Le 150e anniversaire de la naissance de Leos Janacek

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Le 3 juillet 1854 est né, à Hukvaldy, Leos Janacek, longtemps considéré comme compositeur ayant une renommée à l'échelle locale et seulement plus tard apprécié comme l'un des auteurs les plus inventifs et progressistes du XXe siècle. Encore de son vivant, son oeuvre a été applaudie dans des métropoles de la musique mondiale, notamment en Angleterre et dans les pays de langue allemande.

Bien que par sa date de naissance, il fasse partie de la génération d'Antonin Dvorak dont il fut un grand admirateur, sa création a devancé une ou deux générations de compositeurs. A l'âge de 70 ans, Janacek prend la tête du modernisme musical.

Né à Hukvaldy, région morave des Lachs, il fait ses études au couvent de Brno, à l'école d'orgue à Prague, au conservatoire de Leipzig et à Vienne. Il enseigne la musique, joue avec un corps de cantate et commence à composer, avant encore de diriger l'école d'orgue de Brno née à son initiative. Eminent théoricien de la musique, il débute à partir des positions du traditionalisme. Il se laisse influencer par l'académisme des conservatoires de Leipzig et de Vienne, paye son tribut au folklorisme peu propice aux innovations dans la composition. Ce n'est que vers la fin du XIXe siècle qu'il parvient à trouver son style personnel.

Leos Janacek a écrit huit opéras. Le premier Sarka, de 1887, sur le thème d'une vieille légende nationale, plonge encore dans le néo-romantisme. Ce n'est que le troisième, drame réaliste dans un village de Moravie, Jenufa, composé en 1904, qui est révélateur du nouveau style lyrique de l'auteur. La présentation de Jenufa au Théâtre national de Prague, en 1917, a une importance décisive. L'oeuvre est alors placée au centre de l'attention européenne et permet de découvrir d'autres compositions de Janacek. Parmi ses opéras, citons encore les Voyages de monsieur Broucek dans la Lune et dans le XVe siècle, Katia Kabanova, La petite renarde rusée, l'affaire Makropoulos et de la Maison des morts. Dans ses opéras, Janacek bouleverse le vieux monde romantique, sans toutefois prendre comme point de départ la réaction impressionniste ou vériste.

Sa solution, tout à fait neuve, s'appuie sur sa théorie des mélodies du parler - ce qui signifie le modelage sensible du courant musical basé sur l'écoute profonde de l'intonation du langage humain dont le noyau est formé des motifs extrêmement expressifs qui reviennent obstinément. Janacek est maître du raccourci. Dans ses dernières compositions, il apparaît comme un novateur audacieux. Par le contenu, c'est un compositeur à programme. Nous trouverions à peine une composition qui ne soit pas inspirée par une impression vécue. Il part du fait que la musique est une puissante communication sur la vie, le miroir de l'âme et de l'état d'esprit. Janacek est également auteur de compositions chorales, de chambre, de cantates, et d'oeuvres symphoniques comme les Danses des Lachs, sa région natale.

Place maintenant au pianiste tchèque Radoslav Kvapil. Il vous parlera de son attachement à Janacek.

"J'ai des racines moraves, comme Janacek, car je suis né à Brno. J'ai même commencé ma carrière musicale en jouant Janacek. Ce que j'apprécie chez lui, c'est son expressivité. J'ai appris par la suite de la chercher chez chaque compositeur."

En France, la musique tchèque, et en particulier celle de Janacek, ne s'est fait connaître qu'à la fin du XXe siècle. Radoslav Kvapil.

"Au XIXe siècle, la musique tchèque n'était pas appréciée en France, contrairement à l'Allemagne, à la Grande-Bretagne. Les Français préféraient Wagner, Mozart... La situation a changé dans les années 1980, grâce aux grands festivals de musique qui ont mis en scène notamment les opéras de Janacek et aussi grâce à la radio."