José Manuel Cano Lopez : « Don Quichotte symbolise notre envie à tous de vivre un monde meilleur et un amour idéal »

Moi, Don Quichotte, photo: Bohdan Holomíček, www.klicperovodivadlo.cz

Le 1er mars a eu lieu la première de la pièce « Moi, Don Quichotte », fruit de la collaboration entre le théâtre de Hradec Králové, Klicperovo divadlo avec le metteur en scène franco-espagnol José Manuel Cano Lopez, venu exprès de Tours pour monter le spectacle qui se joue en tchèque, sur-titrée en français.

L’histoire ? Une réécriture à partir du Don Quichotte de Cervantès. Comme l’explique le metteur en scène, c’est une pièce à la fois sur la création littéraire, les utopies de la culture européenne.

La pièce montre un auteur qui décide d’écrire son Don Quichotte et va s’appuyer sur différentes sources littéraires, à la fois sur un récit de Thomas Mann qu’il avait écrit quand il fit son premier voyage aux Etats-Unis en 1934, à la fois sur le Don Quichotte de Cervantès et aussi sur d’autres sources du théâtre européen, Hamlet de Shakespeare, Don Juan de Molière, le Faust de Goethe, le Woyzeck de Büchner. La figure de Don Quichotte a servi de terreau de réflexion et de création à de nombreux artistes à travers les siècles, écrivains, peintres… Radio Prague a demandé à José Manuel Cano Lopez ce qui fascinait tant chez Don Quichotte :

« Il fascine parce que c’est la figure de l’humanité, c’est à la fois quelqu’un qui rêve d’un monde meilleur – c’est toutes les utopies du bonheur – et à la fois quelqu’un qui rêve de l’amour impossible. Donc partant de là, tout un chacun à travers les siècles, l’époque que l’on vit, quelque soit sa culture, n’a qu’une envie : celle d’être heureux et d’aimer. »

Est-ce cela qui vous a fasciné vous, car s’atteler à l’adaptation d’une œuvre telle que Don Quichotte, c’est un sacré défi !

« Faut être gonflé, c’est ce qu’on dit en général. Je suis metteur en scène français, mais je suis né en Andalousie. Quand des Tchèques m’ont proposé de faire une création à Hradec Králové, ce qui m’a posé question c’est : comment ça se faisait que quelqu’un comme moi se retrouve ici en RT ? Quelles pouvaient être les raisons secrètes de vouloir passer deux mois ici, en dehors de l’envie de découvrir un pays et de travailler avec des acteurs que j’admire beaucoup.

Immédiatement je me suis interrogé sur : est-ce qu’il y a une culture européenne ? Qu’est-ce qui nous rassemble ? Entre Français, Espagnols, Tchèques ? La figure de Don Quichotte s’est rapidement imposée comme l’espèce de figure emblématique de notre envie à tous de vivre un monde meilleur et un amour idéal.

En même temps, à cause de mes origines je connais bien le personnage de Don Quichotte. J’ai déjà fait une mise en scène il y a 20 ans là-dessus. Ca m’a donc permis de prolonger cette réflexion-là. Cette pièce, c’est un émerveillement, le fait de travailler sur des rêves, on est dans une aventure extraordinaire, humainement parlant, dramaturgiquement parlant. Mais c’est aussi un spectacle totalement onirique. »

Vous évoquez l’aspect onirique, il y a aussi tous ces auteurs européens qui évoluent dans la pièce, Büchner, Shakespeare… Comment construisez-vous la pièce ?

« Les personnages de ces auteurs qui interviennent, ce sont des personnages féminins. On va rencontrer Ophélie, Elvire, Marguerite de Faust, Marie de Woyzeck. Ce sont des personnages qui peuplent les rêves de cet auteur qu’on a appelé T.M. qui va s’identifier à Thomas Mann puis à Don Quichotte. Sur scène il y a une machine à écrire, un bureau, une lampe. Très vite cette lampe devient les transats du paquebot où Thomas Mann part dans sa traversée de l’Atlantique pour rejoindre NYC.

Le décor, c’est à la fois les différents ponts du paquebot mais très vite ça devient aussi le désert de la Mancha où va surgir Don Quichotte par tout un jeu scénographique avec des trappes, des apparitions, des disparitions. Dix comédiens composent la distribution mais ils doivent jouer une cinquantaine de personnages. Ils vont surgir de la tête de cet écrivain qui réécrit son Don Quichotte et aussi de ce paquebot qui devient une sorte de caveau des mille rêves. »

Comment est née la collaboration avec le théâtre Klicperovo divadlo à Hradec Králové ?

'Kafka-Labiche'
« Nous avons été invités deux fois au festival des régions de Hradec, un festival important au niveau européen. Une première fois avec un travail que j’avais fait sur les Malheurs de Sophie, une deuxième fois avec un spectacle que j’avais fait sur Kafka-Labiche, à la fois L’affaire de la rue de l’Oursine de Labiche et La métamorphose de Kafka. Dans le festival, ça a eu un accueil extraordinaire, il y a eu un engouement du public, de l’équipe de dramaturgie, du directeur de théâtre de Hradec. Ils ont voulu que je partage ma manière de faire du théâtre avec eux. C’est vraiment sur un coup de cœur et une demande passionnée.

Tout cela fait qu’il n’y a d’ailleurs aucun problème de langue, qu’on se comprend bien, que les répétitions sont merveilleuses. Et le travail est extraordinaire, car ce qui caractérise les acteurs tchèques, c’est leur engagement incroyable, leur passion. C’est des acteurs dont rêve tout metteur en scène. »