Le géocaching en Tchéquie : 25 ans à ne pas chercher midi à quatorze heures

Des Etats-Unis, où il est né il y a tout juste 25 ans, le géocaching a fait de nombreux adeptes en Europe, et notamment en République tchèque, véritable « puissance du géocaching » autant en quantité de caches (boîtes à trouver) qu’en nombre de géocacheurs (joueurs). Ce qui explique sans doute pourquoi c’est à Prague que s’est tenu, début mai, le plus grand rassemblement organisé cette année dans le monde pour fêter le quart de siècle de ce loisir de plein air. Au micro de Radio Prague International, Slávek Hoblík, le président de l’Association de géocaching tchèque, revient sur l’histoire et la popularité de ce passe-temps « à la croisée du tourisme et du sport », comme le veut la formule consacrée, et dont on se doit toutefois de vous prévenir qu’il peut facilement devenir une passion !

Le géocaching, une aventure qui vous fera découvrir d’incroyables endroits… qui sont peut-être juste à côté de chez vous ! C’est ce que dit la vidéo promotionnelle du site geocaching.com, et ce que savent très bien les presque 10 000 géocacheurs venus d’une quarantaine de pays qui se sont rassemblés, le 3 mai 2025, sur les bords de la Vltava pour fêter les 25 ans d’existence du géocaching. Mais à vrai dire, de quoi s’agit-il ? Président de l’Association de géocaching tchèque, Slávek Hoblík l’explique en quelques mots :

Slávek Hoblík | Photo: ČT

« Le géocaching, cela consiste à chercher des boîtes que l’on appelle des ‘caches’, que des joueurs dissimulent à des endroits intéressants pour que d’autres joueurs les trouvent. Si, par exemple, vous avez à proximité de votre maison de campagne un beau belvédère, vous pouvez – après avoir vérifié qu’aucune cache ne s’y trouve encore – choisir un endroit pour y placer une boîte, que vous rendez ensuite publique sur le site geocaching.com. Puis les autres géocacheurs viendront la chercher, profitant par la même occasion d’une belle vue et d’une belle sortie… »

Une activité qui recenserait aujourd’hui, selon le site geocaching.com, quelque 3,3 millions de caches dans 191 pays du monde. Et qui est particulièrement populaire en Tchéquie, comme l’explique encore Slávek Hoblík :

Photo: Zuzana Foglarová,  ČTK

« Les chiffres dont je dispose indiquent qu’en République tchèque, on recensait en 2023 près de 67 000 profils de géocacheurs actifs. Ce qui peut en réalité signifier près de 100 000 personnes, puisque sous un profil unique il y a souvent des familles avec enfants. »

« A titre de comparaison, en France, on a recensé l’année dernière environ 143 000 profils actifs, ce qui peut correspondre à environ 200 000 personnes en tout. La population de la France est six à sept fois plus importante que celle de la République tchèque ; néanmoins, les géocacheurs n’y sont que deux fois plus nombreux ! »

Une chasse au trésor… de pacotille

Photo: Irena Šarounová,  ČRo

Lorsqu’un géocacheur trouve une cache – une boîte qui contient en général des petits bibelots ou autres « trésors » de pacotille – il inscrit sa découverte dans ses statistiques personnelles. En 2024, chaque géocacheur tchèque a trouvé en moyenne 48 caches, plaçant ainsi la République tchèque parmi les cinq premiers pays au monde en nombre de caches trouvées. Mais au fait, comment procède-t-on pour chercher – et, si possible, trouver – une géocache ? Eh bien, ce sont les coordonnées GPS – indiquées, donc, toujours sur le même site : geocaching.com – qui vous indiquent où vous rendre pour chercher. La date anniversaire de la naissance du géocaching (3 mai 2000) correspond d’ailleurs à l’ouverture du système du géopositionnement par satellite (GPS) aux civils – alors qu’il s’agissait, avant mai 2000, d’une technologie réservée à l’armée américaine.

