L’ADN pour établir un lien entre Moraves et « Grands Moraves »

Uherské Hradiště. photo: Štěpánka Budková

C’est un travail unique qu’entreprennent des archéologues du Musée territorial de Moravie d’ Uherské Hradiště, ville située non loin de la frontière slovaque : établir si certains des habitants contemporains de la région sont les descendants des gens qui y vivaient au IXe siècle, à l’époque de la Grande-Moravie, un des premiers proto-Etats slaves. Pour parvenir à cet objectif, les historiens lancent une campagne de prélèvement d’ADN, afin de le comparer au matériel génétique de leurs supposés aïeux.

La Grande-Moravie
La Moravie n’a pas toujours été cette terre dominée par Prague et ses voisins bohémiens ; à partir de 830 environ et jusqu’au début du Xe siècle, la région a même été le cœur d’une vaste entité étatique slave, la Grande-Moravie, dont le territoire a pu à certains moments s’étendre sur les actuelles Slovaquie, Hongrie, Silésie, et même donc sur la Bohême. Même si la définition à donner à ce proto-Etat et ses caractéristiques sont discutées parmi les historiens, cette principauté reste un élément marquant de la constitution progressive des Etats en Europe centrale et de la diffusion du christianisme dans la région, via différentes missions venues du monde germanique à l’ouest, ainsi que du monde byzantin au sud-est, avec les figures marquantes de Cyrille et Méthode, les « Apôtres des Slaves ». La Grande-Moravie bénéficiait ainsi récemment d’une exposition au Château de Prague, dont la curatrice, l’archéologue Zdenka Kosarová, expliquait pour Radio Prague :

Photo: Facebook de l'exposition La Grande-Moravie
« La Grande-Moravie avait des éléments de base ou caractéristiques d’une structure étatique. A certains moments, elle avait des frontières stables. Elle avait une composante guerrière chargée de défendre son territoire. Elle avait un souverain centralisé, bien qu’il soit plus approprié de parler de prince à cette époque, qui administrait ce pays. Et bien sûr, une culture matérielle propre s’est manifestée en Grande-Moravie. »

Photo: ČT24
L’enjeu pour les chercheurs affiliés au Centre archéologique slave du Musée territorial de Moravie est donc d’établir si les actuels habitants d’Uherské Hradiště et ses environs descendent des Slaves occidentaux qui ont constitué la Grande-Moravie voici douze siècles. C’est l’outil ADN qui doit permettre de répondre à la question posée. Les historiens ont commencé par prélever du matériel génétique sur les ossements trouvés dans un cimetière datant du haut Moyen Âge et situé près de l’église Saint-Méthode d’ Uherské Hradiště.

Uherské Hradiště. photo: Štěpánka Budková
Ils lancent maintenant une campagne pour récupérer ce matériel sur les populations contemporaines des communes environnantes en ciblant les personnes les plus susceptibles d’y être enracinées depuis plusieurs siècles. Directrice adjointe du musée, Eva Pánková a donc précisé que sont invités à se soumettre à un test ADN en premier lieu des hommes, d’autant plus s’ils peuvent prouver leurs origines via des documents anciens ou un arbre généalogique. L’enquête vise également les personnes titulaires d’un nom de famille durablement ancrée sur le territoire, tel que Raštica, patronyme qui dériverait de Rastislav, le prince qui aurait succédé à Mojmír à la tête de la Grande Moravie au milieu du IXe siècle. Dans la liste des autres noms dans le collimateur des chercheurs, on trouve pêle-mêle Dřínka, Hrabec, Hrubý, Zajíček ou encore Jurásek… La génétique est ainsi mobilisée pour répondre à des questions que les historiens peuvent difficilement appréhender via d’autres matériaux. Spécialiste de ces analyses ADN appliquées à l’histoire, Daniel Vaněk indiquait ainsi il y a quelques années sur notre antenne :

Photo: ČT24
« Les historiens travaillent avec des preuves plus faibles que les résultats des analyses ADN. Pour les périodes éloignées, dès les débuts du Moyen Âge, on trouvera toujours trois ou quatre experts, qui ont des vues différentes. Les analyses ADN peuvent apporter des réponses claires. »

Bien que les tests soient gratuits et anonymes, les participants devraient être informés des résultats et donc savoir si oui ou non leur descendance a eu une probabilité plus importante que la moyenne de côtoyer Cyrille, Méthode et autres Mojmír.

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