Le dalaï-lama et le clivage sur la scène politique tchèque

Dalai Lama, photo: CTK

Les discordes qui ont accompagné la visite du dalaï-lama à Prague ; les interrogations autour des candidats potentiels à l’élection présidentielle ; la crise et les défis du football tchèque. Tels sont les trois premiers sujets traités dans cette nouvelle revue de presse de la semaine écoulée. Nous porterons un bref regard, aussi, sur le retour à Prague des salles de cinéma traditionnelles et sur les goûts gastronomiques des Tchèques dans un passé récent.

Le dalaï-lama, photo: ČTK
« Un monsieur d’un certain âge, de petite taille, venu d’un pays exotique, a semé la plus grande discorde de ces dernières années sur la scène politique tchèque. » Voilà ce que l’on pouvait lire dans l’édition de jeudi du quotidien Mladá fronta Dnes suite à la visite de trois jours du dalaï-lama à Prague, à l’occasion de la conférence Forum 2000. Le journal rappelle que si certains représentants du parti chrétien-démocrate, parmi lesquels notamment le ministre de la Culture, Daniel Herman, ont tenu à rencontrer le leader spirituel tibétain, le président de la République, le Premier ministre et les président des deux chambres du Parlement ont, eux, publié une déclaration dans laquelle ils ont pris leurs distances avec cette rencontre. Leur démarche a été très critiquée par l’opposition. Plus loin, le journal décrit à quel point il est difficile de manœuvrer entre les faveurs des électeurs et l’intérêt pour les échanges commerciaux avec la Chine. Nous citons :

« Il y a une semaine de cela, le Premier ministre Bohuslav Sobotka a fait part de la volonté du Parti social-démocrate (ČSSD) qu’il dirige de miser davantage sur les électeurs de pensée libérale. Mais, après cette déclaration, on peut supposer que le parti a déjà perdu les sympathies espérées... Le tout à un moment où le volume des investissements chinois en Tchéquie reste pourtant toujours assez faible. »

Selon le quotidien Lidové noviny, la 20e édition de la conférence Forum 2000, considérée comme une action dépourvue de tout intérêt par les représentants politiques depuis le décès de Václav Havel, restera dans l’histoire comme une édition marquée par un conflit de principe quant à l’orientation de la politique étrangère tchèque. Le supplément Orientace du quotidien a publié un texte constatant que la onzième visite déjà du dalaï-lama en Tchéquie range Prague parmi les capitales que cette « célébrité spirituelle globale » a le plus souvent visitées. Rappelant qu’un grand mérite en revient à Václav Havel, son auteur a aussi observé :

« L’invitation qui a été adressée au dalaï-lama par Václav Havel en février 1990, au lendemain de son élection au poste de président tchécoslovaque, a fortement contribué à ce que d’autres représentants mondiaux tiennent eux aussi à rencontrer le leader spirituel tibétain. Ainsi, celui-ci a été successivement reçu par plusieurs présidents américains et par toute une série de dirigeants européens. »

Un intellectuel peut-il réussir à la prochaine élection présidentielle ?

Jiří Drahoš, photo: Filip Jandourek, ČRo
A plus d’un an et demi encore de la prochaine élection présidentielle, la liste des éventuels candidats prêts à relever le défi de la campagne s’est allongée du nom de Jiří Drahoš, président de l’Académie des sciences de la République tchèque. L’information a été rapportée dans l’éditorial de l’édition de samedi dernier de Lidové noviny. Le mandat de Miloš Zeman expirera en mars 2018. Et bien que l’actuel président n’ait pas encore confirmé sa candidature, le journal s’interroge déjà :

« Un intellectuel a-t-il des chances d’être élu au suffrage universel ? Peut-il battre Miloš Zeman ? Ce sont là des questions auxquelles personne n’est encore en mesure de répondre. Mais il est certain que pour réussir, un tel candidat se doit d’être reconnu non seulement pour ses mérites professionnels, scientifiques et académiques, mais aussi pour ses positions relatives aux problèmes d’ordre public. »

Le journal dresse aussi de brefs portraits d’une dizaine d’autres personnalités dont les noms sont le plus souvent déclinés. En tête de cette liste figure notamment le nom de Michal Horáček, ancien propriétaire d’une agence de loterie, journaliste et auteur de chansons bien connues du grand public. Le site echo24.cz confirme que Michal Horáček monte actuellement une équipe dont la première mission consistera à réunir la cinquantaine de signatures qui lui permettront de se présenter à l’élection. Avant cependant d’annoncer définitivement sa candidature, Michal Horáček attend encore que soient annoncées par le Parlement les conditions à remplir.

