Jiří Rusnok sera le nouveau gouverneur de la Banque nationale tchèque

Photo : ČTK

Comme cela était attendu, le chef de l’Etat Miloš Zeman a nommé ce mercredi l’économiste Jiří Rusnok, un de ses proches, au poste de directeur de la Banque nationale tchèque (ČNB). A partir de juillet prochain, il remplacera Miroslav Singer, dont le mandat, qui s’achève, a été marqué par une politique de dévaluation de la couronne tchèque, opération très bien reçue par les entreprises exportatrices, mais très critiquée par le président de la République.

Jiří Rusnok et Miloš Zeman, photo : ČTK
Il y avait comme un air de déjà vu ce mercredi matin au château de Prague : la scène de la nomination de Jiří Rusnok à la tête de la Banque centrale du pays rappelait étrangement celle de sa nomination à la tête d’un gouvernement dit « d’experts » en juin 2013 par le même Miloš Zeman. Et quelques jours à peine après la fin de mandat de ce gouvernement, au début de l’année 2014, M. Rusnok devenait membre du conseil bancaire de la Banque centrale de République tchèque, après avoir été désigné pour cette fonction par le président. C’est dire les liens qui unissent ces deux hommes.



Miroslav Singer, photo : Filip Jandourek, ČRo
A la Banque nationale, le chef de l’Etat dispose désormais d’un homme favorable à ses vues sur la façon dont la politique monétaire de la République tchèque doit être menée. Avec Miroslav Singer, gouverneur depuis juillet 2010, c’était loin d’être le cas comme M. Zeman l’a rappelé en le remerciant lors de la cérémonie de nomination :

« Cela vous surprend peut-être d’être remercié par un homme qui a exprimé un profond désaccord avec la dévaluation de la couronne tchèque. Mais j’ai du respect pour votre position de spécialiste, quand bien même j’y suis opposé. Je veux à nouveau rappeler qu’il s’agit d’un débat qui dure depuis bientôt cent ans, depuis les débuts de l’Etat tchécoslovaque et sa politique monétaire. Les plus célèbres protagonistes lors de la naissance de ce débat étaient Alois Rašín (le premier gouverneur de la ČNB, ndlr), partisan d’une monnaie forte, et Karel Engliš, favorable à une couronne faible. J’imagine que ce débat va se poursuivre pour le siècle à venir. »

Photo : Barbora Kmentová
En novembre 2013, la Banque centrale entamait une politique de dévaluation de la couronne et elle maintient depuis la devise tchèque au niveau de 27 couronnes pour un euro. Les sociétés exportatrices applaudissent des deux mains et font régulièrement état des gains que représentent pour elles la ligne suivie par l’institution monétaire. Elle n’est cependant pas du tout du goût du chef de l’Etat qui estime qu’avec cette politique, Miroslav Singer a œuvré à repousser l’adoption de la monnaie unique européenne, notamment pour sauvegarder les prérogatives de la Banque nationale.

La tâche du nouveau gouverneur devrait donc consister, en plus de garantir la « stabilité financière du pays, avec une inflation faible autour de 2% » selon ses propres mots, de mettre fin à l’intervention monétaire sur la couronne. La chose ne devrait toutefois pas se faire du jour au lendemain et le cours actuel de la monnaie tchèque pourrait être maintenu au moins jusqu’à la mi-2017, comme cela est en fait prévu actuellement par la Banque centrale. M. Rusnok serait donc plutôt prudent, et c’est un portrait pour le moins flatteur que dresse de lui l’économiste Petr Zahradník, interrogé par la Radio tchèque :

Petr Zahradník, photo : Noemi Holeková, ČRo
« Je pense que M. Rusnok est un économiste très pragmatique, très consensuel. Il dispose d’une part d’un très bon bagage théorique. Ensuite, selon moi, son apport principal consiste dans son grand sens de la politique économique, ce qu’il a déjà montré dans lors de ses différentes fonctions gouvernementales et en particulier en tant que premier ministre. »

Le 17 mai dernier, le chef de l’Etat a déjà nommé deux nouveaux membres du conseil bancaire de la ČNB. Il s’agit de Vojtěch Benda et Tomáš Nidetzký qui devraient constituer de fidèles soutiens du nouveau gouverneur.