Photo illustrative: Bernabe Colohua,  Pixabay,  Pixabay License

Aux débuts du géocaching, il fallait s’équiper d’un GPS pour le pratiquer. Un investissement alors conséquent – 12 000 à 15 000 couronnes en 2008, se souvient Slávek Hoblík – qui en faisait un passe-temps presque élitiste et pratiqué uniquement par des passionnés.

Démocratisation du géocaching

Néanmoins, la démocratisation des smartphones a considérablement changé la donne, remarque le président de l’Association de géocaching tchèque :

Photo illustrative: vastateparksstaff,  Wikimedia Commons,  CC BY 2.0

« Autrefois, les géocacheurs étaient des convaincus, qui pratiquaient tous les week-ends… Ceux-ci sont désormais un peu moins nombreux ; en revanche, il y a plus de familles avec enfants, qui profitent de leurs randonnées pour découvrir une ou deux caches. L’une des choses qui me fascine avec le géocaching, c’est que c’est une activité pratiquée par des gens de toutes générations, et de toutes les classes de la société. Lors des rassemblements, cela importe peu : tous portent les mêmes vêtements, souvent usés et déchirés, car avec le géocaching il nous faut sans cesse nous faufiler dans des buissons. Et les géocacheurs se connaissent plus par leurs pseudonymes que par leurs noms à l’état civil. »

Photo: Irena Šarounová,  ČRo

Petite parenthèse linguistique : comme toutes les disciplines, le géocaching a son jargon à lui (listé sur le portail France Geocaching, par exemple). Le terme « géocaching », qui vient de l’anglais geocaching, est assez clair pour les francophones : geo fait référence à la Terre tandis que caching désigne une cache. En tchèque, il est prononcé « guéocaching ». Et la communauté tchèque des passionnés de géocaching a quelques autres néologismes à son actif. Slávek Hoblík :

« La personne qui pratique le géocaching, on l’appelle en anglais geocacher ; néanmoins, en tchèque, on prononce cela geokačer voire on l’abrège carrément en kačer. Ce mot signifie ‘canard’, et c’est pour ça que le symbole du géocaching en République tchèque peut surprendre : c’est un canard. »

« Les géocaches, ce sont les boîtes à trouver. Nous, nous avons tchéquisé ce mot pour en faire kešky. Il s’agit typiquement d’une boîte en plastique, cachée ou masquée afin qu’elle ne soit pas découverte par hasard par les passants, mais de façon à être trouvée par les personnes qui savent ce qu’elles cherchent. Il peut arriver que des gens passent à côté pendant des années, lorsqu’ils sortent leur chien, par exemple, sans pour autant remarquer qu’il y a quelque chose de caché. Il peut également arriver qu’un animal sauvage trouve la géocache et la détruise. Mais c’est exceptionnel. »

Photo: Štěpanka Budková,  Radio Prague Int.

Kačer + kešky + cévégéčko = géocaching tchèque

Czech Wood Geocoins | Photo: Irena Šarounová,  ČRo

« Par ailleurs, les Tchèques ont inventé ce que l’on appelle en tchèque un cévégéčko, ce qui est l’abréviation de Czech Wood Geocoin. C’est une petite plaque ronde en bois qui porte le logo du géocaching sur une face et sur l’autre un motif personnalisé ainsi que le pseudonyme du géocacheur. On peut l’échanger avec d’autres géocacheurs ou bien la laisser dans les caches. C’est une carte de visite, en quelque sorte. C’est l’une des choses que les Tchèques ont apportées au géocaching. Ce sont deux Tchèques qui ont inventé cela, il y a bien des années, et cela s’est répandu dans le monde entier. Il existe donc des Czech Wood Geocoins français, groenlandais, néo-zélandais, etc. Ce qui est intéressant, c’est que de nombreux étrangers se les font fabriquer en Tchéquie. »

Adepte du géocaching depuis 2006, Slávek Hoblík en a fait plus qu’un hobby : le géocaching, pour lui, c’est en quelque sort un état d’esprit qu’il intègre si possible à son quotidien. Et qu’il a eu l’occasion de pratiquer à l’étranger aussi :

« Il y a des caches partout dans le monde. Autrefois, je partais souvent en déplacement pour le travail, et grâce au géocaching, ces voyages d’affaires m’offraient des expériences tout à fait différentes de celles de mes collègues. Eux se rendaient directement de l’aéroport à l’hôtel, y prenaient un verre ; le lendemain, ils assistaient à des réunions puis reprenaient l’avion pour rentrer à la maison. Moi, en plus de cela, je trouvais toujours le temps de chercher des caches dans les environs. Cela m’a permis de découvrir des endroits intéressants et que je n’aurais sans doute pas trouvés dans un guide touristique. »

Une géocache cachée | Photo: Radio Prague Int.

