Jihlava, ses monuments et ses mystères

Jihlava, photo: CzechTourism

Direction Jihlava, une ville du Plateau tchéco-morave connue pour être le lieu où a grandi et fait ses études le compositeur Gustav Mahler, originaire du village de Kaliště non loin de là. Jihlava n’est sans doute pas méconnue des cinéphiles car elle accueille, chaque année, en automne, le festival international du film documentaire. Jihlava attire aussi les amateurs de mysticisme : un couloir luminescent redécouvert en 1978 représente la plus grande rareté du labyrinthe de couloirs souterrains qu’abritent les sous-sols de Jihlava. Visite de cette ancienne ville royale et minière avec Radio Prague:

Jihlava, photo: CzechTourism
La première mention écrite de Jihlava remonte à l’an 1233. La découverte de minerai d’argent au XIIIe siècle est à l’origine de la prospérité de Jihlava. La fièvre de l’argent y attire mineurs, artisans et négociants de toute l’Europe. Des pièces de monnaie sont frappées à Jihlava dès 1240. Le roi Otakar II lui accorde une série de droits et de privilèges. Jihlava devient l’une des villes les plus puissantes du royaume. Pour la première fois en Europe centrale, les droits miniers sont codifiés à Jihlava. Pendant de longs siècles, Jihlava est le siège du tribunal supérieur minier. Pillée et incendiée durant la Guerre de Trente Ans, la ville connaît un nouveau développement sous le règne de Marie-Thérèse qui y invite des drapiers hollandais. Au tournant des XVIII-XIXe siècles, Jihlava devient le deuxième producteur de draperie de la monarchie. La ville se modernise, les remparts sont démolis et les façades des maisons refaites dans le style du classicisme. Le centre de Jihlava, classé zone urbaine en 1982, comprend 213 bâtiments protégés de styles gothique, Renaissance et baroque.

Photo: CzechTourism
Le sous-sol du centre historique de la ville, traversé par un labyrinthe de couloirs souterrains, est une attraction convoitée des visiteurs. Taillés dans des rochers de granit et de gneiss, les couloirs s’organisent sur plusieurs niveaux. Avec notre guide, Renata Neumannová, nous commençons au troisième niveau, le plus profond :

« Nous voilà à une profondeur de 12 mètres en-dessous de la surface du sol. Au Moyen-âge, un réseau de couloirs long de 25 kilomètres a été créé à Jihlava. Il est le deuxième dans le pays après le labyrinthe de Znojmo qui mesure 30 kilomètres. La température est stable pendant toute l’année, variant entre 8 et 10 degrés, et l’humidité y atteint 85%. »

Gérés par l’Association civique Agricola, les couloirs souterrains de Jihlava se visitent tous les jours, entre les mois d’avril et octobre. Le premier niveau creusé au début du XIVe siècle a été élargi au XVIe siècle des deuxième et troisième étages, atteignant une profondeur de 8 à 14 mètres. Un siècle plus tard, les différentes sections ont été reliées par de courts passages. Les couloirs souterrains sont larges de 0,8 à 2,5 mètres et hauts de 1,2 à 3,5 mètres.

Photo: CzechTourism
L’intégrité du labyrinthe a été altérée avec la construction de conduites d’eau et de nouvelles maisons. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, une partie des couloirs a été aménagée en abri anti-aérien. Dans les années 1960, le système a subi des travaux d’assainissement :

« En 1961, une maison s’est effondrée et s’enfoncée dans le sous-sol. C’est le moment où on réalise qu’un système de couloirs mène en-dessous du centre ville. Il n’existait pas de plans détaillés. On était au courant de l’existence d’espaces souterrains, mais on en ignorait la position. On réalise alors des repérages du terrain et on dessine des plans exacts. La période de reconstruction dure 12 ans. Pendant la guerre de 39-45, beaucoup de couloirs ont été renforcés par une couche en béton, pour que les gens soient à l’abri des raids aériens. C’est, en fait, le cas de 98% de couloirs. Laissé à l’abandon dans les années 1970, le labyrinthe est devenu un refuge pour les toxicomanes. Bien entendu, il y a plusieurs entrées pour accéder au sous-sol. »

