Jean-François Richet : « Sans Vincent Cassel, je n’aurais pas tourné Mesrine »

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La 11e édition du Festival du film français tire à sa fin. C’est la première partie du diptyque consacré au gangster français Jacques Mesrine qui a fait l’ouverture du festival jeudi dernier. Le film était présenté en avant-première, et le public tchécophone et francophone a également pu voir dès samedi la deuxième partie du film, trois jour après sa sortie nationale en France. L’instinct de mort et L’ennemi public n°1 s’efforcent de retracer le parcours criminel d’un personnage élevé au rang de légende à la fois par ses détracteurs et ses adulateurs. C’est le réalisateur français Jean-François Richet qui s’est attelé à la tâche de déméler l’écheveau de sa vie et de sa personnalité. Pour incarner Mesrine : un Vincent Cassel époustouflant du début à la fin qui est entouré par une pléïade d’acteurs français. Jean-François Richet était à Prague. Rencontre.

Jean-François Richet, photo: CTK
Dans quels écueils ne faut-il pas tomber quand on réalise un film sur Jacques Mesrine ?

« On ne doit pas tomber dans la fascination, on n’a pas pris pour argent comptant tout ce qu’il a mis dans son livre car il a écrit sa légende. C’était une provocation de sa part de l’avoir écrit, alors qu’il passait au tribunal. Et puis vu la longueur du tournage - ça a duré neuf mois - il fallait qu’on garde la même énergie le dernier jour. Neuf mois pour un tournage c’est très long. Pour donner un ordre de comparaison, un tournage c’est en général deux mois. Donc neuf mois c’est lourd... »

Comment est née l’idée de s’attaquer à ce personnage de Jacques Mesrine ?

Jean-François Richet et Thomas Langmann, photo: CTK
« J’avais fait un film aux Etats-Unis, et quand il est sorti, le producteur Thomas Langmann m’a demandé si ça m’intéresserait de travailler sur ce sujet. Ça tombait bien parce que j’avais déjà envisagé de le faire, sauf que les droits ne m’appartenaient pas. Il y avait pas mal de réalisateurs sur le projet. Quand je suis revenu des Etats-Unis, on m’a proposé de le faire, j’ai trouvé ça assez ‘couillu’ ! Mais c’est pas très original : beaucoup de metteurs en scène auraient voulu le faire... »

Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait auparavant ?

« Pourquoi ? Parce que c’est un sujet difficile, qui coûte cher, que c’est un film noir, qu’on a moins de financements... C’est très pratique : c’est beaucoup plus facile de financer une comédie qu’un film noir qui rapporte moins d’argent. On a de la chance car il a beaucoup de succès en France, donc ça ouvre d’autres possibilités pour des films de cet acabi. Mais ce n’était pas gagné : Thomas Langmann y a mis sa chemise, concrètement, il a hypothéqué sa maison, il l’a même vendue, pour qu’on puisse faire ce film. »

Vous dites neuf mois de tournage, donc un tournage long, mais je suppose que le travail en amont aussi a dû être long...

« Je crois que c’est le travail d’enquête plus sérieux qui a été exécuté sur Jacques Mesrine. J’ai tout lu, j’ai vu les lieux, rencontré les gens. Maintenant ça me fait même rire quand je lis des livres qui sont écrits où se trouvent des erreurs historiques incroyables mais juste par manque de conscience professionnelle. Pour vous donner un exemple, on est allé chercher son dossier militaire. Tout le monde a écrit sur Mesrine, l’Algérie, le traumatisme. Or le dossier militaire avait été interrogé avant nous par une seule personne... Nous l’avons interrogé en 2006 ou 2007. Avant il n’y avait eu qu’un juge qui l’avait consulté. C’est pour vous dire le sérieux des journalistes qui ont écrit sur Jacques Mesrine. »

L'instinct de mort
Avez-vous l’impression d’avoir trouvé certaines clés de compréhension de ce personnage ? Est-ce qu’il vous semble plus transparent ou finalement plus mystérieux ?

« Transparent non, c’est un peu fort, mais oui, je le comprends un peu plus. Mais sinon, il n’est pas si difficile à comprendre : une fois qu’on a compris qu’il fait les choses pour l’adrénaline, on comprend tout. Dès son livre il le dit : ce qui lui fait plaisir, autant que de gagner de l’argent, c’est la sensation qu’il éprouve quand il braque une banque... »

Jacques Mesrine
C’était évident de choisir Vincent Cassel pour jouer ce rôle ?

« ... A un tel point que si je ne l’avais pas eu, je n’aurais pas fait le film. J’avais prévenu le producteur : je lui ai dit que si je n’avais pas Vincent Cassel, tout le travail d’enquête et l’écriture du scénario, tout ce travail on pourra le jeter, parce que je ne ferais pas le film. Pour moi, il n’y avait que lui pour l’incarner. »

Jacques Mesrine est connu notamment pour les gens qui ont connu la période... Est-ce que les jeunes le connaissent aujourd’hui ?

L'ennemi public n°1
« Avant le film, ça évoquait quelque chose d’assez flou, son nom évoquait l’ennemi public n°1, le gangstérisme, qu’il avait été abattu porte de Clignancourt par les représentants de l’Etat, c’est-à-dire les forces de police. Ça a été beaucoup repris dans le rap, dans les textes de hip-hop. En revanche, je pense qu’aujourd’hui, ils ont une idée plus précise du personnage. Ce n’est plus un personnage iconographique, il y a autre chose. Je suis issu de la banlieue parisienne et je me souviens qu’il y avait un tag ‘Mesrine’ juste en bas de mon bâtiment dans les années 1983-84. »

L'ennemi public n°1
Revenons rapidement au festival du film français à Prague. Ce film est présenté dans ce cadre. Je ne suis pas sûre que Mesrine dise beaucoup de choses à beaucoup de monde... Quelle réception ce film peut-il avoir ici ? Les gens iront sans doute le voir comme un film d’action, sans voir l’aspect historique...

« Je ne pense pas que ce soit un film d’action, c’est plutôt un film noir. On n’a pas besoin de connaître Jacques Mesrine pour apprécier le film. On aime les westerns alors qu’on n’a pas vécu ça... Othello pareil, il n’est pas français et on prend plaisir à regarder le film ou la pièce. Je ne pense pas que ce soit un problème de nationalité. Si le film est bon, ça traverse toutes les frontières. »