« L’histoire du 17 novembre nous montre qu’il convient parfois de transgresser la loi »

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Etudiante à l’Université Charles, Sára Vidímová participe à l’organisation du rassemblement étudiant qui se tient traditionnellement chaque 17 novembre, journée internationale des étudiants et jour anniversaire du début de la révolution de velours, à Prague dans le quartier d’Albertov. En 1989, c’est là, à Albertov, que s’étaient réunis les participants, essentiellement des étudiants, à la première des manifestations qui allaient aboutir, quelques semaines plus tard, à la chute du régime communiste en Tchécoslovaquie. Activiste engagée dans les milieux étudiants, Sára Vidímová détaille un élément singulier de la mémoire du 17 novembre : la mémoire étudiante.

« Nous organisons cette fête en tant qu’étudiants de l’Université Charles. Dans un premier temps les recteurs de l’Université Charles et de l’Université Masaryk de Brno prononceront un petit discours. Ensuite il y aura une conférence de Jan Kukvic, un professeur de la faculté de droit qui présentera les mouvements étudiants d’autrefois jusqu’à aujourd’hui, puis un débat avec des représentants de partis politiques élus récemment à la Chambre des députés. Nous les interrogerons sur l’éducation, ce qui nous permettra de donner un peu de sens à cette fête.

Sára Vidímová, photo: Site officiel du parti des Verts
On ne partage pas cette idée selon laquelle il suffit de commémorer. Il convient aussi de parler de ce qui se passe en République tchèque actuellement. Après, il y aura un débat sur la démocratie en Pologne et en Hongrie avec des historiens de l’Université centrale de Hongrie, et puis bien sûr des concerts et un documentaire sur la Charte 77, pour essayer de donner l’opinion des étudiants aujourd’hui. »

Cette fête du 17 novembre est la journée de lutte pour la liberté et la démocratie. Elle commémore non seulement les manifestations de 1989, mais aussi les protestations des étudiants lors de la fermeture des universités en Tchécoslovaquie en 1939. Que représente pour vous aujourd’hui cette journée ?

« La force des étudiants. Il faut savoir que les étudiants ont été les principaux acteurs de ces évènements, et cela me donne beaucoup d’inspiration. Pour moi, c’est ce qui est important : le courage des étudiants pendant leur lutte en 1939 comme en 1989. C’est aussi une sorte de continuité, de pensée autour des étudiants : quel est leur rôle dans la société aujourd’hui ? »

Que gardez-vous des témoignages et de l’expérience de vos proches qui ont participé aux évènements en 1989 ?

« J’en garde une chose en particulier : le fait qu’il convient parfois de transgresser la loi. Il y a une loi, mais on n’est pas toujours ‘obligé’ de la respecter. Les étudiants d’alors ont été vraiment courageux. Ils ont organisé un rassemblement légal dans un premier temps, avant de continuer à protester, ce qui était illégal à l’époque. Mais ils n’ont pas eu peur de continuer. J’ai quelques proches qui ont participé à la manifestation sur Národní třída – l’Avenue nationale, et leurs témoignages m’ont beaucoup inspirée. »

« Se souvenir du 17 novembre est plus pertinent que jamais »

Vous dites que ce 17 novembre est une journée de fête et de commémoration encore valable aujourd’hui. Quelle est donc la pertinence de cette journée de lutte pour la démocratie et la liberté aujourd’hui en Tchéquie ?

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« Nous sommes un mois après les élections législatives et nous avons pu voir que la majorité des partis qui ont réalisé de bons scores ne sont pas forcément des partis démocratiques. C’est pourquoi je trouve que cette fête est plus pertinente que jamais. Nous sommes en face d’un danger démocratique, pas seulement en Tchéquie mais aussi autour de nous aussi. C’est pour cela que nous organisons ce débat sur la Pologne et la Hongrie. On voit que la démocratie autour de nous est en danger.

Il faut toujours parler de la démocratie, mais aussi des problématiques actuels : pourquoi sommes-nous dans cette situation ? Pourquoi autant de gens votent-ils pour Babiš ou pour l’extrême droite ? D’après moi il ne faut pas fermer les yeux et dire ‘on est un pays démocratique, c’est parfait, on peut se contenter de célébrer’. Des gens avant nous ont lutté, et c’est grâce à eux que nous avons aujourd’hui la démocratie. Mais justement : nous avons la démocratie entre nos mains, il faut garder ça en tête. »