Karel Kyncl, celui qui faisait découvrir aux Tchèques la Grande-Bretagne

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Quittons maintenant la musique et passons au journalisme. Il existe mille et une façons de découvrir un pays étranger, son caractère, sa culture, la manière de vivre de ses habitants.

Karel Kyncl, photo: ČT
Quittons maintenant la musique et passons au journalisme. Il existe mille et une façons de découvrir un pays étranger, son caractère, sa culture, la manière de vivre de ses habitants. Ce qui est le plus confortable, peut-être, c'est de voyager à travers un livre, la télévision ou... la radio. Le journaliste Karel Kyncl, qui aurait fêté, le 6 janvier 2002, ses 75 ans, nous faisait ainsi connaître la Grande-Bretagne. Avec beaucoup de talent, d'humour, d'intelligence et de gentillesse. Dans les années 60, Karel Kyncl était correspondant de la Radio tchécoslovaque aux Etats-Unis et en Extrême-Orient. Après le Printemps de Prague, on le coupe de son métier, et ceci pour quatorze ans... Dans cette période-là, Karel Kyncl fait un tas de petits boulots : il travaille comme bibliothécaire dans un hôpital, vendeur et traducteur. En 1983, alors qu'il a 54 ans, il s'installe en Grande-Bretagne qui lui propose l'asile politique, mais surtout une opportunité de revenir à sa profession tant aimée : le journalisme. Karel Kyncl écrit dans des journaux prestigieux et collabore avec la BBC et la Radio Europe libre. Après la chute du communisme, Prague propose au journaliste expérimenté plusieurs postes importants dans les médias. Il refuse et il reste, comme correspondant de la Radio tchèque, à Londres. Moi, en tant qu'auditrice, j'aurais envie d'ajouter : et il a bien fait.

Pendant sept ans, jusqu'à sa mort en 1997, Karel Kyncl nous tenait au courant de tout ce qui se passait d'important et d'intéressant dans le royaume d'Elisabeth II. Il nous parlait, bien sûr de la politique, mais pas seulement... De la pluie à l'est comme à l'ouest, Rouler à gauche, Le festival de l'ail, Les archives de Winston Churchill, Freddie Mercury est mort, Attention aux snobes, Gardenparty, Comment visiter Londres en trois jours, Tout ce qu'un Tchèque doit savoir avant de pousser la porte d'un pub anglais... Voilà les titres de quelques-uns de ses fameux feuilletons, écrits pour la radio. Un de ses jeunes collègues de la Radio tchèque se souvient de sa première rencontre, sur les ondes, avec Karel Kyncl : "Un jour, alors que j'habitais encore à la cité universitaire, j'écoutais la radio. En même temps, je me préparais pour sortir, j'étais assez pressé. Tout d'un coup, j'ai entendu, à la radio, un reportage qui a tout de suite attiré mon attention. Il a commencé ainsi : « ...con, débile, vaurien, crapule, canaille, salaud, peau de vache, goujat, mufle, malotru... ». C'était Karel Kyncl, en train d'énumérer les mots qu'il est interdit d'utiliser au parlement britannique. Et il a continué : « Quant aux noms d'animaux, il est inacceptable de traiter un député d'âne, de rat, de cochon, de chiot et de chien. » J'ai oublié que j'avais été empressé, je me suis assis sur mon lit et, amusé, j'ai écouté l'émission jusqu'à la fin. Karel Kyncl avait un esprit d'observation. A chaque fois, il nous présentait la réalité sous un angle peu habituel, surprenant. Avec lui, j'ai eu l'impression de visiter plein d'endroits intéressants. Et pourtant, Kyncl a écrit la plupart de ses articles et commentaires dans son bureau, à quelques pas de Hyde Parc."

Jusqu'ici donc les mots de Jan Smid, journaliste de la Radio tchèque et collègue de Karel Kyncl. Et vous mêmes, voulez-vous entendre la voix de cette légende du journalisme tchèque ? Pas de problème... Ces Anglais, comment sont-ils, en effet, M. Kyncl ?

"Les Anglais ? Ce sont les habitants d'une île dans la Mer du Nord, gouvernée par les Ecossais. Malheureusement, ce n'est pas moi qui ai inventé cette jolie définition, je ne fais que la citer. Ils sont 50 millions, d'hommes et de femmes de toutes les tailles que vous pouvez vous imaginer. Contrairement à ce que racontent les légendes d'Europe centrale, les Anglais ne sont pas tous calmes, posés et repliés sur eux-mêmes. Même les gentlemen sont une espèce assez rare en Angleterre. Certes, ils communiquent entre eux en anglais, mais ce trait ne les distingue pas des autres nationalités non plus, vu que pour 310 millions de personnes sur Terre, l'anglais est leur première langue et pour le même nombre de personnes, une deuxième langue. D'après mes propres expériences, le pourcentage d'hommes gentils, méchants, bornés, intelligents, honnêtes et serviles en Grande-Bretagne correspond à la situation en République tchèque."

En préparant cette émission, je me suis dit : comment Karel Kyncl aurait-il réagi, par exemple, à la tragédie américaine ? A la guerre en Afghanistan ? A la folie autour de Harry Potter ? Ou encore au succès triomphal, en République tchèque aussi, du Seigneur des anneaux, l'épopée fantastique adaptée de l'oeuvre du Britannique J. R. R. Tolkien ? D'ailleurs, rien ne nous empêche de revenir, dans une autre revue culturelle, à l'accueil que les Tchèques, fascinés depuis des dizaines d'années par les romans de Tolkien, ont réservé au film de Peter Jackson.