Le football tchèque attend sa renaissance

Photo: ČTK
La situation du football tchèque est largement examinée dans les pages sportives des journaux. Mais, chose plus étonnante, elle l’était également dans la dernière édition de Respekt, un hebdomadaire jugé comme un périodique « intellectuel ». Un texte intitulé « Le football en larmes » souligne la profondeur de la crise dans laquelle s’enfonce le football tchèque. Après seulement trois matchs éliminatoires disputés, Depuis déjà le début des matches de qualification pour les futurs Mondiaux de football qui se joueront en 2018 en Russie, il s’avère en effet déjà que la Reprezentace, qui n’a pas encore inscrit le moindre but en 270 minutes, ne participera très probablement pas à la prochaine Coupe du monde en Russie. A qui la faute ? C’est la question à laquelle personne n’a encore trouvé la réponse, ce qui n’empêche cependant pas l’auteur de l’article d’affirmer :

« On sait que les périodes glorieuses alternent souvent avec les périodes moins brillantes. C’est vrai pour le hockey comme pour le football. Le problème est qu’il n’y a pas de nouveaux joueurs suffisamment talentueux pour remplacer les grandes figures désormais à la retraite. C’est en premier lieu la formation des jeunes qui est à l’origine de cette situation, les clubs ne cherchant pas à les retenir dans le pays et à les empêcher de partir rapidement à l’étranger. Ils se contentent de la médiocrité. La corruption à la tête de la fédération tchèque de footbaal et l’absence d’exemples à suivre jouent aussi un rôle. »

Selon « l’intellectuel » de service, le climat a néanmoins commencé à évoluer suite à la nomination de Karel Jarolím comme nouveau sélectionneur. Avec lui, les joueurs ne cherchent plus des excuses fortuites après les défaites, mais sont prêts à « se répandre de la cendre sur leurs têtes », comme le veut une expression tchèque. L’arrogance et une assurance exacerbée ont laissé la place à l’humilité et au réalisme. Ainsi, peut-on lire en conclusion, « on peut espérer que d’ici quatre ans, les fans tchèques verseront de nouveau des larmes de joie. »

Retour des salles de cinéma traditionnelles

Photo: Štěpánka Budková
Le quotidien Mladá fronta Dnes rappelle que Prague a jadis été la reine en matière de salles de cinéma. A l’occasion du 120e anniversaire, le 18 octobre, de la première projection d’une photo animée dans la capitale, le journal écrit :

« Au début du XXe siècle et lors des décennies qui ont suivi cette première projection, la capitale tchèque a vu naître progressivement une centaine de salles de cinéma, leur nombre à l’échelle nationale se situant à l’époque autour de 3 000. Ce boom a pris fin dans les années 1990. Beaucoup de salles ont été supprimées entre 1995 et 2000 suite aux restitutions des biens qui avaient été confisqués par les communistes, afin d’être transformées en boîtes de nuit, en salles de jeu ou en bureaux. »

L’article remarque que, les salles de cinéma traditionnelles reprennent un nouveau souffle ces dernières années, répondant aux goûts d’une partie des jeunes spectateurs. Il en existe déjà quelques-unes, pendant que certaines salles anciennes ont été rénovées pour servir en premier lieu aux projections de films d’art. Et comme le souligne le chef de la plus petite salle de cinéma de Prague, MAT, les conditions techniques dont ces salles disposent n’ont dorénavant rien à envier à celles mises en valeur dans les multiplexes.

La gastronomie d’hier

Le champagne, le caviar, la viande de veau ou encore les lentilles : tels sont quelques-uns des produits gastronomiques qui étaient perçus comme étant de luxe sous le communisme, car rarement présents dans les magasins. C’est ce qu’affirme l’historien Martin Franc dans un entretien pour le site aktualne.cz dans lequel il se penche sur les habitudes gastronomiques des Tchèques dans un passé récent en affirmant :

Photo: Archives de Radio Prague
« On ne peut pas dire que la gastronomie d’avant la chute du régime communiste était forcément de mauvaise qualité. Un accent particulier a été mis sur la viande. Mais il faut distinguer entre l’ère stalinienne, avec une grande pénurie de denrées alimentaires et l’existence du système de rationnement, et les années ultérieures. La gastronomie de pointe est réapparue à partir de 1958, en rapport avec l’Exposition universelle de Bruxelles. En ce qui concerne la cuisine ménagère des années 1970 et 1980, elle a été, faute de nombreux produits sur le marché, dont en premier lieu les fruits et légumes, assez conservatrice, dépourvue d’innovations. »

L’historien interrogé rappelle également qu’à l’époque communiste, aussi amusant que cela puisse paraître aujourd’hui, c’est un restaurant chinois situé rue Vodičkova dans le centre-ville de Prague, qui était considéré comme la meilleure adresse gastronomique. Et, s’agissant du repas populaire préféré des Tchèques, il évoque le fromage pané accompagné de frites et sauce tartare, le fameux « smažák », dont la popularité ne s’est d’ailleurs nullement estompée avec les années et l’instauration de l’économie de marché.