En Bohême du Sud, des étudiants ont observé une grève de la faim anticommuniste

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Le choix de la date n’est pas anodin et ne pouvait pas être plus symbolique. Un an jour pour jour après la mort de Václav Havel, seize étudiants de Bohême du Sud ont observé une grève de la faim ces lundi et mardi pour protester contre la coalition formée par les sociaux-démocrates avec les communistes au conseil régional.

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Les étudiants grévistes, issus majoritairement d’un lycée de České Budějovice, sont opposés notamment à la présence d’une conseillère communiste à la tête de la commission en charge de l’éducation et de la culture. Ces dernières semaines, une grève d’une heure et deux manifestations avaient déjà été organisées par la faculté de pédagogie de l’Université de Bohême du Sud et plusieurs lycées de la région. En Bohême du Sud, les élections régionales en octobre dernier ont été remportées par le Parti social-démocrate (ČSSD). Et celui-ci a donc décidé, comme dans d’autres régions du pays, de collaborer avec un parti communiste aujourd’hui encore considéré comme non-démocratique et extrémiste ; un parti qui est toutefois le plus souvent le seul partenaire de gauche possible pour les sociaux-démocrates.

Entamée lundi à 18 heures, la grève devait s’achever vingt-quatre heures plus tard ce mardi, mais pas pour tous, comme le confirme le « porte-parole » des étudiants, Šimon Heller :

« Certains étudiants ont laissé entendre qu’ils pourraient continuer la grève. Chacun est libre de son choix, mais nous ne souhaitons pas que quiconque souffre de problèmes de santé. Notre protestation est avant tout symbolique. Je ne pense pas que ne pas manger pendant une journée soit dangereux pour la santé, bien au contraire. »

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Certaines personnalités se sont également jointes à la grève des étudiants, qui bénéficie du soutien entre autres de la Confédération des prisonniers politiques ou encore des Filles des années 50, une association regroupant des filles d’anciens prisonniers politiques pendant les années 1950 en Tchécoslovaquie. Parmi les personnalités ayant exprimé leur soutien figure notamment Zdena Mašínová, sœur des frères Josef et Ctirad Mašín, héros anticommunistes controversés qui avaient fui la Tchécoslovaquie en 1953 après une cavale sanglante. Zdena Mašínová explique pourquoi elle aussi a décidé de respecter l’espace d’une journée cette grève de la faim :

« C’est une affaire très importante pour l’ensemble de cette société qui a un lourd et douloureux passé de régime communiste totalitaire derrière elle. Je suis très respectueuse de ces jeunes gens et je ne peux faire autrement que de les soutenir dans leurs aspirations. »

Malgré ce relatif élan de solidarité, le préfet social-démocrate de la région n’entend pas revenir sur les accords passés jusqu’à présent avec les communistes au conseil régional. Jiří Zimola explique pourquoi :

Jiří Zimola, photo: Khalil Baalbaki
« Croyez-moi, j’ai beaucoup réfléchi aux revendications des jeunes qui expriment leur mécontentement. Et je ne suis pas le seul. Nous en avons parlé avec mes collègues. Malheureusement, et avec tout le respect que j’ai pour les opinions des étudiants, je dois dire que ceux-ci ne veulent pas négocier. Ils n’ont pas d’arguments, mais seulement des revendications de plus en plus importantes au fur et à mesure qu’évolue leur mouvement de protestation. Ce que je leur demande, c’est donc de venir discuter avec nous en se montrant aussi à l’écoute pour qu’ils puissent participer par exemple au développement de l’enseignement supérieur. »

Même s’il affirme être à l’écoute des étudiants, le préfet de Bohême du Sud a qualifié « de moyen extrême » cette grève de la faim. Selon Jiří Zimola, l’objectif des étudiants est d’abord d’envenimer la situation :

« La social-démocratie s’est mise d’accord avec le parti communiste, mais je suis prêt à discuter de modifications de cet accord de coalition si on m’expose des arguments convaincants. J’entends par cela par exemple la remise en cause de la qualité du travail d’un collègue à la tête d’une commission, si ce travail laissait à désirer. Mais ce n’est pas le cas jusqu’à présent. »

Parallèlement au mouvement de protestation des étudiants, une pétition contre la formation de cette coalition entre les sociaux-démocrates et les communistes a également été lancée et signée depuis par près de 11 000 personnes. Professeur dans un lycée de Třeboň, Martin Rosocha est l’auteur de cette pétition. Et s’il ne s’attendait pas à l’ampleur prise par le mouvement de protestation, il soutient lui aussi les étudiants grévistes :

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« J’ai moi-même été surpris, c’est vrai. D’un autre côté, une grève de la faim est une forme d’opposition non-violente. Je pense que cette symbolique de la non-violence est ce qu’il y a de plus important. Même si les étudiants ne s’y référent pas, Gandhi affirmait que la non-violence des gens aux cœurs purs est une arme invincible. Dans ce sens, je pense qu’une grève de la faim n’est pas la plus mauvaise des formes de protestation si le préfet n’entend pas faire de concessions, comme il l’affirme. »

A l’issue de la grève, un nouveau rassemblement était prévu sur la place de České Budějovice, chef-lieu de Bohême du Sud ; un rassemblement dont on peut supposer qu’il ne sera pas le dernier. Reste à savoir avec quel effet sur l’existence d’une coalition dont la formation est la résultante d’élections démocratiques qui n’avaient suscité qu’un faible intérêt parmi les électeurs il y a deux mois de cela. Que cela plaise ou non.