La vie des homosexuels derrière le rideau de fer

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Dans le cadre du festival du cinéma gay et lesbien, Mezipatra, qui en est à sa huitième édition, une conférence était organisée mardi au Goethe Institut sur le thème « la vie arc-en-ciel sous l'étoile rouge », plus précisément, la vie des homosexuels sous le régime communiste. Plusieurs sociologues et historiens venus de Pologne ou d'ex-Allemagne de l'Est étaient également présents pour donner une vision globale de la situation derrière le rideau de fer.

C'est sans guère de surprises que l'homosexualité était vue, évidemment, comme quelque chose de négatif. L'historienne Vera Sokolova explique que s'il est facile de juger comment l'homosexualité était perçue au niveau institutionnel, l'aspect sociétal est bien plus difficile à déceler. Les sources doivent s'appuyer sur la représentation de l'homosexualité, dans les films par exemple ou dans la presse. Dans le cinéma par exemple, la figure gay est utilisée pour représenter des traits négatifs, pas nécessairement d'ailleurs pour montrer du doigt des comportements « occidentaux » et donc « bourgeois », mais plutôt une morale dépravée.

Côté législatif, c'est en 1961, avec le nouveau code pénal qu'un petit changement voit le jour : les relations homosexuelles entre personnes majeures (âgées de plus de 18 ans) et consentantes ne sont plus considérées comme un crime.

L'homosexualité est alors plus perçue comme faisant partie d'un problème d'ordre médical comme l'explique Vera Sokolova :

« Paradoxalement, la vision de l'homosexualité à travers un diagnostic médical a plutôt été une avancée par rapport à la criminalisation qui avait cours auparavant. Après la Seconde Guerre mondiale, la Tchécoslovaquie a, dans un premier temps, repris la législation autrichienne où l'homosexualité était considérée comme un crime. Ce ne sont pas les nazis qui l'ont inventé, cela remonte déjà à la monarchie des Habsbourg. »

Si, paradoxalement, dans les années soixante la Tchécoslovaquie fait partie des pays les plus libéraux avec cette décriminalisation, les homosexuels continuent de souffrir d'un problème identitaire. Vera Sokolova :

« Les gens vivaient en fait une double vie. On parle de ce phénomène d'ailleurs pour de nombreux aspects de la vie sous le régime communiste. Mais pour eux, ça a été particulièrement accentué par le fait que les gens devaient se cacher, s'ils voulaient des enfants, ils finissaient par se marier, c'était le seul moyen de conserver une certaine 'normalité' tout en assouvissant son désir d'être parent qui n'a rien à voir avec l'orientation sexuelle. »

Comme le rappelle Slavek Goga, de la Ligue gay et lesbienne de RT, jusque vers la deuxième moitié des années 1980, et par rapport à l'Allemagne de l'Est ou encore la Hongrie, la Tchécoslovaquie était vraiment en retard en matière d'activisme homosexuel :

« Il n'existait pratiquement aucune organisation. D'une part le régime communiste n'aurait pas autorisé la création d'une association. Mais même de manière informelle, il n'y avait rien. Il s'agissait plutôt de contacts non-officiels et personnels entre les gens, de rencontres dans des appartements. Autrement, il n'y avait aucune propagation d'activités, aucuns magazines, même pas de samizdats. »

Le changement n'interviendra qu'à la veille de la chute du communisme, en lien avec l'apparition des premiers groupes de soutien psychologique sur lesquels travaillaient les sexologues tchèques. Et dès le début des années 1990, la vie associative et activiste connaîtra un boom sans précédent.