Dan Bosembo : un conteur congolais à Prague
A l’occasion du festival Afrique en Création, de nombreux artistes de plusieurs de continents sont invités à Prague pour faire découvrir leurs arts aux habitants de la capitale tchèque. C’est le cas de Dan Bosembo, jeune conteur de la République Démocratique du Congo, qui s’est illustré aux IXe Jeux de la Francophonie à Kinshasa en 2023, où il a remporté une médaille de bronze. Il ne se contentera cependant pas de faire voyager les Tchèques dans son Congo natal au fil de ses histoires, mais leur proposera également une expérience immersive mêlant danse, musique et narration lors de son spectacle « Battements de vie », ce dimanche 9 Mars au Studio Maiselovka.
Bonjour Dan Bosembo. Vous êtes conteur mais également comédien chanteur et danseur. D’où vous vient cette passion pour les arts et les considérez-vous comme complémentaires ?
Dan Bosembo : « Je suis conteur, chanteur, danseur comme vous l’avez dit, et ce grâce à l’institut National des Arts du Spectacle de mon pays, la République Démocratique du Congo. J’ai commencé mes études en Arts Dramatiques et finit en Danses et Chorégraphies. Tous ces arts viennent des enseignements que j’ai reçus à l’institut National des Arts et d’une formation professionnelle que j’ai eue en tant que conteur. C’est ce qui fait de moi ce que je suis aujourd’hui. »
Vous avez remporté une médaille de bronze aux IXe Jeux de la Francophonie à Kinshasa où vous vous êtes illustré grâce à vos talents de conteur. En Europe, la tradition du conte se perd un peu. Qu’en est-il en Afrique ?
« Je dirais, en tant que conteur, qu’en Afrique nous sommes en train de retrouver nos racines. Le conte, c’est l’art de la parole, nous transmettons des histoires à travers la parole, à travers les histoires que nous écrivons, à travers les inspirations que nous recevons dans différents lieux. Je pense qu’en Afrique, le conte est très important parce qu’il permet de sentir une participation avec les jeunes, avec le public. Ma vision, c’est de promouvoir l’art du conte, que ce soit au niveau national qu’international. En tant que conteur, je ne veux pas me taire. Parce que l’art de la parole est un échange avec le public, que ce soit chez nous ou à l’international et dans le monde francophone, le conte aura toujours sa place. »
Ici au cours de ce festival vous vous présentez devant un public très différent de celui dont vous avez l’habitude, devant un public tchèque. Il ne partage pas forcément les mêmes références culturelles, les mêmes traditions que vous. L’universalité du conte permet-elle de surmonter de ce genre de barrières ?
« Oui, exactement. J’écris des contes traditionnels et aussi modernes. Ce que je suis en train de raconter, devant mon public, c’est comme une nouvelle culture que je rapporte au public. Je peux m’inspirer de ma culture congolaise que je rapporte en Europe, et pourquoi pas prendre aussi la culture européenne, l’introduire dans mes contes. Je pense que le conte nous rassemble, que le conte rassemble des cultures. Pour moi, c’est une bonne chose. J’ai raconté aujourd’hui des histoires auprès d’un public Tchèque, qui n’a pas la même tradition, la même culture que moi, mais le plus important c’est qu’ils ont compris l’histoire et qu’ils se sont attachés à l’histoire, et cela touche le cœur et parle. Vraiment. »
Serait-ce cela le rôle d’un conteur, d’avoir un rôle fédérateur ?
« Oui. Je dis que le rôle d’un conteur est très important. Comme je l’ai dit au début, c’est un échange avec le public. Je pense que le conteur apporte beaucoup au public, parce que nous racontons des histoires qui touchent, qui parlent. C’est vrai que certaines histoires peuvent aussi énerver. Mais à la fin il peut y avoir ou non une leçon morale. Je pense que c’est le public qui reçoit chaque mot, chaque lettre, chaque phrase du conteur. C’est donc vraiment une belle aventure entre le public et celui qui est en train de narrer l’histoire. »
Vous êtes très jeune, 23 ans, qu’est-ce que ça fait de voir son talent reconnu si tôt, de se faire inviter notamment ici loin du Congo en Tchéquie ?
« Pour moi, c’est une opportunité vraiment exceptionnelle à mon jeune âge. Je ne dirais pas que j’ai directement commencé à faire des grandes choses. A un moment donné, ce n’était pas facile. Dans ma carrière, des gens ont essayé de me décourager. Mais comme j’avais étudié l’Art, mes parents et ma famille ont cru en moi, cela m’a motivé. J’inspire aussi beaucoup la jeunesse. Ce travail, je ne le fais pas pour moi, je le fais pour la jeunesse. Je me rappelle qu’après ma prestation aux jeux de la francophonie, j’ai reçu beaucoup de messages, beaucoup de retours des jeunes, qui ont salué ma performance et ma médaille de bronze, et qui ont vu que même étant jeune, j’avais donné le meilleur de moi-même. C’est une façon pour moi de parler à la jeunesse, de motiver la jeunesse, de dire aux jeunes que c’est possible en tant que jeune de réussir. Possible malgré tout ce qui peut arriver dans la vie. En tant que jeune, on peut accomplir beaucoup de choses. Aujourd’hui, l’Art me permet de voyager partout dans le monde, d’en rencontrer les grandes personnes, d’échanger sur les cultures. L’Art est donc très important. »
Avez-vous une idée sur la poursuite de votre carrière ? Des projets futurs ?
« Oui, bien sûr, j’ai des projets futurs. Je suis actuellement accompagné par l’Organisation Internationale de la Francophonie du fait de ma médaille de bronze. Mais j’ai aussi des projets en tant que jeune, parce que je ne veux pas m’arrêter là. Je rêve de voyager partout dans le monde, de partager cette culture, de partager la petite connaissance que j’ai. On apprend chaque jour dans la vie. J’ai vraiment pour objectif de voyager partout dans le monde, de rencontrer de grandes personnes qui ont eu de grands parcours, car dans mon parcours, j’ai rencontré des personnes qui m’ont aidé, qui m’ont formé, et auxquelles je suis très reconnaissant. Je vais toujours continuer à avancer. »
Est-ce la première fois que vous venez en Tchéquie ? Si oui, connaissiez-vous déjà des choses sur ce pays, des auteurs ou des contes ?
« C’est la première fois que je viens en Tchéquie, mais on dit toujours qu’un artiste est un observateur. Je prends toujours le temps de faire des recherches avant d’arriver quelque part. Je ne connais pas trop d’auteurs ici, mais je connais la directrice du festival, Lucie, qui était membre du jury aux jeux de la francophonie et qui m’a invité. Grâce à elle, je découvre la culture de la Tchéquie. J’apprécie beaucoup la Tchéquie, car le public est très généreux et très attentif lorsqu’il écoute mes histoires. Je pense que ce ne sera pas la dernière fois que viens en Tchéquie, je pense revenir pour continuer à raconter mes histoires. »






