Laurent Tirard : « Molière, comédien malgré lui et businessman avant l’heure »

Laurent Tirard

On passe à un sujet un peu plus léger, avec Laurent Tirard qui a signé l’an dernier un film sur Molière, qui, pour l’occasion, a été incarné par Romain Duris. S’engouffrant dans une brèche où l’on ne sait pas où Molière a disparu, au tout début de sa carrière, Laurent Tirard a imaginé comment auraient pu naître les grandes figures des pièces de Molière, comme s’ils les avaient rencontrées.

Au vu de cette forte volonté de dépoussiérer l’image de Molière, j’ai demandé à Laurent Tirard si cette démarche presque pédagogique avait eu des échos, dans des écoles notamment :

« Non seulement on eu des échos, mais j’ai beaucoup tourné dans les écoles. Il a beaucoup été montré, parce que c’était Molière, forcément, et parce qu’il avait un avantage pour certains professeurs : rendre Molière accessible, il y a un côté ludique, c’est pédagogique mais ludique. Les profs de Français aimaient beaucoup le film et le montraient car c’est un film sur la langue française, sur un auteur certes, mais sur le plaisir de la langue. En revanche les profs d’Histoire ne comprenaient pas. Car bien sûr, on réinvente toute l’histoire dans le film, on imagine. Le côté métaphore, ils n’ont pas compris. »

Quelles recherches avez-vous faites ? Grâce à l’école, on a l’impression de bien connaître Molière, mais y a-t-il des choses que vous avez découvertes ?

'Molière'
« Oui, j’ai eu l’impression de découvrir plein de choses sur Molière. Ce qui m’a marqué, mais parce que ça touche sûrement tous les auteurs de comédie, c’était son envie profonde de faire de la tragédie. Il est devenu comédien un peu malgré lui. Mais il a finalement compris qu’à travers la comédie, on pouvait parler de choses sérieuses. Il avait un caractère assez fougueux, impétueux, beaucoup de lâchetés parfois, et en même temps, c’était un vrai chef d’entreprise : un artiste, mais un businessman, ce qui changeait l’image de l’artiste sur son piédestal. Il était assez caractériel : il avait beaucoup d’humour sur les autres, pas forcément sur lui-même. »

Vous dites qu’il aurait voulu être tragédien. Ca rejoint un schéma classique : on considère la tragédie comme un art noble, au contraire de la comédie qui ne le serait pas. Avez-vous l’impression que cette dichotomie persiste ?

'Molière'
« Absolument. Il y a plusieurs raisons à cela. Je pense qu’il y a encore beaucoup l’influence de la religion. La comédie c’est du plaisir, et le plaisir c’est sale ; alors que ce qui est grave, qui nous fait souffrir, c’est bien. C’est amusant, car je lis des livres sur la mythologie. Ils expliquent que dans l’Antiquité, la comédie et la tragédie avaient la même valeur, et peut-être même que la comédie était considérée comme supérieure, car comme ils l’écrivent : la tragédie parle de la mort et de notre difficulté à nous séparer du monde matériel, alors que la comédie nous invite à nous détacher des choses matérielles et à profiter de la ville. Pourquoi ça s’est dégradé ? Je ne sais pas. Peut-être parce que la tragédie est plus matérialiste et qu’on vit dans une société matérialiste. »

Vous êtes en train de travailler sur un nouveau projet, un nouveau film. On peut vous demander ce que c’est ?

« Oui, ce n’est plus un secret. C’est le Petit Nicolas. Encore un film d’époque, les années soixante cette fois. Avec pleins d’enfants. On est en train de faire le casting. On va tourner dès le mois d’avril. Ca va être un gros tournage, très compliqué. »

Et Laurent Tirard de préciser qu’outre la France et la Belgique, il envisage sérieusement de réaliser une partie du tournage à Prague. A suivre donc…