La dépouille de la résistante Zdena Mašínová probablement bientôt exhumée

Zdena Mašínová, photo: public domain

La ville de Prague va finalement autoriser l’exhumation de la dépouille de Zdena Mašínová. Le corps de cette résistante aux occupants nazis et au régime communiste se trouve quelque part dans une fosse commune du cimetière de Ďáblice, à Prague. Cette décision est une victoire pour sa fille, Zdena également, qui bataille pour pouvoir offrir une tombe décente à sa mère, dans le caveau familial d’une petite commune de Bohême centrale.

Zdena Mašínová fille, photo: ČTK/Michal Kamaryt
Dans l’esprit des Tchèques, le nom de Mašín est d’abord lié à l’histoire de Ctirad et Josef, ces deux frères qui, dans la foulée de leur père, résistant torturé puis exécuté par les nazis, ont choisi de créer une organisation clandestine pour lutter contre le régime communiste instauré suite au Coup de Prague de 1948.

Après diverses opérations subversives, ils fuient à l’Ouest par Berlin, les armes à la main, tuant plusieurs personnes sur leur passage, dont certaines victimes innocentes. Ainsi, jusqu’à aujourd’hui, les Tchèques sont divisés sur la manière de considérer les deux frères : comme des héros ou comme des assassins ?

Leur mère, Zdena Mašínová, avait également été dans la Résistance pendant l’occupation allemande et emprisonnée. Au début des années 1950, elle organise une pétition demandant la grâce de Milada Horáková, députée démocrate condamnée à mort dans le cadre de grands procès staliniens.

Pour cette raison, et pour les activités de ses fils, Zdena Mašínová est condamnée à 25 ans de prison pour espionnage et haute-trahison. Déjà gravement malade et incarcérée dans des conditions effroyables, elle meurt le 12 juin 1956 et est enterrée dans une fosse commune à Prague.

« D’après le témoignage des fossoyeurs, il devrait avoir ici entre 70 et 72 fosses communes. Mais sur le terrain on n’en voit qu’une quarantaine, » explique l'archéologue Jan Havrda.

Zdena Mašínová, photo: public domain
Selon certaines estimations, entre 15 et 20 000 corps, dont celui d’enfants de prisonnières politiques, nés derrière les barreaux, seraient enterrés dans ces fosses communes. Des dépouilles non-identifiées.

En 1956, la fille de Zdena Mašínová, reçoit la visite d’un agent de la police politique qui lui annonce sans fard la mort de sa mère. A l’époque, personne ne veut lui donner d’informations, malgré ses demandes. C’est finalement un inconnu qui, devant un bâtiment de la police, lui dit d’aller au cimetière de Ďáblice. Là, un fossoyeur lui indique où la dépouille de sa mère a été déposée. Pendant des années, en secret, elle viendra se recueillir sur le lieu supposé.

« La dernière fois que j’ai vu ma mère, c’était dans sa toute petite cellule, elle était à même le sol. C’est quelque chose de totalement indicible, ce que j’ai vu. Mais il faut en parler. »

A 86 ans, Zdena Mašínová fille a enfin obtenu ce qu’elle souhaitait : l’exhumation de la dépouille de sa mère. La mairie de Prague avait refusé dans un premier temps, arguant de l’impossibilité de savoir comment concrètement la mettre en œuvre. Elle a finalement fait un geste, et a accepté d’essayer de retrouver l’emplacement actuel du dernier repos de la résistante afin de peut-être lui donner une sépulture digne de ce nom. Milena Johnová, conseillère municipale :

Milena Johnová et Zdena Mašínová fille, photo: ČTK/Michal Kamaryt
« Nous avons décidé d’essayer de faire exhumer la dépouille. Pour ce faire, nous allons rassembler toutes les informations disponibles dans les semaines à venir. »

Il faudra toutefois faire sans les plans d’origine de l’emplacement des différentes fosses et les listes d’individus inhumés. Les archives ont en effet partiellement disparu dans un incendie au début des années 1990.

Un espoir toutefois, pour la fille de Zdena Mašínová : en novembre 2014, dans ce même cimetière, a été exhumée la dépouille du père Josef Toufar, prêtre torturé à mort par les communistes au début des années 1950. Des tests d’ADN ayant confirmé son identité, il a ensuite été enterré en 2015 au cimetière de son ancienne paroisse de Číhošť.