Le secret de Claude Miller

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Parmi les invités du 10e Festival du Film Français, le réalisateur Claude Miller, venu présenter son dernier film, Un secret, et parler cinéma aux étudiants de la FAMU vendredi dans le cadre du programme "On set with french cinema".

Est-ce la première fois que vous venez à Prague et qu’est-ce que Prague représente pour vous ?

« Ca doit être la troisième fois. J’avais tourné une publicité aux studios Barrandov, une pub pour un café dont je ne dirai pas le nom. La deuxième fois, je suis venu en tant que président d’Europa Cinémas pour une conférence d’Europa Cinémas qui a eu lieu à Prague il y a quelques années. Qu’est-ce que représente Prague pour moi ? Plusieurs choses : une ville très importante dans l’histoire de l’Europe et du XXe siècle. Ca représente des événements fondamentaux, je pense à ce qui s’est passé à Prague avec l’URSS en 1968. Ça représente un cinéma que j’ai beaucoup aimé, dans les années 60, qu’on a découvert aussi en France : Jiri Menzel, Vera Chytilova, toute cette bande de jeunes cinéastes à l’époque. »

Justement, vous allez être membre du jury du festival de Marrakech au début du mois de décembre et le président du jury sera Milos Forman. Vous le connaissez déjà ?

« Je l’ai rencontré avant même d’être moi-même cinéaste, dans les années 60, où j’étais assistant. Il était très copain avec ma petite amie à l’époque qui avait fait un voyage en Tchécoslovaquie. A l’époque il n’avait fait que son film L’As de pique. On avait été dans un bistrot du boulevard Saint-Germain, c’était alors un très jeune cinéaste inconnu. Moi, je n’étais même pas un cinéaste, ni connu ni inconnu, je sortais de l’IDEC. »

Pour revenir à votre film que vous présentez ici au festival, c’est une adaptation du livre autobiographique de Philippe Grimbert. Vous avez déjà expliqué à plusieurs reprises pourquoi vous avez choisi ce livre. Savez-vous pourquoi Philippe Grimbert vous a choisi vous, puisqu’il a eu le choix apparemment ?

« Quand il en parle, il dit que c’est parce qu’on s’est trouvé tout de suite des atomes crochus. Ma personnalité, ou ce qui lui en est apparu au moment où on s’est rencontré, lui a plu, plus que ce que j’ai pu lui dire sur son livre. Je crois qu’il avait besoin de se sentir en confiance, rassuré, ou pas trop intimidé par une personnalité trop forte ou trop arrogante. Ça a tout de suite collé entre lui et moi et ça a beaucoup compté bien sûr. »

'Un secret'
Pourriez-vous résumer l’histoire du roman de Philippe Grimbert, pour les potentiels spectateurs pragois ?

« Jusqu’à un certain point car le film s’appelle Un secret, il y a donc un secret dans ce film, même plusieurs, et je ne peux pas le dire, ce secret. Je peux dire que c’est l’histoire de Philippe Grimbert, d’un enfant qui est né après la guerre, qui se rend compte que sa famille est juive, que malgré tout on le baptise catholique à douze ans, qu’il y a une chose cachée qu’on ne veut pas lui dire, et ça intoxique sa vie d’enfant.

Et il y a le regard que son père porte sur lui, un regard sans tendresse, difficile, qui fait souffrir cet enfant, il va essayer de comprendre pourquoi tout cela. L’histoire raconte la découverte progressive par cet enfant d’un secret qui est lié à une histoire d’amour terrible, pendant la Shoah. Cette découverte va le fonder en tant qu’homme. Il va trouver son identité au fur et à mesure que ce secret va se découvrir. »

C’est un secret que connaît déjà pas mal de monde, puisqu’en trois semaines, le film a dépassé la barre du million de spectateurs en France. Y a-t-il un seuil à partir duquel vous considérez votre film comme un succès ?

« Oui, ce seuil était beaucoup moindre que celui que vous dites. Je pensais que si ce film faisait 500 ou 600 000 entrées, ce serait bien. Et il va en faire facilement trois fois plus en France, mais c’est largement au-delà de mes espérances. »