Le Décret de Kutná Hora a été émis il y a 600 ans...

Décret de Kutná Hora

Le 18 janvier, 600 ans se sont écoulés depuis la promulgation du Décret dit de Kutná Hora, un document modifiant la proportion des voix de vote à l’Université Charles à Prague, au profit de la nation tchèque. Un événement qui a eu pour conséquence le départ de maîtres et étudiants étrangers et la fondation de nouvelles universités en dehors de Prague, qui possédait la première et jusqu’alors l’unique université en Europe centrale.

Décret de Kutná Hora
Jusqu’en 1409, la proportion des voix à l’Université fondée par Charles IV en 1348 était de 1 contre 3, soit une voix pour la Bohême, et 3 voix pour les représentants de la Saxe, de la Bavière et de la Pologne. En promulguant le Décret de Kutná Hora, le fils de Charles, Venceslas IV, a modifié la proportion au profit de 3 voix pour la Bohême. Comme l’explique l’historien Vratislav Doubek, la promulgation du décret avait une raison politique concrète :

Vratislav Doubek
« Le roi Venceslas a cherché à affermir son autorité politique. Privé, en 1400, de titre d’empereur romain, son ambition est de l’acquérir à nouveau et il compte sur le soutien de l’Université au concile de Pise convoqué pour régler le schisme qui agite alors l’Eglise. Puisque l’université est, à l’époque, une autorité spirituelle suprême, Venceslas a besoin que tous ses représentants le soutiennent, or il se heurte au refus des représentants de Pologne, de Saxe et de Bavière. C’est ainsi que Venceslas, séjournant alors à Kutná Hora, décide de privilégier les maîtres tchèques et de limiter en revanche les préférences des autres nations. »

Les étudiants étrangers quittent Prague
Le Décret par lequel l’université praguoise tombe, en fait, sous l’administration tchèque, a eu un écho dramatique : plus de 2 000 maîtres et étudiants étrangers l’ont quittée, en signe de protestation.

« Tandis que la partie tchèque conduite par le maître Jan Hus, élu recteur, considère cette décision comme un renforcement des intérêts du royaume de Bohême, une grande partie des maîtres et étudiants limités dans leurs droits quittent Prague pour s’installer à Leipzig où une nouvelle université est fondée. »

Même si une tendance similaire, celle de l’émancipation des universités de leur universalisme médiéval se produit plus tard un peu partout en Europe, pour beaucoup d’historiens, ainsi que pour le prêtre catholique Tomáš Halík, le Décret de Kutná Hora représente un document qui, en privilégiant les intérêts nationaux, a fait échouer l’idée du fondateur de l’université, Charles IV, de doter Prague d’une institution paneuropéenne.