« Je tire par la fenêtre d’une cabane en hiver » : Marie Horáčková, archère tchèque numéro 1 mondiale
Marie Horáčková a remporté le week-end dernier à Saltillo, au Mexique, la finale de la Coupe du monde de tir à l’arc, pour sa toute première participation. Dans le duel décisif, l’archère tchèque a battu l’Allemande Katharina Bauerová, après avoir déjà remporté en juillet l’étape de Madrid, qui lui avait permis de devenir la première Tchèque de l’histoire à se qualifier pour la finale de la Coupe du monde. Son succès mexicain lui a également permis de prendre la tête du classement mondial.
Tout d’abord, toutes nos félicitations. Comment vous sentez-vous quelques jours après ce titre ?
Marie Horáčková : « Merci, très bien ! Nous avions prévu de rester encore quelques jours au Mexique pour nous reposer au bord de la mer, donc c’est très agréable. Cela permet de vraiment profiter de l’expérience et de se repasser dans la tête ce qui s’est passé, ce moment sportif.
J’ai surtout en tête le moment de ma dernière flèche, celle que je devais tirer pour terminer le duel et décrocher le titre. »
Quel a été votre parcours pendant toute cette compétition ? Comment vous sentiez-vous depuis le début jusqu’à cette dernière flèche ?
« Je me sentais très bien. J’étais bien préparée pour cette compétition. Environ une semaine avant la finale au Mexique, nous avions les championnats nationaux tchèques, que j’avais considérés comme une préparation justement pour le Mexique.
J’étais dans un bon état d’esprit dès le début et je voulais surtout profiter de la compétition. J’avais vraiment hâte de découvrir l’ambiance au Mexique, car le public était très enthousiaste. Il soutenait évidemment beaucoup les archères mexicaines, ce qui était un peu plus difficile pour moi, mais je ne me suis pas laissé intimider. Au contraire, j’ai réussi à transformer cette énergie à mon avantage. »
J’ai entendu dire que votre voyage jusqu’au Mexique avait été un peu mouvementé.
« Nous sommes arrivés avec un jour de retard, à cause en fait d’un petit problème qui nous est arrivé en chemin : nous avions une correspondance à Houston, aux États-Unis, et nous ne savions pas que nous avions besoin d’une autorisation ESTA même pour un simple transit.
Nous ne l’avions pas et nous n’avons pas réussi à l’obtenir dans l’heure et demie qui nous séparait du départ. Nous avons fait la demande, mais la procédure a pris un peu plus de temps. Nous avons donc dû reporter notre vol. C’était un peu de stress, mais heureusement, nous avons réussi à régler le problème. »
Quelle différence faites-vous entre les Jeux olympiques de Paris et la finale de la Coupe du monde au Mexique ?
« Je pense que ces deux compétitions ont en commun de réunir les meilleurs des meilleurs. C’est aussi l’occasion de faire découvrir le tir à l’arc au grand public, et c’est quelque chose qui me plaît beaucoup.
À Paris, c’était magnifique. Il y avait des tribunes pour environ 8 000 à 10 000 spectateurs et elles étaient pleines. Et puis le site de compétition était installé près des Invalides, ce qui donnait une certaine élégance à l’ensemble. »
Comment vous êtes-vous préparée pour le Mexique ? Vous vous entraînez régulièrement en France, au club Les Archers des Prés Dorés, dans l’Aube. Était-ce également le cas cette année ?
« Je vais en France principalement pour soutenir le club et retrouver mes amis. Nous participons ensemble au plus haut niveau du championnat français.
Cette année, malheureusement, je n’ai pas pu y être aussi souvent que je l’aurais voulu. Pour le Mexique, je me suis donc préparée chez moi, en République tchèque.
Mais je pense que les compétitions en France m’aident beaucoup au fil des années. Le niveau de concurrence y est élevé et, en même temps, j’aime beaucoup y tirer, parce que le fait de représenter ce club est pour moi une affaire de famille. »
Et où vous entraînez-vous en Tchéquie ? Quelles sont aujourd’hui les conditions d’entraînement pour une championne comme vous ?
« C’est une question difficile. Je pense que les conditions pourraient être nettement meilleures. Comparer mes conditions avec celles dont bénéficie, par exemple, l’équipe de France est assez difficile, tant elles sont différentes.
En France, il existe un centre de tir à l’arc où les membres de l’équipe nationale s’entraînent ensemble, avec un système d’entraînement commun et des entraîneurs. En République tchèque, cela repose beaucoup sur les différents clubs. Je continue donc à me préparer dans mon club d’origine, et je suis actuellement présente non seulement à Plzeň, mais aussi à Olomouc. »
« C’est parfois compliqué, notamment en hiver, car nous n’avons pas de très bonnes conditions pour nous entraîner. J’ai une petite cabane où je m’entraîne en hiver. Je peux y chauffer un peu, mais il y fait toujours froid et je tire depuis une fenêtre vers l’extérieur.
C’est assez difficile. Mais, d’un autre côté, ce sont peut-être justement ces conditions difficiles qui permettent de développer la force nécessaire pour les compétitions. »
Ce titre était certainement l’un de vos grands objectifs. Quel est le prochain ?
« Pour être honnête, je ne réalise pas du tout que j’ai déjà atteint l’un de mes objectifs. Gagner la Coupe du monde à Madrid, ce qui m’a permis de venir ici au Mexique, puis remporter la finale : je n’avais absolument pas imaginé que cela pourrait arriver aussi vite.
Je ne pensais pas pouvoir décrocher aussi rapidement les deux victoires que j’ai toujours voulu obtenir.
Et, en plus, je suis maintenant devenue numéro un mondiale.
Mon prochain objectif est évidemment de continuer à me préparer, de me qualifier pour les Jeux olympiques de Los Angeles et d’y disputer une médaille. »
Le tir à l’arc est une tradition familiale chez vous. À quel point votre famille vous a-t-elle aidée depuis vos débuts ?
« Le tir à l’arc est très présent dans ma famille. Je pense que cela m’aide depuis toujours, notamment parce que nous nous comprenons et que mes parents ont toujours compris ce que je faisais.
Mon père m’a entraînée pendant de nombreuses années et nous recommençons d’ailleurs à travailler un peu ensemble aujourd’hui.
C’est agréable de voir que ce que nous faisons, nous sommes capables de le faire au plus haut niveau mondial, et de montrer aussi en République tchèque que nous pouvons être performants dans ce sport. »
Quand et où aura lieu votre prochaine compétition ?
« Cette finale a mis un terme à la saison. La nouvelle saison 2026-2027 va bientôt commencer, avec la série en salle.
Le 30 octobre, il y aura une compétition à Lausanne, en Suisse, où je vais participer. Donc, dans un peu plus d’un mois, je serai déjà de retour en compétition en salle pour la nouvelle saison. »





