La mairie de Prague sous le coup d’une inculpation dans le cadre de l’affaire Opencard

Photo: CTK

Coup de tonnerre à la mairie de Prague : mardi, la police est venue remettre à dix des onze conseillers municipaux, dont le maire lui-même Bohuslav Svoboda, l’acte d’accusation les inculpant dans le cadre de l’affaire de l’Opencard, la carte électronique des transports en commun pragois.

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C’est pour abus de confiance que viennent d’être inculpés la majorité des membres du conseil municipal de Prague. En cause : l’Opencard, la carte électronique servant pour les transports mais également pour d’autres services dans la capitale tchèque. Une Opencard très controversée depuis quelques années et son lancement en grandes pompes par l’équipe municipale précédente dirigée par l’ancien maire Pavel Bém. Vivement critiqué dès le début, le projet a toujours fait l’objet de soupçons en raison de la surévaluation de son montant. Néanmoins, aujourd’hui, aux yeux du grand public, cette inculpation relève plus de la surprise que d’autre chose, l’Opencard restant associée aux pratiques passées de l’ère Pavel Bém.

La police s’intéresse tout particulièrement à la commande concernant la maintenance du projet Opencard. Le contrat de 57 millions de couronnes, qui court sur deux ans, a été approuvé en avril 2012 par le conseil municipal. La mairie a choisi pour ce faire la société Haguess, sans avoir recours à un appel d’offres. Mise en cause, la conseillère Eva Vorlíčková (TOP 09) se défend : selon elle, il n’était pas possible de procéder autrement pour prolonger la validité des quelques 300 000 cartes en circulation :

L e maire de Prague Bohuslav Svoboda et Eva Vorlíčková (au milieu), photo: CTK
« Après de longues et difficiles négociations, nous avons signé un contrat avec cette société qui nous coûte, à nous Pragois, 28 millions de couronnes par an. En comparaison avec les 1,4 milliards dépensés ces cinq dernières années, cette somme est bien moindre et ne sert qu’aux services absolument nécessaires au bon fonctionnement de la carte. La société est détentrice de certaines licences et certaines opérations doivent passer par elle. Le contrat signé à l’origine en 2006 était erroné et fait l’objet d’une enquête. Si une quelconque faute est avérée, c’est celle de l’ancienne direction, pas la nôtre. »

La coalition municipale en place se défend donc vivement et plaide son innocence, alors que l’opposition sociale-démocrate les somme de démissionner. Selon l’ancien policier Zdeněk Ondráček, qui a mené les enquêtes liées à l’Opencard dans le passé, l’actuelle municipalité est toutefois fautive, ne serait-ce que de négligence :

« L’explication des conseillers municipaux semble logique. La question reste toutefois la suivante : qu’a fait la nouvelle direction de la mairie de Prague pour corriger les erreurs du passé et faire en sorte que le véritable coupable soit poursuivi et condamné ? Je pense qu’elle n’a pas fait grand-chose, et d’un autre côté on entend uniquement : nous n’avons rien fait, nous n’avons pas commis d’erreur. »

L’ancien enquêteur doute toutefois que l’on puisse un jour inculper les membres de l’ancienne direction municipale. En outre, le contrat d’origine avec la société Haguess s’élevait à 18 millions de couronnes pour quatre ans. C’est l’augmentation du prix d’après Zdeněk Ondráček, représente le principal problème :

« Toute augmentation d’une commande est sujette à suspicion. Bien sûr, cela peut être en raison du monopole de la société Haguess, mais cela peut également s’expliquer par une volonté claire de surévaluer la commande. En effet, il est difficile de comparer objectivement cette somme avec d’autres offres, puisqu’aucun appel d’offres public n’a été lancé. »

En attendant, le maire de Prague Bohuslav Svoboda ainsi que ses conseillers ont décidé de porter plainte contre la procédure entamée à leur encontre.