Il y a de cela 56 ans, la Ruthénie a cessé d'être un territoire de la Tchécoslovaquie

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Dans le calendrier des dates historiques tombant sur le mois de janvier, il y a le 56e anniversaire de l'annexion forcée de la Ruthénie qui, depuis 1919, faisait partie de la Tchécoslovaquie. Son annexion à l'URSS à l'URSS. Quelles ont été les péripéties de ce pays ayant appartenu, pendant 26 ans à la Tchécoslovaquie?

L'Ukraine subcarpatique, la Russie subcarpatique, la Ruthénie, toutes ces appellations sont justes pour désigner le seul et même territoire, celui situé aujourd'hui en Ukraine occidentale, à la jonction de la frontière ukrainienne et de la Slovaquie, autrefois de la Tchécoslovaquie. Ce pays a changé plusieurs fois de mains, il a été un territoire constamment conquis et reconquis: il a appartenu à l'Autriche, à la Hongrie, à la Tchécoslovaquie, puis de nouveau à la Hongrie, ensuite à l'URSS et, enfin, à l'Ukraine.

Dans l'histoire mouvementée de la Ruthénie, il y a 4 principales époques historiques à distinguer: depuis le début du XIVe siècle, la Ruthénie faisait partie, pendant plus de 600 ans, de l'empire magyar. Sa population a pourtant été slave: des Ruthènes et des minorités ukrainiennes. Des attaches historiques des Ruthènes aux peuples slaves européens ont pris de l'ampleur au XIXe siècle, lorsqu'en 1848, les délégués de Ruthénie prennent part au Congrès panslave à Prague. Depuis, des attaches ne cessent de s'approfondir, au point que la Ruthénie et, surtout, sa puissante minorité vivant aux Etats-Unis, oeuvrent, vers la fin de la première guerre, pour unir le sort de ce pays avec la nouvelle République tchécoslovaque. Cette initiative est homologuée par le traité de Saint-Germain-en-Laye signé en septembre 1919: la Ruthénie cesse d'être une partie de la Hongrie, pour se développer désormais dans la nouvelle République tchécoslovaque de Masaryk qui lui a garanti une existence souveraine et autonome. L'article 10 de ce traité précise: La Tchécoslovaquie s'engage à organiser le territoire des Ruthènes au sud des Carpates dans les frontières fixées par les principales puissances, associées sous forme d'unité autonome à l'intérieur de l'Etat tchécoslovaque et munie de la plus large autonomie compatible avec l'unité de l'Etat tchécoslovaque.

En 1939, lorsque les troupes nazies ont envahi Prague et que l'Etat slovaque libre a été proclamé à Bratislava, une république de 4 jours est née sur le territoire de la Ruthénie, pour être peu après liquidée par les armées de Horthy, homme d'Etat hongrois ayant légalisé l'occupation allemande. Des milliers de Ruthènes fuyaient devant les troupes fascistes de Horty: les historiens disent que sur 40 000 Ruthènes évadés en Union soviétique, une grande partie y a trouvé la mort dans des camps de travaux forcés. Environ 10 000 Ruthènes sont entrés dans les unités militaires tchécoslovaques ayant opéré au col de Dukla et dans les Carpates. Ce qui se déroulait en Ruthénie vers la fin de 1944 était sans précédent. En octobre 1944, une délégation officielle du gouvernement tchécoslovaque exilé de Londres s'est rendue en Ruthénie pour y assurer un certain pouvoir législatif et exécutif conformément à la Constitution. Son activité a été dès le début torpillée par des actions de la police politique soviétique. Finalement, la délégation gouvernementale tchécoslovaque a été contrainte par la force de quitter ce territoire. Une campagne de propagande a été lancée pour démontrer que la population de Ruthénie est la seule à décider de son avenir. Dans une atmosphère de terreur et de peur semée par des groupes dit populaires, la population était massivement arrêtée et déportée dans des goulags en Sibérie. Tous les fidèles à leur République tchécoslovaque ont été pris pour des ennemis jurés et condamnés par des tribunaux militaires. En novembre 1944, le congrès des comités nationaux a été convoqué à Mukacevo pour exprimer manifestement la "libre volonté des Ruthènes d'être attachés à l'URSS". Un acte qui s'inscrit dans la politique stalinienne qui s'est ainsi approprié les républiques baltes, la Moldavie, une partie de la Pologne et la Finlande. L'annexion a été officiellement achevée en janvier 1945. Le nom de Ruthénie a disparu des documents officiels comme si l'on voulait ainsi effacer l'existence de toute une nationalité ruthénienne appelée désormais ukrainienne subcarpatique.

Les Ruthènes originaires de l'Ukraine subcarpatique sont aujourd'hui près de 750 000 et sont de confession uniate, à laquelle ils s'étaient rattachés religieusement à Rome en 1596, contrairement aux Ukrainiens qui sont, eux, orthodoxes. Le nom de Ruthènes signifie "Petits Russes". Désignant, à l'origine, l'ensemble des Ukrainiens, ce nom a été réservé, depuis le XIXe siècle, aux habitants de l'Ukraine subcarpatique. Les Ruthènes parlent une langue très proche de l'ukrainien et utilisent l'alphabet cyrillique. La langue ruthène diffère de la langue ukrainienne par des particularités locales introduites dans le vocabulaire suivant les régions où l'on parle le ruthène - Ukraine, Roumanie, Slovaquie, Croatie, Hongrie, sans oublier une petite communauté aux Etats-Unis. En plus de cela, le ruthène a été influencé par la langue liturgique de l'Eglise slavonique uniate. On peut dire, pour conclure, que les différences entre les Ruthènes et les Ukrainiens sont moins d'ordre linguistique que culturel, principale raison pour laquelle les Ruthènes souhaitent garder leur identité, fréquenter leurs propres écoles et développer leur culture.