Kralupy nad Vltavou, la capitale des ruines au printemps 1945
Le 22 mars 1945, les Alliés ont largué plus de 1 200 bombes sur Kralupy nad Vltavou, transformant cette ville située à une quarantaine de kilomètres au nord de Prague en un champ de ruines. Elle a été la plus dévastée parmi toutes les villes du Protectorat de Bohême-Moravie. Souvenir.
« Kralupy n’a jamais été une belle ville », constate dans l’un de ses textes Jaroslav Seifert. Pourtant, jusqu’à sa mort en 1986, le poète tchèque de génie, prix Nobel de littérature, est resté très attaché à cette ville industrielle où vivait une partie de sa famille, où, enfant, il passait ses vacances et où, finalement, il a même été enterré.
Kralupy nad Vltavou comptait, dans l’entre-deux-guerres, près de 10 000 habitants. À l’époque déjà, c’était à la fois un nœud ferroviaire et un centre industriel : la ville se trouve, en effet, au croisement de plusieurs liaisons ferroviaires et de nombreuses entreprises s’y sont implantées dès le début du XXe siècle.
Parmi elles, la raffinerie Kralupol, communément appelée Petrolejka, qui a été plus spécialement visée par les Alliés à la fin de la guerre, sans savoir que la production dans cette usine, qui faisait partie d’un groupe pétrolier allemand, avait été arrêtée en 1943. Au cours de la première vague de bombardements, l’une de ses tours a pris feu. La fumée a enveloppé toute la ville et d’autres bombes ont été larguées à l’aveuglette sur les zones résidentielles.
Alors âgé de dix ans, Antonín Rašek s’est souvenu, en 2015, à la Radio tchèque :
« Il y a eu sept ou huit vagues de bombardements. Nous avions tous très peur de descendre dans les caves, car nous savions par expérience que les gens qui y entraient n’en ressortaient pas vivants quand le bâtiment était frappé. Nous avions donc creusé un trou dans notre jardin et je me souviens encore que lorsque les premières bombes sont tombées, j’ai sauté dedans et mon père m’a recouvert de son corps pour me protéger des éclats des obus. »
« Après une heure qui nous a semblé être une éternité, lorsque le raid a pris fin, nous sommes sortis du sous-sol et n’avons alors plus reconnu notre ville », s’est souvenu un autre témoin de l’époque, Josef Stupka. Comme l’a également remarqué le poète Jaroslav Seifert, l’église de l’Assomption-de-la-Vierge-Marie et de Saint-Venceslas a, comme par miracle, survécu au bombardement.
« Seule l’église, avec sa tour silencieuse, est restée intacte au milieu des ruines. Les corps des victimes, catholiques, protestants et sans religion, ont été allongés sur le sol. L’église les a tous accueillis sous son toit bienveillant » - cette citation du poète figure sur une plaque commémorative installée sur un mur de l’église néo-gothique qui domine toujours Kralupy nad Vltavou.
Confrontée à des conditions de vie devenues extrêmement difficiles, la ville a été entièrement reconstruite après la guerre et compte aujourd’hui plus de 18 000 habitants. On la surnomme parfois « La Dresde tchèque », pour évoquer l’expérience tout aussi douloureuse vécue par la population de la ville allemande, elle aussi réduite en cendres il y a tout juste 80 ans.

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