Cinéma : le film « Radio Prague, Les Ondes de la révolte », victorieux des Lions tchèques

« Radio Prague, Les Ondes de la révolte », victorieux des Lions tchèques

Le film « Radio Prague, Les Ondes de la révolte » (Vlny) de Jiří Mádl a raflé la mise, samedi soir, lors de la cérémonie des Lions tchèques, remportant la très convoitée statuette du meilleur film de l’année ainsi que cinq autres récompenses. Tour d’horizon du palmarès de la 32e édition de la grand-messe du cinéma tchèque.

Stanislav Majer | Photo: Vít Šimánek,  ČTK

« Un film pour notre temps » : c’est ainsi que nombre de commentaires sur les réseaux sociaux résument le long-métrage de Jiří Mádl, « Vlny », dont le titre dans sa distribution française est « Radio Prague, Les Ondes de la révolte ». « Je souhaite que nous ne revoyions plus jamais les scènes qui apparaissent dans notre film. Ni à Prague, ni à Kyiv, ni ailleurs en Europe », a ainsi déclaré Stanislav Majer, venu chercher en début de soirée, samedi, le prix de la meilleure interprétation masculine dans un second rôle, donnant le ton d’une cérémonie qui n’a pas fait l’économie de plusieurs déclarations politiques en lien avec l’actualité plus que chargée : parallèle entre l’invasion russe de l’Ukraine et celle de la Tchécoslovaquie en 1968, au cœur de ce film, mais aussi défense des médias publics quelques jours après l’adoption de l’amendement à la loi visant à augmenter la redevance audiovisuelle, dénonciation de la situation politique en Slovaquie voisine ou encore allusion à celle des Etats-Unis, ont ainsi rythmé le déroulé de la soirée.

Alors que le film sort dans les salles de l’Hexagone le 19 mars prochain, le succès critique et public de ce drame historique autour du rôle de la Radio tchécoslovaque pendant le Printemps de Prague a vu les 14 nominations aux Lions tchèques se transformer en six statuettes, dont celle de la réalisation et du scénario pour Jiří Mádl, mais aussi du meilleur film. Avec plus d’un million d’entrées en Tchéquie, le film est toujours à l’affiche en Tchéquie mais aussi à l’étranger, comme le souligne la productrice Monika Kristl :

« Le film continue de faire le tour des festivals et, dans le même temps, il a commencé à être présenté en avant-première dans les pays où il a été distribué, ce dont nous sommes très heureux. Nous avons fait ce film pour le grand écran. Le film est toujours à l’affiche en Tchéquie. Si quelqu’un peut aller au cinéma, qu’il y aille. L’expérience de voir cette histoire sur grand écran est très différente de celle de la voir à la télévision. Nous sommes donc très heureux que le film soit projeté dans des cinémas à l’étranger. »

Monika Kristl et Jiří Mádl | Photo: Jiří Šeda,  ČRo

Jiří Mádl a commencé à travailler sur son film il y a une quinzaine d’années, allant à la rencontre des personnes qui étaient à la Radio au moment de l’écrasement du Printemps de Prague et de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques en août 1968. Toutes ces recherches ont servi de base à son récit. Interrogé il y a quelques mois sur notre antenne sur les clés de ce succès, le réalisateur avait tenté de l’analyser :

« Eh bien, si je connaissais la clé, je recommencerais, mais je ne peux pas vraiment le dire. Je pense que ce que nous avons vraiment essayé de faire, c’est de rendre le film clair à plusieurs niveaux. Nous voulions que les émotions soient claires, que les valeurs soient claires, et que les faits soient clairs pour tout le monde, pas seulement pour le public qui connaît un peu l’histoire, mais aussi pour celui qui n’en sait rien. Je parlerais d’un public international. Je ne dis pas qu’ils ne savent rien, mais leur connaissance de notre histoire est souvent limitée. Nous avons également beaucoup pensé au jeune public. »

En concurrence serrée avec « Vlny », le drame fantastique « Amerikánka » de Viktor Tauš n’a remporté que trois statuettes : pour les costumes, les décors et la direction de la photographie pour ce film au style visuel original qui, dans la cérémonie parallèle des Prix de la critique tchèque il y a un mois, avait devancé « Vlny », en remportant celui du meilleur film.

'L’Année du jardinier' | Photo: Totalfilm

Plus que mérité, le prix du meilleur acteur a été remis à Oldřich Kaiser pour son rôle mutique dans « L’Année du jardinier », un film dont le titre et le découpage par chapitres est inspiré par le livre éponyme du romancier Karel Čapek et où l’acteur incarne un jardinier qui – hormis un seul mot qui s’apparente en réalité à un cri – ne prononce aucune réplique durant les presque deux heures que se déroule cette histoire originale. Sa voix chaleureuse et reconnaissable est toutefois celle qui accompagne chaque étape du récit d’une citation du petit livre de Čapek, hommage à la patience et la résistance du jardinier aux aléas de la vie autres que ceux des saisons et de la météo. Une jolie métaphore pour ce personnage dont le terrain et la production sont menacés par le domaine d’un riche voisin jamais visible.

Méconnue pendant des décennies et révélée lors Rencontres de la photographie d’Arles en 2019, Libuše Jarcovjáková n’en finit plus de cumuler les succès : après une première rétrospective de la photographe de 72 ans à la Galerie nationale de Prague à l’automne dernier, c’est un film retraçant sa vie (« Ještě nejsem, kým chci být », littéralement « Je ne suis pas encore ce que je veux être » - « I’m Not Everything I Want to Be », en anglais), applaudi en festivals à Berlin, Varsovie, Lisbonne ou Bâle, qui a été récompensé d’un Lion tchèque pour le meilleur documentaire.

Pas vraiment de surprise non plus côté animation, avec une statuette remise à la réalisatrice Kristina Dufková pour La Vie, en gros, « pépite » présentée en première l’an dernier à Annecy, avec un joli succès en salles et en festivals, et adaptée d’un livre français de Mikaël Ollivier.

Enfin, à noter un des changements les plus importants de la cérémonie de cette année : la mise en valeur de la production télévisuelle, actant une réalité pourtant confirmée depuis longtemps par les succès de différentes séries ou mini-séries auprès du public. Ces nouvelles catégories ont été dominées par la série policière populaire Metoda Markovič : Hojer, qui a remporté le prix de la meilleure série ou mini-série télévisée et a également obtenu des statuettes pour les performances d’acteur de Petr Uhlík et Petr Lněnička. Les deux catégories d’interprétation féminine dans une série ou mini-série ont été remportées par la sitcom de la Télévision tchèque Dobré ráno, Brno II, avec Simona Lewandowska ainsi que l’actrice slovaque Zuzana Zlatohlávková, toutes deux récompensées pour leurs interprétations.