Le Concours du Printemps de Prague : quand passion rime avec défi

Photo: Zdenek Chrapek, www.festival.cz

Aujourd'hui, nous irons à la rencontre de lauréats et de membres du jury du prestigieux concours international de musique, organisé dans le cadre du festival Le Printemps de Prague. Nous parlerons des organistes qui ont de plus en plus de mal à gagner leur vie et du violoncelle qui est très proche de la voix humaine. Bonne écoute !

« J'ai déjà participé à plusieurs concours de musique, mais ils étaient destinés à des enfants ou adolescents. En fait, Le Printemps de Prague est mon premier grand concours international. Je suis très content de l'avoir réussi, je ne m'y attendais pas... J'ai commencé à m'y préparer en novembre dernier. Et là, je dois repartir très vite à Moscou, parce que depuis janvier, j'ai un peu séché les cours au conservatoire... Je ne pensais qu'à ce concours et j'avais aussi quelques concerts. Mais maintenant, ce sont les examens qui m'attendent... »

Le violoncelliste Anton Pavlovsky, 21 ans étudie dans la classe de la légendaire professeur russe, Natalia Shakhovskaya. Avec le Tchèque Tomas Jamnik, il a gagné le deuxième prix de ce 58e Concours du Printemps de Prague (le 1er prix n'étant pas décerné), considéré comme un excellent tremplin pour de jeunes musiciens prometteurs. C'est pour la 11e fois, dans son histoire, qu'il mettait à l'honneur, pendant neuf jours, le violoncelle. Une cinquantaine de candidats d'une trentaine de pays, pré-sélectionnés par un jury international, ont participé à trois tours éliminatoires. Les quatre interprètes les plus étonnants ont été sélectionnés pour la finale : Anton Pavlovsky et Tomas Jamnik, ainsi que Mari Endo de Japon et Bartosz Koziak de Pologne ont alors défilé, dimanche dernier, devant la salle comble du mythique Rodolphinum : accompagnés par l'Orchestre symphonique de Prague FOK, sous la baguette du canadien Charles Olivieri-Munroe, lauréat, lui-même, du concours du Printemps de Prague en 2000, ils ont interprété deux concertos chacun : une oeuvre choisie et une autre imposée, qui était le fameux Concerto pour violoncelle d'Antonin Dvorak. On écoute le violoniste suisse et membre du jury, Johannes Degen :

« Evidemment, il est difficile d'interpréter ce concerto, parce que c'est un chef-d'oeuvre. A mon avis, aucun des quatre finalistes n'a joué Dvorak comme il faut. Je crois qu'ils sont encore trop jeunes. J'ai eu aussi l'impression que l'orchestre et les solistes n'étaient pas sur la même longueur des ondes. A certains moments, les cuivres et la flûte ont résonné trop fort, le premier violon aussi. Il aurait fallu répéter un peu plus... Globalement, le niveau des participants était très bon, surtout leur technique. Après, certains on eu quelques petits problèmes avec 'la respiration en musique'. Mais pour moi, le violoncelliste polonais était de loin le meilleur. C'est vraiment un musicien hors norme. »

Pourtant, il n'a pas eu le premier prix...

« Parce qu'il a échoué en finale. Il était très stressé. Cela peut arriver. On ne sait jamais... »

Mais la fine oreille d'un musicien expérimenté n'est pas celle d'un simple mélomane : Bartosz Koziak, 25 ans, ce Polonais au sourire irrésistible, formé à Varsovie et au Conservatoire de Paris, a su immédiatement instaurer un lien avec le public pragois qui lui a fait de formidables ovations. Finalement, la grande révélation de ce Printemps de Prague 2006 n'a reçu qu'une mention spéciale du jury. Bartosz Koziak fait le bilan des trois tours du concours :

« Les trois épreuves ont été difficiles. Lors de la première, nous avons joué les études de Bach, ce qui est vraiment très dur. La deuxième, a été consacrée à la musique de chambre et on était accompagnés par le piano. Lors de la finale, il a fallu jouer deux concerts de suite (normalement, on joue un seul), ce qui était épuisant. Donc le concours était difficile dans son ensemble, étant donné que les épreuves ont été très différentes l'une de l'autre. »

Pour la finale, vous avez choisi le Concerto n°1 de Dimitri Chostakovitch. Pourquoi ?

« Parce que je l'adore, tout simplement. Et puis, j'ai jugé bon de choisir une oeuvre du XXe siècle, pour changer un peu, car l'oeuvre imposée était le concerto pour violoncelle d'Antonin Dvorak. J'aime la musique contemporaine et je pense que j'ai fait un bon choix. »

La concurrence a été rude ?

« Ce sont tous d'excellents violoncellistes, on se connaît bien. Mais je dois dire que pendant les concours, on ne s'écoute presque jamais... »

Comment envisagez vous la suite de votre parcours ?

