Le Mondial de foot des sans-abri : quand dormir sans toit n'empêche pas de rêver

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Projet étonnant et remarquable, la 5e Homeless World Cup ou Coupe du monde de football des sans-abri a débuté, dimanche, à Copenhague. Jusqu'au samedi 4 août, jour de la finale, plus de 500 joueurs représentant 48 pays participent à une compétition annuelle dont l'objectif est d'attirer l'attention du public sur le problème des personnes sans domicile. La République tchèque a elle aussi envoyé son équipe : le FC SANANIM, nom d'une organisation non gouvernementale spécialisée dans la prévention et le traitement de la dépendance aux drogues. Présentation...

L'entraîneur de cette équipe nationale tchèque de foot de rue, ou « street soccer », est Marcel Ambroz, responsable dans le civil de l'agence sociale et de travail à SANANIM. Avant le départ pour le Danemark, il nous a présenté la sélection qui s'efforcera de faire au moins aussi bien que la quinzième place obtenue en 2006 au Cap, en Afrique du Sud :

« Il s'agit essentiellement de joueurs anciens toxicomanes qui ont suivi une cure de désintoxication et une thérapie pas forcément à SANANIM, mais tous dans des communautés thérapeutiques. Une fois ce processus achevé, ils ont la possibilité de jouer pour l'équipe de football de SANANIM, qui dispute depuis huit ans un championnat tout à fait officiel sur terrain réduit à Prague. Le noyau est donc composé des joueurs qui participent régulièrement pendant l'année aux matches de l'équipe. Au même titre que le théâtre par exemple, dont je m'occupe aussi à SANANIM, le football est une des possibilités que propose notre organisation afin de passer le temps libre. »

Marcel Ambroz
Les différents pays participant au Mondial, dont les matches se déroulent non pas dans des stades, mais sur des terrains réduits en bitume dans les rues du centre de la capitale danoise, sont représentés par des équipes de joueurs dont le point commun est d'avoir vécu ou de vivre une situation de détresse et de pauvreté. Mais ces situations sont très différentes, comme l'explique Marcel Ambroz :

« Il y a plusieurs critères ou conditions pour déterminer quels joueurs peuvent participer. Mais d'une manière générale, on peut dire qu'il s'agit de gens qui sont sans domicile ou qui l'ont été dans une période récente de leur vie. Cela veut dire qu'il peut véritablement s'agir de SDF, mais pas seulement. Par exemple, ce sont des demandeurs d'asile qui ne vivent pas dans leur pays d'origine ou des toxicomanes qui sont en période de réhabilitation et qui ont déjà vécu dans la rue. Mais pour donner un autre exemple, les équipes africaines sont également souvent composées de footballeurs originaires d'une même région qui ont été contraints d'émigrer à cause de la guerre civile qui sévit dans leur pays. Ce sont donc tous ces joueurs aux destins différents qui participent à la Homeless World Cup. »

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Souvent critiqué et décrié à juste titre pour ses excès, le football n'en garde pas moins la particularité unique de passionner partout sur une planète dont on se dit parfois qu'elle n'est sans doute pas ronde comme un ballon pour rien. Une passion collective qui brise les frontières et les barrières sociales, comme le prouve si besoin encore en était le succès de la Coupe du monde des sans-abri. Ainsi, selon les études réalisées régulièrement par les organisateurs, pas moins de 77 % des joueurs changent leur mode de vie et retrouvent une place dans la société, une fois le Mondial terminé.

