graphiste Josef Váchal',  Studeňany,  1967 | Photo: Dagmar Hochová,  Galerie morave de Brno

Par ailleurs, les portraits d’écrivains, d’artistes et d’intellectuels constituent une part importante de son œuvre. On y retrouve par exemple les visages de Josef Váchal, Bohuslav Reynek, Jaroslav Seifert ou encore Jan Patočka, sur des clichés retranscrivant parfaitement l’ambiance de l’environnement dans lequel ils vivaient et travaillaient.

La photographie a permis à Dagmar Hochová de voyager hors de Tchécoslovaquie : dans les années 1960, elle se rend en URSS et au Vietnam, d’où elle rapporte des photos de la vie dans l’espace public d’autant plus remarquables qu’elle était alors souvent la seule femme avec un appareil photo dans un environnement où la photographie n’était pas une pratique courante.

Du cycle 'Mot Hai Ba,  les photographies de Vietnam',  1961 | Photo: Oči Dagmar Hochové/ČT art

Un héritage au-delà des frontières

L’œuvre de Dagmar Hochová a été exposée dans son pays comme à l’étranger, et ses photographies font partie des collections d’institutions artistiques tchèques importantes. En 1990, elle se consacre brièvement à la politique, en tant que députée ; néanmoins, la photo reste son moyen d’expression jusqu’à la fin de sa vie.

Dagmar Hochová | Photo: Oči Dagmar Hochové/ČT

L’historien de la photographie Vladimír Birgus a dit au sujet de ses photos : « Leur composition n’obéit pas aux règles et elles n’éblouissent pas par leur technique, mais elles sont immensément spontanées et elles capturent un regard typique sur la vie ordinaire. » C’est justement sa spontanéité et sa capacité à voir l’être humain sous sa forme la plus naturelle qui rendent Hochová intelligible même pour un public bien loin de la Tchéquie.

De la série 'Les enfants',  1961 | Photo: Dagmar Hochová,  GHMP
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