Karel Sroubek

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Le luxe, la classe, la noblesse, un service parfait furent entre les deux guerres et pendant la Deuxième Guerre mondiale les références du Grandhotel Sroubek, aujourd'hui Evropa, situé en plein milieu de la place Venceslas. L'hôtel Evropa fait partie des monuments importants de style Art nouveau. Le bâtiment d'origine date de 1889, et il a été reconstruit au début du XXe siècle d'après le projet des architectes Bedrich Bendelmayer et Alois Dryak. De nos jours, les locaux conservent encore le cachet des bons vieux temps, alors que la gloire du Grandhotel Sroubek est depuis longtemps effacée. Mais revenons à Karel Sroubek, un des plus grands hôteliers tchèques et fondateur de ce lieu prestigieux.

Né en mars 1880 dans un village près de Prague, Karel Sroubek est depuis sa jeunesse passionné par tout ce qui est restauration. Il n'est donc guère étonnant qu'il opte pour un apprentissage de cuisinier et serveur. Il est admis à l'hôtel Platyz comptant parmi les locaux de restauration très prestigieux de Prague. Il a beaucoup de talent pour le métier et, de plus, il a l'étoffe d'un gestionnaire, manager, comme on dirait aujourd'hui. Après son apprentissage, il travaille dans les restaurants des prestigieux hôtels de Bohême et à l'étranger.

Photo: Stepanka Budkova
K. Sroubek acquiert de grandes expériences et revient dans son pays. Il tombe amoureux et se marie le 15 février 1909. Il est surprenant que le jour de son mariage il commence la reconstruction de son premier restaurant à l'angle de la place Venceslas et de la rue Opletalova. Et il est encore plus surprenant que quinze jours après il ouvre le local. C'est le début de la grande carrière de Karel Sroubek dans le monde de l'hôtellerie.

L'hôtel est garni de boutiques de verre taillé, de porcelaine et de bijoux. Il est bien connu que ses portes étaient ouvertes également aux prostituées de luxe. D'ailleurs, encore dans les années quatre-vingts, on pouvait voir une des grandes prostituées de l'époque dite De votre vivant chez Sroubek, après la mort au Paradis. Son restaurant marche si bien qu'il ne lui faudra que quinze ans à attendre avant d'acheter l'hôtel Chez l'Archiduc Etienne qui devient aussitôt le Grandhotel Sroubek. Sous la devise : Nous pour l'hôte, l'hôte pour nous, l'endroit devient bientôt le plus huppé et le plus apprécié par la crème de Prague et également de l'étranger. la Baronne, dans les anciens locaux. Evidemment son âge était déjà bien avancé, mais elle faisait partie du folklore praguois.

K. Sroubek donnait beaucoup d'importance au choix du personnel. Les cuisiniers devaient, par exemple, passer des examens culinaires extrêmement difficiles. Le personnel était dirigé par deux directeurs gérant douze groupes, dont chacun avait son propre chef. Les hôtes recevaient des questionnaires en quatre langues pour noter leurs désirs et insatisfactions. Toute erreur était immédiatement réparée. Un des soucis primordiaux de K. Sroubek était aussi le sourire du personnel.

Photo: Stepanka Budkova
Le sourire devait faire une impression sincère, relaxe et non crispée. D'ailleurs, il est à noter que le personnel suivait une formation minutieuse et très professionnelle. Tous les employés avaient d'excellents salaires et un très bon pourboire. Les témoins de l'époque disent que le maître d'hôtel de chez Sroubek avait de tels moyens que, lorsqu'il rentrait chez lui, il faisait s'arrêter devant la porte principale de l'hôtel trois fiacres. Dans le premier il plaçait sa canne, dans le second son haut-de-forme et dans le troisième il s'installait. Tout porte à penser qu'il ne s'agit pas d'une légende.

C'est un homme très performant qui, à par son activité hôtelière, publie la revue l'Association des hôteliers dont il devient le président. Il cherche toujours à trouver des nouveautés, des points à améliorer. A titre d'illustration, pour renforcer sa clientèle déjà nombreuse, il envoie comme voeux pour l'année 1930 dans les hôtels les plus prestigieux du monde, à près de trente milles exemplaires de sa revue Sroubek en trois langues. Le Journal de l'hôtel (Hotelove noviny) et, en compagnie de son épouse, des livres de cuisine. Il a par exemple écrit le livre Comment on fait la cuisine chez Sroubek (Jak se vari u Sroubka) ou un livre intéressant sur la préparation des plats particuliers à base de boeuf. Le grand hôtelier développe également des activités au sein du Parti démocrate nationale tchèque et dans l'organisation de culture physique SOKOL. K. Sroubek est également conseiller auprès du protocole du Château de Prague pour ce qui est de l'organisation des réceptions.

Comme beaucoup d'autres, le grand hôtelier a dû subir les conséquences de la prise du pouvoir par les communistes, en 1948. Le Grandhotel Sroubek fut confisqué et son propriétaire jeté à la rue. Le grand hôtelier Karel Sroubek, entre autre initiateur de la fondation du Musée de l'hôtellerie et de la restaurationà Prague, est décédé le 22 mai 1955.