« Même par exemple pour moi en tant que responsable de l'équipe et non pas comme joueur, participer à ce tournoi est vraiment une expérience formidable. Il y a 500 joueurs en provenance du monde entier, et c'est un carnaval de couleurs et de musique. Je comparerais même cet événement au carnaval de Rio. C'est du moins le sentiment que j'ai eu l'année dernière en Afrique du Sud. Avant chaque match, les hymnes nationaux sont joués en l'honneur des deux équipes, les joueurs portent le maillot de l'équipe nationale et je peux vous assurer que l'énergie qui ressort du tournoi a des retombées très positives sur les joueurs. Ils prennent confiance en eux, ont envie de continuer à se consacrer au football à leur retour, ils obtiennent aussi beaucoup de contacts et ressentent le besoin de faire quelque chose pour retrouver une place dans la vie normale. Je ne veux pas exagérer, mais il est certain que le tournoi et le football ont un pouvoir magique. »

L'idée d'organiser un Mondial des sans-abri et de faciliter la réintégration sociale par le sport a vu le jour en 2001, au Cap, lors d'une conférence du Réseau international des journaux de rue. Deux ans plus tard, la première édition était organisée à Graz. A l'origine du projet se trouvent plus précisément deux éditeurs de journaux vendus par des SDF, l'Ecossais Mel Young et l'Autrichien Harald Schmied, qui cherchaient un moyen de réunir les personnes en situation d'exclusion afin de leur venir en aide.

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Fort de son pouvoir de rassemblement, le football est vite apparu comme le véhicule idéal. Un choix judicieux puisque en l'espace de quatre ans seulement, le tournoi, soutenu par l'UEFA mais aussi par d'importantes entreprises et diverses organisations non gouvernementales, a pris une ampleur réellement planétaire. De 18 en Autriche en 2003 pour la première Coupe du monde, le nombre de nations participantes est désormais passé à 48, avec des équipes comme l'Afghanistan, l'Inde, le Burundi, l'Ouganda ou encore le Kirghizstan. Autant de pays où le foot de rue est plus ou moins populaire et pratiqué. S'il a aujourd'hui pratiquement disparu dans la plupart des pays européens, on le retrouve omniprésent dans d'autres régions du monde. Une réalité essentiellement économique qui contribue également au succès du Mondial des sans-abri, comme le confirme l'entraîneur tchèque :

« Je pense qu'il y a effectivement des différences dans le naturel ou le style des joueurs. Par exemple, les équipes africaines sont très belles à voir évoluer, c'est même parfois envoûtant. D'ailleurs, je pense que les équipes africaines sont promises à un bel avenir dans tous les types de football. Mais même dans le foot de rue, on peut voir que les Sud-américains jouent différemment des Européens. Comme pour les Africains, il y a plus de mouvement dans leur jeu que dans celui des Européens ou des Nord-américains. Les équipes britanniques gardent, elles, un style qui leur est typique avec beaucoup d'engagement physique, d'agressivité, mais aussi du fair-play. Ceci dit, les dimensions du terrain (22x16 mètres) de foot de rue, le temps de jeu et le nombre de joueurs sont vraiment réduits (2x7 minutes et quatre joueurs, gardien compris, par équipe sur le terrain), les différences ont donc forcément tendance à s'effacer puisqu'il y a peu d'espaces, même s'il est toujours possible de reconnaître à quelle région du monde appartient telle ou telle équipe. »

L'équipe de République tchèque des SDF possède, elle aussi, son propre style de jeu :

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« Je pense que cela vaut pour toutes les équipes tchèques. Comme l'a démontré la dernière Coupe du monde des moins de vingt ans, même si nous ne disposons pas d'autant de joueurs naturellement talentueux comme les Argentins ou les Africains, la force des Tchèques est de savoir se mettre à hauteur de l'adversaire en jouant avec la tête. Cela veut dire respecter une tactique, peut-être jouer plus défensivement et porter le danger sur des contre-attaques. Je pense que c'est un des traits typiques du football tchèque, et c'est aussi un peu notre manière de jouer.. »

Conscients de l'intérêt grandissant pour la compétition, la République tchèque et le premier arrondissement de Prague envisagent d'organiser la Homeless World Cup en 2011. Un bon moyen aussi pour Prague de se présenter sous une lumière sportive dans l'optique de sa candidature à l'organisation des Jeux olympiques en 2016.