Le festival Afrique en Création : Hommage à Sony Labou Tansi

Photo: www.afrikaonline.cz
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Pour la 6ème fois consécutive, on organise à Prague, Brno, Liberec et Hradec Kralove une série de manifestations intitulée « Afrique en création ou Nous sommes tous des Africains ». Depuis six ans on présente au public tchèque la culture et notamment le théâtre africain. On organise des débats et des conférences, on invite des écrivains, des dramaturges et des artistes africains, on traduit leurs oeuvres. Les oeuvres traduites sont publiées, mises en scène ou diffusées à la radio. La culture de l'immense continent africain, cette culture si peu connue en Tchéquie, devient pour nous vivante et familière.

Cette fois-ci Lucie Nemeckova et d'autres organisateurs de ce festival ont décidé de présenter au public tchèque le grand écrivain et dramaturge congolais Sony Labou Tansi. Un hommage lui a été rendu à l'Institut français de Prague par l'écrivain et éditeur Caya Makhélé, la poétesse et actrice Marie-Léontine Tsibinda et la fondatrice du festival de la Francophonie de Limoges, Monique Blin qui avaient connu Sony Labou Tansi et avaient collaboré avec lui. Au programme du festival il y a aussi une projection du film Diogène à Brazaville, consacré à Sony par Léandre Alain Baker et un film réalisé d'après une représentation, par la troupe du Rocado Zulu Théâtre, de sa célèbre tragicomédie musicale « Rue des Mouches ». L`écrivain Caya Makhélé avait été l'un de ceux qui avaient découvert le talent de Sony Labou Tansi :

« Sony disait qu'il s'inspirait de tout ce qu'il y avait autour de lui, il était souvent dans des endroits impensables, auprès de la population, il se rendait souvent dans les marchés pour écouter les gens et pour voir ce qui se passait, il allait beaucoup aussi sur les lieux de sport. Mais ses sources d'inspirations étaient également dans ses lectures. Il parlait beaucoup des auteurs sud-américains qui avaient pour lui une parenté avec l'Afrique par rapport à l'imaginaire, il parlait beaucoup de Kafka et de Jules Verne qui, pour lui, étaient presque des Africains, parce que ce qu'ils racontaient ressemblait tellement à ce qu'on vivait en Afrique. »

Quelles ont été les bases de son théâtre ?

« Son théâtre est avant tout un théâtre d'improvisation avec des thèmes choisis pour que chaque comédien, chaque membre de la troupe puisse apporter quelque chose. Et ensuite, il écrivait le texte à partir des propositions qui étaient faites. Et souvent ces textes évoluaient énormément et devenaient des textes d'une grande qualité littéraire et théâtrale en même temps. Mais il pensait également que les fondements du théâtre traditionnel congolais étaient importants pour comprendre et pour avoir la capacité de changer la manière de faire le théâtre. Et donc, en partant des bases traditionnelles, il a transformé le théâtre congolais et africain. Il a influencé le théâtre africain de telle sorte que la structure même des textes, la manière de mettre en scène, et la capacité de donner de l'espoir aux gens, a fait que son théâtre, comme il disait, 'était le théâtre du corps, de la chair, de la sueur, du sang, et de la parole.' »

(Vous pouvez écouter l'intégralité de l'entretien avec Caya Makhélé, ce samedi dans la rubrique « Rencontres littéraires ».)