« La haute couture » du design à Prague

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Le festival Designblok a animé, cette semaine, un peu toute la capitale tchèque : une soixantaine de designers tchèques et étrangers et environ quarante galeries ont participé à cette 8e édition, dédiée au design d'intérieur. Nous visiterons ensemble quelques unes des expositions : celle de deux artisans français de renommée mondiale, Bruno Domeau et Philippe Pérès à l'Institut français. Mais avant de les rencontrer, poussons la porte du Musée des arts et métiers, dans le premier arrondissement de Prague, pour découvrir l'oeuvre d'une pointure tchèque du design, spécialisé dans le mobilier, le verre et la porcelaine, Jiri Pelcl.

« Ce travail est pour moi une aventure. Je crée des objets qui existent depuis très longtemps, qui ont maintes fois été réinterprétés. Ce que j'aime, c'est justement le fait d'être obligé de leur réinventer une nouvelle forme, de réexaminer leur fonction. Chez moi, tout est basé sur l'observation des gens. J'observe leur manière de manipuler les choses, de manger et boire, de s'habiller. Cela m'aide à trouver mon style, le style le plus actuel en fait. Car il est vraiment difficile de trouver une nouvelle forme pour un verre, par exemple. Ce sont des technologies et produits vieux de plusieurs millénaires. »

Jiri Pelcl, 56 ans, que vous venez d'entendre, s'est imposé dans monde du design dans les années 1980, en tant que membre fondateur du groupe Atika. Depuis bientôt dix ans, il dirige un atelier à l'Ecole supérieure des arts et métiers de Prague, tout en réalisant ses propres projets, toujours axés sur le design du mobilier, de la porcelaine ou du verre fabriqué en série mais qui portent, évidemment, sa griffe unique. A propos, quels sont les enjeux de ce type de design ? Jiri Pelcl :

« Ce sont des objets quotidiens dont on se sert vraiment tous les jours. Le verre n'est pas un objet industriel comme l'aspirateur par exemple. Nous avons tous un aspirateur chez soi, mais il ne suscite en nous aucune affection. Comme il est en évolution technique permanente, il est facile de lui donner à chaque fois un design différent. C'est pareil pour tous les produits mécaniques, les machines, les voitures qui ne m'ont jamais vraiment attiré. Ce qui m'intrigue, ce sont des produits plus simples, comme un verre ou une tasse, et surtout proches de l'être humain, dans le sens physique. Des objets intimes que l'on touche tous les jours. Après, je me consacre aussi à l'ameublement intérieur, à l'architecture. Mais là encore, il s'agit d'objets qui sont en contact plus étroit avec le corps humain que les machines. »

Titulaire cette année d'un doctorat honorifique de l'université britannique de Brighton et du Prix national du design, Jiri Pelcl vient tout juste d'achever un projet assez particulier : celui de la rénovation des loges, bars et foyers du théâtre d'opérette de Karlin, endommagé par les inondations de 2002 et qui rouvre solennellement le 12 octobre. La rétrospective du designer se déroule jusqu'au 26 novembre prochain au Musée des arts et métiers. Elle est intitulée « Subjectif-Objectif », nom qui traduit, selon l'auteur, le dialogue permanent entre son approche personnelle de créateur et les exigences de la sphère publique sur son travail.


Domeau-Pérès, tapissier-sellier, est un label de renom, une maison d'édition qui réalise des objets de design uniques et raffinés. Les connaisseurs parlent même, dans ce cas-là, de la haute couture du design. Le 5 octobre, les deux artisans du meuble ont inauguré leur exposition à l'Institut français, dans le cadre du festival Designblok. Son concept a été créé il y a trois ans et, cette fois-ci, le tandem français y a fait participer également des designers tchèques, comme l'explique Philippe Pérès :