Il y a 400 ans, 27 leaders protestants étaient exécutés en plein cœur de Prague

L'exécution des 27 seigneurs tchèques

Ce lundi 21 juin, 400 ans se sont écoulés depuis l’exécution des 27 seigneurs tchèques, acquis à la cause protestante et leaders du soulèvement contre le pouvoir des Habsbourg. Cet événement marque symboliquement la fin de cette révolte entamée trois ans plus tôt avec la défenestration de Prague et anéantie le 8 novembre 1620 sur le champ de bataille de la Montagne blanche.

La plaque commémorative de l’exécution du 21 juin 1621,  place de la Vieille-Ville,  à Prague | Photo: Kristýna Maková,  Radio Prague Int.

Dans l’imaginaire collectif tchèque, l’exécution du 21 juin 1621, place de la Vieille-Ville, à Prague, occupe une place à part. A la fois par la force symbolique de l’événement, particulièrement sanglant et drastique, et par les conséquences à long terme qui s’en sont suivies.

En ordonnant l’exécution de 27 « seigneurs » tchèques, l’empereur Ferdinand II de Habsbourg envoie à l’Europe un message de reprise en main de ces terres tchèques rebelles depuis que le réformateur Jan Hus a bouleversé, par ses prêches, les rapports de force deux siècles auparavant. En décapitant, littéralement, les meneurs de la révolte, le souverain prive d’un coup la Bohême d’une partie de la fine fleur de l’époque.

Kryštof Harant | Photo: public domain

Parmi les personnalités, nobles mais aussi bourgeoises, citons par exemple Václav Budovec de Budov, diplomate et politicien issu d’une famille noble tchèque, membre de l’Unité des frères, Kryštof Harant, noble, écrivain, compositeur, mais aussi diplomate et grand voyageur, ou encore Jan Jesenský, plus connu sous le nom de Jesenius, ce philosophe et médecin qui est par ailleurs un lointain ancêtre de l’écrivaine Milena Jesenská. En réalité, 28 personnes en tout avaient été condamnées. Le 28e était un certain Martin Früwein qui s’est suicidé quelques jours avant l’exécution.

Les victimes sont exécutées par Jan Mydlář, le bourreau de la ville, qui a recours à quatre épées. L'exécution dure de cinq heures du matin à dix heures. Václav Ledvinka, historien aux archives de la ville de Prague :

L’exécution des 27 seigneurs tchèques | Source: Český svět 16. 6. 1921

« Jan Mydlář est en quelque sorte une figure tragique. Lui-même était protestant, utraquiste. Et pourtant, il a dû exécuter ses coreligionnaires. D’un autre côté, il était habitué, c’était un professionnel. Nous avons conservé ses livres de compte où l’on peut voir qu’il s’est fait payer une somme rondelette pour cette exécution. »

Avant leur exécution, les condamnés à mort devaient également subir toutes sortes de tortures et d’ablations d’organes. Ce ne sera pas le cas finalement. Par contre, la vengeance de l’empereur est brutale : les têtes des opposants sont hissées et exposées en haut de la tour Est du pont Charles, en signe d’avertissement. Ce n’est qu’en 1631 qu’elles seront enterrées dans la crypte de l’église Notre-Dame-de-Týn d’où elles disparaîtront, un an après, dans des conditions non-élucidées.

L’exécution des 27 seigneurs tchèques | Source: Český svět 16. 6. 1921

Pour le reste du pays, les conséquences se feront sentir : la liberté de confession garantie par la Lettre de Majesté de 1609 est supprimée, la Contre-Réforme progresse, la germanisation s’intensifie, le droit des Habsbourg au trône de Bohême devient héréditaire. La Guerre de Trente ans qui se poursuit pousse à l’exil – ou l’expulsion pure et simple – de nombreux protestants tandis que les pratiques utraquistes sont interdites.

En même temps que les pays de la couronne de Bohême perdent ses élites nationales et intellectuelles, c’est également tout un patrimoine qui passe des mains de la noblesse tchèque au profit de petits nobles catholiques de souche allemande notamment, comme le rappelle Antonín Kostlán, de l’Institut d’histoire moderne de l’Académie des sciences :

Polyxène de Lobkowicz

« D’importants transferts des biens ont touché pas moins de 700 familles aristocratiques en Bohême, et 300 autres en Moravie. Entre la moitié et un tiers des domaines et des possessions foncières ont changé de propriétaires. Celui qui en bénéficie le plus n’est ni l’empereur, ni le fisc impérial, ni le clergé nouvellement constitué après la Montagne blanche. C’est l’Eglise catholique, des commandants allemands, italiens et espagnols des armées victorieuses, et c’est aussi, la noblesse tchèque, d’anciennes familles aristocratiques qui ont racheté à des prix sous-évalués près de 60% des biens disponibles. Parmi ces familles, on peut citer Marie Magdalena Trčková, ou Polyxène de Lobkowicz. »

Aujourd’hui, 27 croix rappellent la mémoire de ces leaders du soulèvement contre les Habsbourg : elles sont visibles sur le pavé de la place de la Vieille-Ville à Prague où se trouvent d’autres monuments rappelant l’histoire du pays. On peut y voir d’un côté un ensemble statuaire en l’honneur du réformateur Jan Hus et non loin de là, depuis l’an dernier, la réplique d’une colonne mariale installée par les Habsbourg à la fin de la Guerre de Trente ans, puis détruite en 1918 lors de l’indépendance de la Tchécoslovaquie. Sa réinstallation avait créé de vives polémiques, mais aujourd’hui, les divisions historiques entre catholiques et protestants s’expriment fort heureusement et seulement, en cohabitant dans la pierre.

Les 27 croix rappellent la mémoire de ces leaders du soulèvement sur le pavé de la place de la Vieille-Ville à Prague | Photo: Drobné památky/Wikimedia Commons,  CC0 1.0
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Auteur: Anna Kubišta
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