Kateřina Hlavsová, pilote de chasse : « Ne pas attendre un traitement de faveur en tant que femme »
Elle a commencé par voler dans les airs en planeur mais aujourd’hui, c’est dans le cockpit d’un avion de chasse qu’elle passe une partie de ses journées. Major dans l’armée de l’air tchèque, Kateřina Hlavsová, 41 ans, est pilote de chasse. Pendant ses études, elle était la seule femme dans son domaine et si l’armée se féminise, les choses évoluent plus lentement dans l’aviation. Au micro de Radio Prague Int., Kateřina Hlavsová est revenue sur son parcours depuis la base militaire de Čáslav.
Kateřina Hlavsová, bonjour. Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez pris place pour la première fois dans le cockpit d’un avion de chasse ?
« Les avions de chasse militaires, c’était vraiment une sacrée expérience. Le premier que j’ai piloté à Pardubice, c’était un L-39 C, un Albatros d’entraînement. En réalité, ce n’est pas seulement une question de vol en tant que tel, car l’avion est plus ou moins toujours contrôlé de la même manière, mais plutôt une question de vitesse. Nous avons un équipement spécial pour supporter l’altitude, avec des pantalons anti-g. Sur le chasseur L-159, nous portons aussi toujours une veste, un casque, un masque, un appareil respiratoire, des gants. C’est un peu inhabituel au début. J’ai mis trois ans à m’y habituer, mais ensuite, on ne fait plus attention. Il n’y a pas beaucoup d’espace dans le cockpit, mais c’était quelque chose dont j’avais l’habitude en planeur donc paradoxalement, j’ai trouvé ça bien plus spacieux. Et puis, il y a la vitesse. C’est une expérience formidable pour moi. »
Une combinaison de pilote de chasse, c’est quelque chose de lourd à porter ?
« La combinaison de vol n’est pas très lourde en soi, mais le reste de l’équipement de haute altitude pèse son poids. Tout ce que l’on porte, surtout sur la tête, multiplie la surcharge, il faut donc s’asseoir correctement pour ne pas s’abîmer la colonne vertébrale ou un muscle. Mais au fur et à mesure que monte la pression, le corps s’y habitue. »
Avant d’en arriver là où vous êtes, Kateřina Hlavsová, vous avez dû franchir plusieurs étapes… Peut-on revenir sur vos débuts ?
« J’avais 16 ou 17 ans et à l’époque, je fréquentais un lycée sportif à Pardubice. Comme je voulais devenir pilote professionnelle, j’ai changé d’école car je savais que j’avais besoin de plus de connaissances en mathématiques et en physique pour pouvoir suivre une formation en aéronautique. De plus, tout ce qui touche à l’aviation est en anglais, que ce soit dans le civil ou dans le cadre de l’OTAN. Je savais donc que je devais travailler ces trois matières qui n’étaient pas mes préférées. J’ai dû me motiver intérieurement pour préparer les examens d’entrée, que ce soit pour une école civile ou pour une école militaire. Et à l’époque, il n’était pas possible pour les femmes de devenir pilote dans l’armée de l’air. »
Quelqu’un de votre famille avait-il un brevet de pilotage, ou était-ce quelque chose de tout à fait personnel pour vous ?
« Personne. Ma mère m’a raconté plus tard que lorsqu’elle avait une quinzaine d’années, une amie l’avait incitée à rejoindre un aéroclub pour faire du planeur, mais qu’elle n’avait pas saisi l’occasion, si bien que j’ai été la toute première de la famille. »
Comment s’est déroulée la suite pour vous ? Comment passer de l’envie de voler à l’aspect pratique ?
« Des pilotes professionnels m’ont orientée vers un aéroclub pour voir si j’avais les aptitudes nécessaires. Je voulais commencer par piloter un planeur parce que, bien sûr, c’est l’activité la plus accessible financièrement dans l’aviation privée. J’ai réalisé qu’il était possible soit de voler en tant que pilote de ligne ou juste pour s’amuser. Moi, je voulais en faire ma profession. Mais pour cela, il faut gagner de l’argent, donc soit trouver un emploi bien rémunéré pour pouvoir payer progressivement sa formation, soit travailler comme hôtesse de l’air pour se familiariser avec le vol, pour gagner un peu d’argent pour s’entraîner, et progressivement faire des heures de vol afin de devenir pilote professionnel. »
Comment vous êtes-vous orientée vers l’armée de l’air ?
