Le 30e anniversaire de la Charte 77

Charte 77
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Il y a tout juste 30 ans, le 1er janvier 1977, le mouvement de dissidence défendant les droits de l'homme dans l'ancienne Tchécoslovaquie publiait son premier document : la déclaration de la Charte 77.

Charte 77
La Charte 77 fut le premier document officiel formulé par la dissidence tchécoslovaque opposée à l'occupation soviétique et à l'instauration de la politique de normalisation. Sa force et son danger pour le régime consistaient dans le fait qu'elle lui demandait une évidence : le respect des articles de sa propre constitution relatifs aux droits de l'homme et ancrés dans l'acte final de la conférence d'Helsinki de 1975 dont il était le signataire. Une impulsion à la création de la Charte 77 a été la publication de pactes internationaux sur les droits civiques, politiques, économiques, sociaux et culturels : deux documents que la Tchécoslovaquie avait adoptés en mars 1976 sans que leurs principes soient introduits dans la pratique.

La Charte est ainsi devenue une conscience démocratique de la nation et une opposition permanente aux pratiques totalitaires. Elle n'était pas une organisation mais une communauté non formelle ouverte à tous, sans distinctions de conviction, de profession et de foi. Durant son existence, sa déclaration a été signée par plus de 1800 citoyens. Parmi les premiers porte-parole, il y avait le professeur Jan Patocka et l'ancien président Vaclav Havel.

L'une des principales activités a été la publication de documents numérotés : il s'agissait de prises de positions, de protestations et de réactions à l'évolution de la situation qui devaient être remises par les porte-parole aux organes de l'Etat et à la presse. La police communiste StB faisant tout pour l'empêcher, ces documents ne se propageaient que par l'intermédiaire du samizdat et le réseau de Radio Europe libre, la Voix de l'Amérique et la BBC. Le 7 janvier 1977, le texte de la Déclaration est paru dans des quotidiens européens, dont Le Monde. Aucun média tchécoslovaque ne l'a publié. Entre 1977 et 1989, le nombre de documents publiés a atteint le chiffre de 572.

D'après l'une des activistes, Jirina Siklova, devenir signataire était une activité libératrice, un moyen de récupérer sa dignité. C'était aussi un acte d'héroïsme : Vaclav Havel a été condamné à 3 ans de prison et Jan Patocka est mort des suites d'un interrogatoire. La Charte n'avait pas d'ambitions politiques. Elle voulait mener un dialogue constructif avec le régime. Ce dernier la percevait toutefois comme une menace mettant en danger sa position. Une campagne de propagande a été déclenchée. Des artistes réunis au Théâtre national ont adopté la dite anti-charte. Des dissidents étaient persécutés et contraints à l'émigration. Quand le nombre de signataires emprisonnés ne cessait d'augmenter, le comité de défense des personnes injustement poursuivie, le VONS, a été créé dans le pays. A l'étranger il existait des centres de solidarité et de défense de la Charte ayant leurs sièges à Paris, à Stockholm et ailleurs.

La Charte a officiellement terminé ses activités le 3 novembre 1992 par la constatation qu'elle avait joué son rôle historique. L'héritage de la Charte 77 sera le thème de plusieurs colloques, dont celui organisé par le Centre tchèque à Paris le 25 janvier prochain. Nous reviendrons sur le 30e anniversaire de la Charte également dans nos prochaines émissions.