Le mouvement hussite et le chemin vers la bataille de Lipany, livrée le 30 mai 1434

La bataille de Vitkov, par Josef Malejovsky

La bataille de Vitkov, par Josef Malejovsky
Sur la colline Lipska hora, non loin de la ville de Kolin, en Bohême centrale, un monument a été érigé en 1881. Sous forme d'un doigt dressé vers le ciel, il nous rappelle, non seulement l'une des dernières batailles des guerres hussites, livrée aux environs de la commune de Lipany, le 30 mai 1434, mais il est aussi un mémento historique pour le peuple tchèque. Pourquoi ? Parce que la bataille de Lipany n'a pas opposé les Tchèques aux troupes étrangères, mais les Tchèques aux Tchèques. Voici ce qui a précédé et suivi la bataille dont l'importance attend toujours une explication de l'historiographie.

Considérons, tout d'abord, quelle était la situation politique, économique et sociale dans la Bohême féodale au tournant du XIVe et XVe siècles. Sur le trône du Royaume de Bohême, Venceslas IV, fils de Charles IV et d'Anne Svidnicka. Venceslas était un homme incapable de gouverner le pays, car au lieu de s'occuper de ses obligations royales, il préférait profiter des plaisirs de la vie, dont la chasse et la boisson en premier lieu. Il est responsable, aussi, du martyre de Jean Népomucène, qu'il avait ordonné de torturer, puis de jeter dans la Vltava. C'est parce que ce dernier a refusé de lui dire le contenu de la confession de la reine. La situation économique s'aggravant sous le règne du roi Venceslas, les divergences entre différentes couches de la société deviennent de plus en plus importantes. Des conflits naissent entre marchands et artisans, d'un côté, et la noblesse privilégiée, de l'autre, entre les paysans qui voulaient s'affranchir du servage et les propriétaires fonciers, puis entre les nobles et le peuple face à l'église catholique, qui les exploitait tous. La tension sociale s'accentuant, les choses

Jean Hus
commencent à bouger. C'est le moment où Jean Hus (1369-1415), professeur tchèque à l'Université de Prague, apparaît sur la scène historique pour exprimer le mécontentement des Tchèques. En s'appuyant sur les théories de John Wyclif, Hus a voulu réformer les institutions ecclésiastiques, supprimer les abus dans l'attribution des bénéfices, changer certains dogmes et rétablir la confiance en la mission originelle de l'Eglise. Il luttait, notamment, contre les privilèges du clergé, qu'il invitait au retour à une vie modeste, et contre la vente des indulgences.

L'église catholique tchèque, ainsi qu'étrangère scrutait d'un mauvais oeil l'évolution de la situation en Bohême. C'est pourquoi un concile a été convoqué à Constance, en 1414, qui avait deux objectifs: élire un nouveau pape, car il y en avait trois à l'époque, et débattre du problème de l'hérésie tchèque. L'Eglise catholique craignait, en effet, une dissociation du Royaume de Bohême de l'Eglise catholique et de l'Empire allemand. L'empereur Sigismund, frère de Venceslas IV, et son héritier plus tard, a obtenu que Hus fusse convoqué à Constance, sous la garantie d'un sauf-conduit délivré par Sigismund. Hus a accepté mais, malgré un sauf-conduit, il est arrêté et mis au cachot pour le forcer à révoquer ses théories considérées comme hérésie. Bien que Hus se défende bien, il est déclaré hérétique, excommunié et livré à l'autorité civile. La peine habituelle pour hérésie étant le bûcher, Hus est brûlé le même jour, le 6 juillet 1415. Voyant le sort de Jean Hus, Jerôme de Prague, homme d'une grande érudition, maître des universités de Paris, de Cologne, de Heidelberg et de Prague, va à Constance pour venir en aide à Hus. Il essaie de fuir, mais il est arrêté en Bavière et ramené à Constance. On lui fait un procès et le déclare hérétique. Il meurt en mai 1416, au bûcher.

Au lieu d'éteindre le mouvement hussite, on l'avait rallumé. De plus en plus souvent, il y avait des révoltes un peu partout en Bohême. Le mouvement, qui était en train de prendre forme, a été appelé d'après son symbole, le calice, et ses partisans les Calixtins. Le calice était devenu le privilège des prêtres, le pain pour les autres. Les Calixtins voulait la liberté de choisir entre cette nouvelle forme et l'ancienne, soit le calice et le pain pour tout le monde. Les Calixtins ont formulé leurs revendications dans les Quatre articles de Prague, en 1420.



1. Communion sous les deux formes au choix

2. Tout péché public ou mortel doit être puni sans égard à la personne

3. Confiscation des biens de l'Eglise

4. Liberté de croyance



Avec le temps, on peut nettement distinguer deux ailes dans le mouvement révolutionnaire: les modérés appelés Utraquistes et l'aile radicale, les Taborites, nommés d'après la ville de Tabor, qu'ils avaient fondée. Les Utraquistes étaient hostiles à l'idée d'une radicalisation générale du mouvement, dans sa lutte contre l'Eglise et le système économique existant. Les Taborites, par contre, prêchaient la nécessité de supprimer l'ordre existant plein d'injustice. Ils introduisaient donc, dans le mouvement, des éléments d'une protestation sociale. Cette idéologie se répercutait, aussi, sur le mode de vie à Tabor où tout était commun. On y a installé des cuves en bois, dans lesquelles chacun jetait son argent pour le profit de tous. Les concepts et la pratique des Taborites étaient difficiles à accepter pour les partisans des Calixtins, qui se recrutaient parmi les nobles, les riches bourgeois et les maîtres de l'Université Charles. Par contre, les partisans des Taborites étaient des paysans et des artisans. Parmi les personnalités qui ont marqué le mouvement hussite, il y a Jean Zizka de Trocnov (1360-1424), le plus grand chef militaire des Taborites, auquel son génie militaire et ses facultés organisatrices ont permis de créer, en très peu de temps, une armée qui n'avait pas de rival dans le monde d'alors.

Comme le mouvement hussite gagne du terrain en Bohême, la papauté s'inquiète de plus en plus. Le Pape Martin V appelle donc tout le monde chrétien à la croisade contre les Hussites. Mais la première croisade, en 1420, ainsi que celles qui la suivent, se terminent par des défaites de plus en plus désastreuses des troupes catholiques. Aucune armée étrangère n'arrive, en effet, à surmonter la nouvelle tactique militaire hussite, dont le créateur était Jean Zizka, et qui sera le thème de nos prochains Chapitres de l'histoire ainsi que l'évolution du mouvement hussite, après la mort de ce grand chef militaire.

Auteur: Astrid Hofmanová
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