« Au début, je n’y pensais même pas parce que je ne pensais pas que ce serait possible en tant que femme. J’étais simplement attirée par le fait d’être à bord d’un avion, de regarder le monde d’en haut. C’est ce qui m’intéressait le plus quand j’étais enfant. J’allais régulièrement à des journées de démonstration aériennes, et un jour, à Hradec Králové, j’ai vu un Mirage. J’étais fascinée par cet avion militaire et la puissance de son moteur : j’avais très envie d’essayer ! À l’aéroclub, il y avait des étudiants, futurs pilotes de l’armée de l’air et des soldats qui volaient déjà un peu partout dans le pays. Quand je leur ai posé des questions sur le métier et les difficultés pour y entrer, ils m’ont répondu : ‘C’est ouvert aux filles maintenant, mais ce n’est probablement qu’un truc de marketing, personne ne veut vraiment de filles’. J’étais très déçue, mais mon père m’a dit : ‘Qu’ils aillent se faire voir !’ Je me suis donc inscrite aux examens d’entrée à l’Académie militaire de Brno pour devenir pilote d’avion et, en même temps, à l’Université technique tchèque pour essayer aussi l’aviation civile. »
Comment avez-vous été perçue dans votre promotion quasi exclusivement masculine ?
« A l’aéroclub, il n’y avait pas beaucoup de filles donc ils étaient contents d’avoir une femme. Dans mon domaine à l’université j’étais la seule, mais il y avait des femmes dans les autres domaines militaires avant cela. A l’époque, le nombre de femmes augmentait chaque année. J’avais donc des camarades de classe femmes dans le contrôle du trafic aérien ou d’autres spécialités, et il y avait même des techniciennes. Il y en a probablement plus aujourd’hui, mais dans le fond, je pense qu’il y aura toujours plus d’hommes que de femmes dans l’armée. Ce n’était pas stressant pour moi parce que j’avais l’expérience de l’aéroclub. Ensuite, à la base militaire, c’était quelque chose de nouveau, parce qu’il n’y avait pas de femme dans le groupe des pilotes, que ce soit au centre de formation de pilotage de Pardubice ou à Náměšt’ nad Oslavou, où j’ai volé sur des Albatros, et ensuite ici, à Čáslav. »
Avez-vous été confrontée à des situations dangereuses ?
« Il y des choses inattendues, mais nous sommes formés à réagir. Nous avons le simulateur pour apprendre à résoudre des problèmes en plein vol, mais chaque fois que quelque chose de ce genre se produit, il s’agit bien sûr d’une situation inattendue pour nous. Toute situation inhabituelle est plus dangereuse que ce à quoi nous sommes formés. Un des problèmes récurrents, en Tchéquie et ailleurs, ce sont les collisions avec les oiseaux. Nous volons de plus en plus, et j’ai l’impression que le nombre d’oiseaux augmente aussi. Mais ce qui m’effraie le plus ces derniers temps, ce sont les collisions avec des drones. Les moteurs des avions sont construits de telle sorte qu’ils peuvent aspirer les oiseaux, mais les drones, c’est autre chose. »
Comment réagissent les gens quand vous leur dites que vous êtes pilote dans l’armée de l’air ?
« Ils sont toujours surpris, mais ce n’est pas spécifique à la Tchéquie. A l’Ouest, il y a plus de femmes pilotes dans ce domaine, mais malgré tout, dès que vous vous retrouvez dans le cadre d’un exercice international ou ici, il y aura toujours des hommes qui vont vous regarder en disant : ‘Tiens, ils ont une fille qui est pilote !’ Ce n’est pas encore tout à fait la norme et les femmes restent peu nombreuses. »
Avez-vous participé à une mission quelque part à l’étranger ?
« J’ai passé un peu moins de quatre mois en Afghanistan en 2010. J’y étais en tant que soutien au sol pour une unité d’hélicoptères. C’était une expérience formidable. »
Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui veulent suivre votre exemple et devenir pilote dans l’armée de l’air ? Est-ce difficile ?
