Le chapitre tchèque dans la filmographie de Philippe Noiret

Philippe Noiret, photo: CTK

« Je suis un saltimbanque ...qui aime le confort », a dit dans une interview Philippe Noiret. Ses films étaient souvent présentés dans des cinémas tchèques et son visage était familier aux spectateurs du pays. Sa disparition, ce jeudi à l'âge de 76 ans, attriste donc non seulement le public français mais aussi tous les Tchèques qu'il savait faire rire et qu'il émouvait dans la pénombre des salles de cinéma.

Philippe Noiret, photo: CTK
Désinvolte, nonchalant, avec un immense talent pour la comédie, Philippe Noiret n'en était pas moins capable de briller dans les rôles dramatiques. Sa bonhomie apparente cachait une immense gamme des possibilités d'expression qui lui permettait d'incarner avec force et justesse les bons et les mauvais caractères. La seule chose qu'il ne savait probablement pas faire était de mal jouer. Sollicité par les meilleurs réalisateurs, il pouvait limiter son choix de rôles à des oeuvres vouées au succès. Mais il aimait trop le cinéma pour ne pas prendre de risques dans des films dits « d'auteur ». Son rôle dans le film « La trop bruyante solitude » de la réalisatrice Vera Caisova basé sur le célèbre roman de Bohumil Hrabal a été un de ses risques-là. Le film, qui n'a pas figuré parmi les grandes réussites de sa carrière, a amené le comédien à Prague et lui a permis d'y passer quelques semaines pendant le tournage. A ce moment-là, il avait accordé à Radio Prague une interview dans laquelle il était question, entre autres, de l'avenir du cinéma européen. Le comédien européen Philip Noiret ne cachait pas son pessimisme :

« Je ne sais pas. Je suis très pessimiste, mais je suis pessimiste par nature et optimiste par raison. Alors la raison veut qu'on se dise pour vivre pas trop désespéré qu'on va réussir encore à maintenir pendant quelques lustres le flambeau du cinéma européen. Mais je crois que ça va être très dur parce qu'il y a une telle puissance non pas contre nous mais en rivalité avec nous que ça va être très dur pour garder ce petit foyer face à l'énorme incendie du cinéma américain. »

Nous allons donc être tous condamnés à n'aller voir que des films américains ?

« Vous savez, c'était un producteur américain qui disait: On ne perd jamais d'argent à parier sur le mauvais goût du public. Je crois malheureusement que c'est une phrase qui est encore valable. (Rires.) Mais non, je crois qu'il y a encore des films européens mais ce qu'il faut d'abord essayer de développer, c'est la distribution dans chaque pays d'Europe des films des autres pays européens. C'est déjà une façon de créer un intérêt commun, de rassembler les cultures... »

Philippe Noiret, photo: CTK
Jovial et chaleureux, Philip Noiret était à cette époque ouvert à tous les projets et se déclarait prêt à une nouvelle collaboration avec le cinéma tchèque :

« Oui volontiers, c'est toujours une question de scénario et de metteur en scène. Je suis tout à fait prêt. J'ai beaucoup tourné en Italie et cet été je vais encore tourner en Italie. Pour moi c'est un plus. Plus on a de sources de scénarios, plus on est heureux parce que c'est une possibilité de diversifier les expériences, de rencontrer des gens nouveaux et de jouer des personnages un peu étrangers à sa propre culture. C'est amusant, oui. »

Alors espérons qu'un tel projet se présentera et qu'on vous reverra bientôt à Prague.

« Mais écoutez, faîtes-le savoir autour de vous à vos amis metteurs en scène. Je lis les scénarios. »

Dommage qu'à l'époque aucun réalisateur tchèque n'ait saisi cette possibilité et n'ait relevé ce défi. Donner à Philippe Noiret un rôle digne de son talent restera donc à jamais une grande occasion manquée du cinéma tchèque.