Il existe plusieurs hypothèses liées à la création du réseau des couloirs souterrains de Jihlava. D’après certains historiens, ces couloirs sont des restes de mines d’argent, d’autres affirment qu’ils étaient destinés à des fins militaires. Aujourd’hui, des experts s’accordent pour dire que ces couloirs sont le résultat d’une activité économique. Important carrefour de communication et centre de commerce et d’artisanat médiéval, Jihlava avait besoin d’espaces pour stocker marchandises et produits. Le sous-sol s’est alors avéré un endroit idéal. En revanche, il ne fait pas de doute que les travaux ont été réalisés par des mineurs expérimentés de Jihlava. Vu les instruments primitifs dont ils disposaient, comme le marteau et le ciseau à pierre, ils n’ont avancé que lentement, comme l’observe notre guide :

« Pas plus de 2,5 centimètres par jour. La largeur moyenne d’un couloir allait d’un mètre à un mètre et demi. Au Moyen-âge, la taille d’un homme adulte était de 150 cm, il s’agissait d’hommes qui n’étaient pas grands, et aussi très jeunes. Les mineurs étaient recrutés parmi de jeunes garçons de douze ans. Beaucoup mourraient avant d’atteindre l’âge de 35 ans. »

Une exposition proposée dans le sous-sol de Jihlava nous familiarise avec les différentes sortes de roches et de minerais. On y trouve une collection de tonneaux de bière et de vin. Le bois dont ils sont faits est un bois pétrifié, plus dur que la pierre, et il en dit long sur l’histoire de l’endroit.

Or ce qui suscite la curiosité et l’imagination des visiteurs, c’est le couloir luminescent, devenu célèbre grâce à un reportage télévisé du journaliste d’investigation Stanislav Motl qui a filmé au fond du labyrinthe une ombre dont la silhouette ressemblait à une personne. L’explication de cette apparition visible à l’écran n’a jamais été trouvée. Par contre, des experts sont parvenus à élucider le mystère du couloir luminescent qui se trouve à environ 11 mètres au-dessous du niveau du sol et mesure 2,1 mètres de large sur 2,9 mètres de haut : comme l’affirme Renata Neumannová, il s’agit d’une réalisation humaine, et non pas d’un phénomène paranormal comme certains aimeraient le faire croire :

« Cette matière qui illumine le couloir et qui a été découverte en 1978 par une équipe de spéléologues amateurs fait depuis l’objet d’analyses de laboratoire. Les murs de ce couloir sont recouverts d’une couche blanche qui devient luminescente lorsqu’elle vient d’être éclairée. Les tests les plus récents confirment qu’il s’agit d’un mélange de barytine dont les cristaux s’assemblent en masses lamellaires de blancheur élevée, et de wurtzite qui se cristallise en formes différentes de couleur jaune. Fabriquée par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale, la barytine était utilisée pour marquer l’entrée des abris anti-aériens, en cas de coupure d’électricité. L’effet de luminescence ne dure pas longtemps : le couloir du sous-sol de Jihlava reste illuminé pendant une vingtaine de minutes au maximum, ensuite, il plonge dans l’obscurité. Il faut toujours une source de lumière pour que la matière se ‛recharge’. Si elle était portée à la surface, elle se dessécherait. Son activité luminescente cesserait et ne pourrait jamais se régénérer. »

La brasserie originale de la mairie de Jihlava
Le voilà donc, le plus grand mystère du sous-sol de Jihlava. Un autre se cache en face du couloir luminescent : il s’agit d’une sorte de percée sortant légèrement au-dessus du niveau du mur voisin. Beaucoup croient que cela pourrait être un passage menant à une autre dimension… En-dessous de la mairie de Jihlava, un autre espace souterrain gothique abrite une brasserie originale. Les touristes qui n’apprécient pas le sous-sol peuvent admirer la ville du haut de la tour de l’église gothique Saint-Jacques.

Le musée de la famille Mahler, photo: Google Maps
Et qu’est-ce qui vaut encore le coup d’être vu à Jihlava ? Incontestablement, le musée de la famille Mahler, dans la rue Znojemská, au bas de la place centrale, cette même maison où le célèbre compositeur Gustav Mahler, disparu il y a 100 ans, a grandi et vécu pendant quinze ans. Ensuite c’est la galerie et le musée régional de Vysočina, le cimetière juif fondé en 1869 et réunissant plus de mille sépultures, ou encore les quatre bornes frontière en forme de pyramide tronquée qui bordent la rivière Jihlava et qui ont été dressées en 1750 suite à une décision de Marie-Thérèse pour mettre fin à des différends autour de la frontière entre la Moravie et la Bohême. Chacune d’entre elles porte les emblèmes des deux pays. Pas loin de Jihlava, à Dolní Rožínka, se trouve la dernière mine d’uranium encore en activité en République tchèque.

Pour plus d’infos, consultez www.visitjihlava.eu

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