L’appât du trésor

Pour les parents – et surtout pour leurs enfants – le géocaching peut être une excellente motivation en randonnée, la cache et les « trésors » qu’elle contient faisant office de carotte qui redonne du courage aux petites jambes fatiguées. D’autres y trouvent une façon d’aborder un lieu sous un nouveau point de vue, comme l’explique encore Slávek Hoblík :

Photo: Tomáš Beneš,  ČRo

« Le géocaching donne un objectif. J’ai des amis qui, depuis des années, passent tout leur temps libre dans les monts Jizera. Ils avaient l’impression d’y avoir tout vu, tout parcouru, des sommets aux vallées. Puis ils ont découvert le géocaching, et ils ont réalisé qu’il avait encore de nombreux endroits où ils ne s’étaient jamais rendus et qu’ils n’avaient jamais explorés. C’est sans doute pour cela que les Tchèques sont si actifs et si bons en géocaching : parce que le géocaching réunit notre tradition de la marche à pied avec notre tradition de ce qu’on peut qualifier de bricolage. Pour cette raison, le géocaching en Tchéquie est très dense : nous avons beaucoup de caches et celles-ci sont de bonne qualité, non seulement d’un point de vue technique, mais aussi du point de vue de leur réputation. »

Il faut rappeler que la configuration des sites naturels en Tchéquie est plus que propice à toutes les activités de plein air, autant par la surface de nature accessible au public que par la densité du réseau de transports en commun qui permet d’y accéder… et par celle du réseau de sentiers piétons et cyclistes qui permet de l’explorer. Slávek Hoblík précise toutefois :

La cache de la Radio tchèque est cachée dans cet endroit à Tokyo,  au Japon | Photo: Josef Hrdlička,  ČRo

« L’accessibilité de la nature est essentielle pour le géocaching comme pour de nombreuses activités, bien entendu. Cela fonctionne donc bien dans notre pays, mais aussi en Allemagne, dans les pays scandinaves, en Grande-Bretagne, dans une certaine mesure… Dans d’autres pays, c’est plus compliqué. Néanmoins, il ne faut pas oublier que le géocaching ne se pratique pas que dans les forêts et autres espaces naturels : de nombreuses caches se trouvent dans les villes. »

Géocache du pont Charles : une aiguille dans une botte de foin

D’ailleurs, la cache la plus visitée au monde se trouve à l’endroit le plus emblématique – et le plus touristique – de la capitale tchèque : le pont Charles (GC189E5). Slávek Hoblík :

Pont Charles | Photo: Bohumil Šimčík,  Radio Prague Int.

« C’est la cache la plus visitée au monde ; elle recense le plus grand nombre de géocacheurs. Elle ne se trouve pas directement sur le pont Charles, mais à proximité de celui-ci, car la placer directement sur une statue ne serait sans doute pas une bonne idée… Et elle est légèrement mobile. Mais je ne peux pas vous en dire plus ! »

L’ossuaire de Sedlec à Kutná Hora | Photo: Kristýna Hladíková,  ČRo

Seule solution pour en savoir plus : vous créer un profil de géocacheur et partir à sa recherche ! Et une fois que vous l’aurez trouvée, vous aurez peut-être envie de chercher la non moins palpitante géocache de l’ossuaire de Sedlec à Kutná Hora (GCP0JT) ou encore la plus ancienne des géocaches en Tchéquie, la Tex-Czech, cachée à Štramberk, en Moravie-Silésie, depuis 2001.

Štramberk | Photo: ČRo