« Bonne question... (rires) Je sais que je veux jouer du violoncelle. Après, si c'est je deviens soliste ou si j'intègre un ensemble de musique de chambre, ce qui est assez fréquent chez les violoncellistes, c'est moins important pour moi. »

« En écoutant un interprète sans talent, vous ne monterez jamais jusqu'au ciel. Même parmi les grands noms du violoncelle les plus sollicités, il n'y a qu'une petite poignée de musiciens qui sauront vous faire pleurer », a dit dans une interview l'un des meilleurs violoncellistes tchèques contemporains, Jiri Barta. Le charisme de l'interprète, sa présence sur scène, en quelle mesure sont-ils important aux yeux du jury d'un grand concours international ? Johannes Degen :

« Le plus important, c'est la personnalité du violoncelliste. Il doit aussi fréquenter différents styles, savoir respecter l'écriture du compositeur, avoir une bonne technique, bien sûr... Mais le plus important dans tout cela, c'est vraiment sa personnalité, son caractère. »

Comment vous-mêmes, vous êtes arrivé au violoncelle ?

« Dans ma famille, tout le monde a joué du violoncelle. Un jour, j'étais avec ma mère au concert d'Enrico Mainardi et je me suis dit : c'est ce que je veux faire... C'était aussi simple que ça. »

Qu'est-ce qui fait la particularité de cet instrument ?

« Un violoncelle, c'est un peu comme une voix humaine. Il peut même chanter. Il a un répertoire très riche, notamment de musique de chambre, qui est mon domaine à moi. Dans un quatuor de cordes, c'est un instrument de base. »

Lors du 58e Concours du Printemps de Prague, les amoureux de l'orgue ont été gâtés, eux aussi. Tout comme chez les violoncellistes, le premier prix dans cette catégorie n'a pas été décerné. Le Tchèque Petr Cech et la Russe Maria Mokhova se sont partagés le second prix, la Belge Els Biesmans s'est classée troisième. Susan Landale, figure emblématique de l'orgue contemporain, était membre du jury. Comment a-t-elle trouvé les exploits des représentants de la toute nouvelle génération d'organistes :

« C'était passionnant. Le niveau, en général, était très bon. Cela fait toujours mal quand on ne veut pas donner un premier prix, mais il est vrai qu'on a entendu des choses magnifiques et celle qui étaient moins bonnes. Ce que j'aime dans ce Concours, c'est d'abord le fait d'être à Prague qui est une merveille. Et puis, les instruments sont bien meilleurs que ceux qu'on avait à l'époque. En plus, il y a des candidats de pas mal de pays, on aimerait y voir aussi la Grande-Bretagne et la Scandinavie. Enfin, il y a une très bonne atmosphère parmi les candidats. »

Pourquoi le jury n'a-t-il pas décerné le premier prix ?

« C'était unanime. Nous avons tous eu l'impression qu'il n'y avait pas la totalité d'un programme d'un candidat qui le méritait. Ce qui a posé le plus de problèmes aux finalistes, c'était César Franck. Il est très difficile. »

L'orgue est un instrument prisé parmi les jeunes ?

« Oui et je dirais même que ça m'étonne, parce que la vie d'un organiste n'est pas facile. Je dirais même qu'elle est de plus en plus difficile. Mais quand ils ont l'enthousiasme, les dons... le microbe, comme on dit, on ne peut pas les arrêter ! La preuve en est qu'à ce concours, il y avait plus de 60 inscrits.»

Vous dites que la vie d'un organiste est de plus en plus difficile. Pour quelles raisons ?

« Cela dépend des pays. Le problème est que la plupart des églises ne peuvent pas assurer qu'on y gagne sa vie. En Scandinavie, par exemple, c'est encore possible. Il faut donc mener une double, voire une triple vie, avec l'enseignement, un poste d'église - une tribune, comme on dit, et si on a la chance de gagner un concours ou d'être vraiment doué, il faut essayer d' avoir progressivement des concerts. »

Nous avons parlé à l'instant de la présence sur scène d'un violoncelliste. Est-ce plus difficile, pour un organiste, de mettre en valeur sa personnalité ? Susan Landale :

« Pour autant que l'organiste joue dans une salle, c'est pareil. Cela passe la présence, le charisme... Quand il est sur une tribune et on ne le voit pas, c'est beaucoup plus compliqué. Pour l'organiste, c'est peut être plus facile, mais il manque le contacte avec le public. Je m'occupe d'un concours dans le sud de la France, où nous mettons toujours des écrans vidéo, pour que le public puisse voir les interprètes. Ça apporte beaucoup ! Il faut, je crois, que l'organiste sorte de son petit trou là-haut. S'il veut être considéré comme un violoniste, un pianiste, un chanteur, un musicien à part entière, eh bien, pourquoi on ferait une exception ? Il est vrai que son instrument est plus compliqué, mais ce n'est pas une raison. C'est passionnant de voir un organiste jouer ! »

L'année prochaine, lors du 59e Concours du festival de musique, le Printemps de Prague, la capitale tchèque deviendra la Mecque de jeunes chefs d'orchestre et cornistes. A noter que tous les concerts du Concours sont publics. Le Printemps de Prague 2006 se poursuit jusqu'au 3 juin prochain.

Auteur: Magdalena Segertová
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