Le boom du tourisme thermal

Mariánské Lázně, photo: CzechTourism
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La belle saison commence, et avec elle, son afflux traditionnel de touristes. Pour 2008 pourtant, les spécialistes du secteur touristique tablent sur une baisse du nombre de visiteurs en République tchèque. Un domaine du tourisme se porte quant à lui de mieux en mieux. Non, ce n'est pas le tourisme d'affaire mais celui des villes d'eaux ou SPA. Et dans ce domaine, gros changements en perspective...

Mariánské Lázně,  photo: CzechTourism
En mars 2006, le gouvernement tchèque s'était en priorité tourné vers les soins de SPA pour opérer des réductions de coût dans le budget de la sécurité sociale. Le ministre de la Santé d'alors, David Rath, avait choisi une autorisation au compte-goutte des remboursements de soins SPA. La situation des soins thermaux a longtemps été assez paradoxale en République tchèque. La plupart des sites fonctionnent comme des entreprises privées mais leur activité relève de la Sécurité sociale au titre des traitements médicaux. Les médecins eux-même avaient largement suivi le ministre de la Santé, souhaitant ménager le plus possible les assureurs. Résultat : une hausse drastique des prix pour les Tchèques de la classe moyenne, se voyant dans l'impossibilité de payer des séjours thermaux souvent onéreux. C'est en tout cas une véritable rupture avec les traditions nationales. Jusqu'alors, de nombreuses personnes âgées, sans grands moyens, pouvaient bénéficier de traitements variés. Et pourtant, la République tchèque s'inscrit dans une tendance globale en Europe, où les remboursements alloués aux séjours SPA sont en baisse constante. Entre 1995 et 2005, le nombre de séjours remboursés a diminué de 20 % en République tchèque.

Karlovy Vary,  photo: Archives de Radio Prague
Face à la baisse sensible du nombre de clients tchèques, les SPA tentent d'attirer de plus en plus de touristes aisés... et étrangers. Les premiers à être touchés auront été les petits SPA, qui n'ont pas cette clientèle étrangère pour filet de protection. Les grands centres de Bohême occidentale comme Karlovy Vary et Marianské Lazne s'en sont ainsi bien sortis. Mais certains petits SPA font preuve d'énergie et d'initiative pour sortir de la fatalité. Ainsi, la ville thermale de Lázne Darkov, en Moravie, a ouvert, en 2006, un bureau à Moscou afin d'attirer des hôtes russes. Pour ce centre modeste, c'est le seul moyen de sortir de l'ombre projeté par des géants comme Karlovy Vary. La stratégie sera sans doute payante car le marché tchèque des SPA est encore loin d'absorber tout le potentiel de la clientèle russe. Nouvelle tendance donc : la clientèle étrangère constitue la part majoritaire des villes d'eaux. Sur les 74 000 visiteurs à Karlovy Vary en 2005, on a compté ainsi 64 000 touristes étrangers. De même, les SPA de Teplice ont enregistré 75 % de visiteurs non tchèques.La clientèle russe représente une telle manne que de nombreux hôtels thermaux n'hésitent pas à investir dans des cours de russe pour leurs employés ! A Teplice, le nombre de visiteurs russes à quadruplé en un an. Particulièrement présents à Karlovy Vary, les Russes investissent beaucoup dans la ville d'eau. L'immobilier est leur secteur de prédilection. Premies clients en nombre, ils s'avèrent aussi les plus généreux. Pas étonnant qu'ils soient si choyés ! Dans la ville, on est surpris d'entendre plus parler russe que tchèque ou allemand. Les indications dans les quartiers résidentiels figurent dans les deux langues : en russe et en tchèque. Début 2006, lors de sa rencontre avec Vladimir Putin, Vaclav Klaus avait même négocié quelques minutes en russe ! Et avait cru bon de souligner que la relation entre les deux pays était basé sur un pur lien de pragmatisme.

Spa Darkov,  photo: CzechTourism
En 2006, les SPA de République tchèque ont vu défiler 600 000 visiteurs, une augmentation de 19 % par rapport à 2005. Les Allemands sont les premiers, avec environ 190 000 touristes, suivis des Russes, des Autrichiens, des Américains et des Ukrainiens. Les sites SPA de Bohême de l'ouest ont quant à eux connu un véritable boom avec 40 % de visiteurs en plus. Même des domaines connexes au traitement traditionnel voient l'intérêt d'avoir boutique sur rue dans les grandes villes d'eau. Ainsi la compagnie Asklepionn qui propose des traitements cosmétiques à base de laser, s'est installé, outre ses bureaux pragois, à Karlovy Vary et Mariánské Lázne. Si 60 % de sa clientèle est tchèque, ont compte aussi des amateurs de Grande-Bretagne et d'Arabie Saoudite. D'autres se tournent carrément vers le sensationnel avec par exemple les bains de bière qu'on a déjà évoqués sur nos ondes. Sauf que là on sort complètement du domaine de traitement SPA ! Une chose est sûre, l'industrie du tourisme thermal peut voir l'avenir en grand : en 2006, le ministère du Développement Régional déclarait que le secteur des SPA représentait un enjeu majeur pour développer le tourisme en République tchèque. Après la chute du communisme en 1989, rien ne laissait pourtant présager un tel boom de ce genre de tourisme. Les espaces libres pour la construction d'hôtels de standart international étaient insuffisants et l'équipement pour les traitements dans un état désastreux. Les privatisations ainsi que les importants prêts bancaires ont radicalement changé la done. Cela n'aurait pas été pour autant facile car les SPA tchèques auront dû affronter un marché très compétitif. Aujourd'hui, on compte une trentaine de villes d'eaux et 85 sites dans le pays. 90 % relève du secteur privé. Les villes thermales connaissent donc un nouvel âge d'or et celui-ci devrait sonner en espèces trébuchantes ! Le premier âge d'or, aux XVIIIe et XIXe siècle, avait quant à lui vu défiler les invités les plus prestigieux à Karlovy Vary, qu'il s'agisse de Beethoven, Tolstoï, Chateaubriand ou Goethe, qui y séjourna 13 fois !