« Déjà, j’ose espérer qu’aujourd’hui, on ne vous regarde plus comme une extraterrestre lorsque vous vous promenez dans un aéroport en combinaison. Bien sûr, il faut que les femmes sachent dans quoi elles se lancent, qu’elles seront toujours dans un collectif plus masculin et qu’il y aura toujours des préjugés. Je pense que si une femme sait ce qu’elle veut et qu’elle sait qu’elle en a les capacités, il faut qu’elle se lance. J’aimerais aussi que les filles qui viendront après moi, soient claires avec elles-mêmes : elles doivent bosser tout autant, elles ne peuvent pas attendre un traitement de faveur – je dis ça pour leur propre bien et aussi parce que c’est une condition pour que le collectif les accepte. Quand on décide de se lancer dans le domaine du pilotage ou qu’on veut entrer dans l’armée tout court, il ne faut pas qu’on voie chez vous que vous attendez un traitement spécial. »
Est-ce un travail difficile ? Comment se déroule une semaine type ?
« Soit nous sommes à la base pour un entraînement classique, soit nous participons à un autre exercice d’entraînement. Mais la plupart de notre temps, nous le passons ici, à la base. Il y a des semaines où il y a généralement un vol trois ou quatre jours par semaine, ou bien où nous avons un ou deux vols par jour, en fonction des tâches que nous devons accomplir ou de l’entraînement à suivre. Avec les L-159, les week-ends sont généralement libres, de sorte que l’on a une semaine assez classique comme tout le monde. Mais quand il y a des formations, nous pouvons travailler du matin au soir sans interruption pendant un certain temps, pendant deux ou trois semaines, ce qui est également tout à fait gérable. »
Mais cela prend aussi du temps. Comment combinez-vous votre vie professionnelle et votre vie personnelle ?
« Je pense que c’est comme dans n’importe quelle autre profession. Il est vrai que chez les militaires, il y a des imprévus mais nous sommes nombreux donc il y a toujours quelqu’un qui pourra réagir. Les grands événements importants sont planifiés, je sais donc un an à l’avance quand je participerai à tel exercice et j’organise mon temps en conséquence. Si je dois partir trois semaines en mai en exercice, je ne vais pas planifier mes vacances à ce moment-là. Je planifie donc mes vacances et mon temps libre en fonction de mon calendrier de travail, et j’essaie de caser ces activités de manière à être là quand il le faut. »
Quelles sont vos ambitions au sein de l’armée et quelles sont les limites que vous voyez à votre métier sur le long terme ?
« Tant que vous êtes en bonne santé et que vous avez toute votre tête, je pense que vous pouvez l’exercer. Il y a toujours un moment où on sait d’une manière ou d’une autre qu’il est temps d’arrêter et de partir. Ou peut-être qu’il est possible de faire quelque chose d’un peu différent que voler dans les airs. Mon objectif, je l’ai déjà atteint puisque je voulais piloter des avions à réaction. Au final, l’objectif est toujours de bien faire son travail, même si j’espère que cela ne sera jamais nécessaire de l’exercer dans le monde réel. »
Courageuse et indomptable, Božena Laglerová, la première femme pilote tchèque
Božena Laglerová (1886-1941) était diplômée du Conservatoire en chant lyrique, mais c’est l’aviation qui était sa passion. Elle est la première Tchèque à avoir obtenu son brevet de pilotage.
C’est son beau-frère, professeur à l’Université technique tchèque, qui a éveillé son intérêt pour l’aviation. Malgré l’opposition et les préjugés de son époque vis-à-vis des femmes, Božena Laglerová persiste dans ses efforts pour obtenir une licence internationale de pilotage, ce qu’elle réussit finalement à faire à l’école Hans Grade en Allemagne.
En mai 1911, son avion s’écrase juste avant l’examen final, mais quelques mois plus tard, en septembre, elle réussit son examen de pilote et devient la première femme pilote tchèque et la treizième à accomplir cet exploit au monde.
Ses succès lui ont également valu une reconnaissance internationale : en 1911, elle a remporté la Coupe d’argent lors d’un concours aérien à Hanovre. En raison du manque de soutien dans son pays, elle accepte une offre pour une tournée aérienne en Amérique latine. Après plusieurs échecs et accidents, elle se retrouve à New York, où elle est aidée par la communauté tchèque locale.
Pendant la Première Guerre mondiale, elle tente en vain de devenir pilote dans l’armée de l’air ou instructeur. Après la guerre, elle a épousé un instructeur de vol mais n’a jamais repris sa carrière de pilote. Elle est décédée en 1941 à l’âge de 54 ans.
Božena Laglerová est entrée dans l’histoire non seulement comme une pionnière de l’aviation féminine, mais aussi comme une femme d’une volonté et d’un courage incroyables.
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